Trente-quatre matchs disputés à Pékin, trente-quatre victoires. Mardi 6 octobre, Novak Djokovic a remporté l’ATP 500 de la capitale chinoise pour la septième fois en sept participations, après l’abandon d’Alex de Minaur au début du deuxième set de la finale. Le Serbe de 39 ans, 11e mondial, s’offre au passage le 102e titre de sa carrière.
Le tournoi de Pékin, l’un des rendez-vous asiatiques de l’automne, se joue sur dur, la surface où Djokovic a construit l’essentiel de son palmarès. Il n’y était plus revenu depuis onze ans, et son dernier trophée remontait à l’ATP 250 d’Athènes en novembre 2025. Ce sacre tardif dit-il quelque chose de neuf sur la place qu’il occupe encore dans le tennis mondial ?
Une finale écourtée par la blessure d’Alex de Minaur
La finale n’a duré qu’un peu plus d’une heure de jeu effectif. Djokovic a remporté la première manche au tie-break, sur le score de 7-6 (7/3), au terme d’un set accroché où les deux joueurs ont ensuite reçu des soins. L’Australien, 9e mondial, s’est présenté au deuxième set avec un bandage à la cuisse gauche.
Visiblement limité dans ses déplacements, Alex de Minaur a tenu son service pour mener 1-0, puis a renoncé. Le score officiel, 7-6, 0-1 abandon, ne rend pas justice à une semaine où le Serbe a battu trois membres du top 10 d’affilée, selon le décompte de l’ATP. Ce parcours, plus que la finale elle-même, raconte l’état de forme du vainqueur.
Zverev battu, Medvedev disqualifié
Le tournant de la semaine s’est joué en quart de finale. Face à Alexander Zverev, 2e mondial et récent vainqueur de l’US Open, Djokovic a livré l’un de ses matchs les plus aboutis de la saison. Ce succès contre un joueur en pleine confiance a relancé un Serbe qui sortait d’une fin d’été compliquée.
La demi-finale a pris une tournure inattendue. Daniil Medvedev a été disqualifié pour avoir envoyé une balle dans la tête d’un spectateur, ouvrant à Djokovic les portes de sa 146e finale sur le circuit principal. Le Serbe n’a donc eu à conclure ni sa demi-finale ni sa finale sur une balle de match, un scénario rarissime pour un titre de cette catégorie.
Le contraste avec New York est saisissant. Un mois plus tôt, l’ancien numéro 1 mondial avait vécu une sortie dès le premier tour de l’US Open, une première en vingt ans. Le voilà qui retrouve le goût du trophée sur l’un de ses terrains favoris, ce qui invite à regarder de plus près sa relation avec Pékin.
Pékin, le tournoi où il n’a jamais perdu
Avant même la première balle, la statistique intriguait. À son arrivée, Djokovic n’avait jamais perdu à Pékin en 29 matchs. Il quitte la Chine avec une série portée à 34 victoires consécutives dans le tournoi, réparties sur ses sept titres :
- 2009 et 2010, ses deux premiers sacres pékinois ;
- 2012, 2013, 2014 et 2015, quatre titres d’affilée au sommet de sa domination ;
- 2026, onze ans après sa dernière apparition dans le tournoi.
Peu de joueurs ont entretenu un lien aussi fort avec un tournoi. Le Serbe a lui-même résumé ce lien en assurant que « Pékin a toujours été mon endroit heureux », avant d’ajouter que cela continuait de l’être.
Je suis très fier de ce que j’ai accompli ici. C’est arrivé au meilleur moment possible, comme un regain de confiance et comme la preuve que je peux encore jouer au plus haut niveau.
Novak Djokovic, après sa victoire en finale de l’ATP 500 de Pékin, le 6 octobre 2026, propos rapportés par l’ATP
102 titres, à une longueur de Roger Federer
Le compteur global du Serbe atteint désormais 102 titres sur le circuit principal. Il n’est plus qu’à une longueur des 103 trophées de Roger Federer, et à sept des 109 de Jimmy Connors, détenteur du record de l’ère Open. Sur dur, il compte 73 titres, soit deux de plus que le Suisse.
L’âge ajoute une couche à l’exploit. À 39 ans, Djokovic devient le joueur le plus âgé à gagner un titre ATP depuis Ken Rosewall, vainqueur à Hong Kong en 1977 à 43 ans. Il prolonge aussi une série de 21 saisons consécutives avec au moins un titre, une régularité sans équivalent dans le tennis moderne.
Ce premier trophée de l’année tombe à un moment charnière, alors que ses rivaux de génération ont rangé la raquette. Rafael Nadal, retraité depuis bientôt deux ans, n’a rejoué que lors d’une exhibition à Manacor, quand le Serbe continue de s’aligner chaque semaine face à des joueurs de dix ans ses cadets, voire davantage.
Ce que dit la longévité d’un champion de 39 ans
Durer au plus haut niveau à cet âge relève d’une gestion minutieuse du corps. Le Serbe a longtemps mis en avant son hygiène de vie, son alimentation et sa récupération comme les piliers d’une carrière entamée chez les professionnels en 2003. Pour le grand public, son parcours rappelle qu’un sport d’impulsions et de changements de direction peut se pratiquer longtemps quand l’entraînement s’adapte avec l’âge.
La science du sport le confirme à l’échelle des pratiquants ordinaires : le tennis, qui combine effort cardiovasculaire, coordination et sollicitation cognitive, figure parmi les activités associées à une meilleure espérance de vie dans les grandes études d’observation, comme celle publiée en 2018 dans les Mayo Clinic Proceedings sur une cohorte danoise. Sans prétendre à un 102e titre, un joueur de club de 40 ou 50 ans y trouve un terrain d’entretien durable.
Shanghai, prochain rendez-vous d’une fin de saison ouverte
La tournée asiatique se poursuit avec le Masters 1000 de Shanghai, où Djokovic figure parmi les engagés aux côtés de Carlos Alcaraz et d’Alexander Zverev. Son classement, 11e mondial avant Pékin, devrait se rapprocher du top 10 avec les 500 points du titre, de quoi relancer l’hypothèse d’une qualification pour les Finales ATP de fin d’année.
Le récit officiel de la semaine et les statistiques du tournoi sont détaillés sur le site de l’ATP. Reste une question que ce titre rend plus pressante : le 103e trophée, synonyme d’égalité avec Federer, viendra-t-il dès cet automne, ou faudra-t-il attendre 2027 et une 22e saison consécutive titrée pour voir le Serbe rejoindre le Suisse ?
