Une semaine après avoir enfin enfilé le maillot arc-en-ciel à Montréal, Demi Vollering a ajouté samedi 3 octobre le titre de championne d’Europe sur route à sa collection. La Néerlandaise de 29 ans, coureuse de l’équipe FDJ United-Suez, devient la première cycliste à remporter les deux titres la même année.
Ce doublé vient couronner une saison hors norme : 16 victoires en 2026, 71 depuis le début de sa carrière professionnelle, avec le Tour de France Femmes, le Giro et deux classiques des Ardennes au passage. Comment une coureuse déjà au sommet a-t-elle réussi à franchir un palier supplémentaire, au point de tout gagner sur une seule année ?
Une attaque à 14 kilomètres de l’arrivée en Slovénie
La course en ligne féminine des championnats d’Europe s’élançait de Ljubljana pour rejoindre Šenčur, au terme de 130 kilomètres. Selon l’agence Belga, reprise par La Libre, Vollering a placé son attaque à 14 kilomètres de l’arrivée, dans la dernière ascension du jour vers Možjanca, une côte de 2,1 kilomètres à 10,4 % de pente moyenne.
Personne n’a pu suivre. Sa compatriote Puck Pieterse a pris la deuxième place à seulement cinq secondes de la gagnante, devant la Suissesse Marlen Reusser, troisième. Ce podium confirme une hiérarchie que les spectateurs du duel du Tour de France Femmes jusqu’au col d’Èze connaissaient déjà, et il installe surtout Vollering dans une catégorie à part.
Le doublé Mondial-Euro, une première dans le cyclisme féminin
Le 26 septembre, à Montréal, Vollering avait décroché son premier titre mondial au sprint face à la Polonaise Kasia Niewiadoma, l’Italienne Elisa Longo Borghini complétant le podium. D’après Vélo 101, elle avait attaqué une première fois à environ 38 kilomètres de l’arrivée avant d’être reprise, puis de s’imposer en petit comité.
Une semaine plus tard, la voici donc première coureuse sacrée championne du monde et d’Europe sur la même saison. Le constat est d’autant plus marquant que les deux épreuves se courent à une semaine d’intervalle, avec un voyage transatlantique au milieu.
Les Françaises avaient brillé à Montréal, avec Juliette Berthet cinquième, Célia Gery septième et Maëva Squiban neuvième, trois Bleues dans le top 10 mondial. La semaine canadienne avait aussi vu Brandon McNulty surprendre les favoris chez les hommes, quand Vollering, elle, répondait aux attentes.
Seize victoires et un palmarès complet
La liste des succès de Vollering en 2026 ressemble à un résumé de tout ce que compte le calendrier féminin. Voici ses principales victoires de la saison :
- le Tour de Valence et le Circuit Het Nieuwsblad, en début de saison ;
- le Tour des Flandres, premier monument de son année ;
- la Flèche wallonne et Liège-Bastogne-Liège, dans les Ardennes ;
- le Giro d’Italia et le Tour de France Femmes, les deux grands tours de l’été ;
- le championnat du monde à Montréal, puis le championnat d’Europe en Slovénie.
Gagner sur les pavés flamands, dans les côtes ardennaises, sur trois semaines de course par étapes et lors d’une course d’un jour en circuit demande des qualités rarement réunies chez une seule coureuse. C’est cette polyvalence qui rend sa saison si singulière.
Chez les hommes, seuls quelques coureurs ont su cumuler grands tours, classiques et titre mondial sur une même année, et l’exploit reste rarissime dans l’histoire du cyclisme. Vollering rejoint ainsi, côté féminin, le cercle très fermé des athlètes dont la saison se raconte victoire après victoire, sans véritable temps faible entre février et octobre. Une domination qui dépasse d’ailleurs son seul cas personnel.
Montréal puis la Slovénie, deux podiums sous domination néerlandaise
Les deux courses n’avaient pourtant rien de commun dans leur scénario, un sprint en petit comité au Canada contre une échappée solitaire en Slovénie. Le tableau suivant compare les deux podiums de ces huit jours.
| Critère | Mondial de Montréal | Euro en Slovénie |
|---|---|---|
| Date | 26 septembre 2026 | 3 octobre 2026 |
| Scénario | Attaque à 38 km, victoire au sprint | Attaque à 14 km, arrivée en solitaire |
| Deuxième | Kasia Niewiadoma (Pologne) | Puck Pieterse (Pays-Bas), à 5 secondes |
| Troisième | Elisa Longo Borghini (Italie) | Marlen Reusser (Suisse) |
Le titre européen semble presque réservé aux Néerlandaises : depuis sa création, une seule non-Néerlandaise s’est imposée, l’Italienne Marta Bastianelli en 2018, comme le rappelle La Libre. Vollering, déjà lauréate en 2025, conserve donc son maillot étoilé pour une deuxième année.
La présence de Pieterse sur la deuxième marche l’a encore montré samedi, et la championne elle-même a tenu à saluer la performance d’ensemble de la sélection néerlandaise. Sa réaction à chaud en disait long sur son état d’esprit.
Une saison qui touche déjà à sa fin
Interrogée après l’arrivée, Vollering a mêlé joie et une pointe de nostalgie, consciente que sa saison ne compte plus qu’une seule course, le contre-la-montre de ces mêmes championnats.
C’est vraiment une année en or. C’est dommage que ce soit déjà fini
Demi Vollering, après sa victoire aux championnats d’Europe sur route en Slovénie, le 3 octobre 2026, propos rapportés par l’agence Belga
Les championnats d’Europe, eux, se poursuivent jusqu’au 7 octobre, selon le programme de l’Union européenne de cyclisme. La course en ligne masculine doit encore désigner son champion, sans Tadej Pogačar, forfait pour ces championnats et pour la fin de sa saison.
Ce que révèle une année parfaite
Une saison à 16 victoires pose une question pour la suite : comment faire mieux quand on a déjà tout gagné ? Vollering évoque elle-même son envie de courir une année entière avec le maillot de championne du monde, un défi de régularité autant que de performance.
Pour le cyclisme féminin, cette domination est aussi une vitrine. Les audiences du Tour de France Femmes ont montré que la course n’est plus un lever de rideau, et une figure capable de gagner partout attire de nouvelles pratiquantes sur les routes.
L’Organisation mondiale de la santé recommande entre 150 et 300 minutes d’activité physique modérée par semaine, et le vélo reste l’un des moyens les plus simples d’y parvenir. Voir une championne vibrer à ce point pour sa discipline rappelle que le plaisir de rouler, à tous les niveaux, se construit sur la durée.
