Personne ne l’avait inscrit sur la liste des favoris, et c’est pourtant lui qui a levé les bras dans les rues de Montréal. Dimanche 27 septembre, Brandon McNulty est devenu champion du monde sur route au terme d’une course de 273,4 km, partie de Brossard et achevée sur le circuit du mont Royal. L’Américain de 28 ans a attaqué seul à une trentaine de kilomètres de l’arrivée et a résisté jusqu’au bout à un groupe de chasse où figuraient Michael Matthews et Mathieu van der Poel.
La course en ligne élite des Mondiaux est l’épreuve d’un jour la plus prestigieuse du cyclisme : le vainqueur porte pendant un an le maillot blanc barré des bandes arc-en-ciel. Cette année, le titulaire Tadej Pogačar, double tenant du titre, manquait à l’appel après sa fracture de la clavicule sur la Vuelta, et la course s’annonçait plus ouverte que jamais. Comment un coureur habitué au rôle d’équipier a-t-il pu déjouer toute la hiérarchie du peloton ?
Une attaque à 33 kilomètres qui a pris tout le monde de court
Pendant plus de 90 kilomètres, les favoris se sont neutralisés à coups d’accélérations dans les côtes du mont Royal, sur un tracé qui cumulait 3 578 mètres de dénivelé positif en douze tours de circuit. Les Belges ont longtemps durci le rythme, sans parvenir à faire le tri parmi les favoris.
McNulty a choisi le moment où les leaders se regardaient. Parti à 33 kilomètres du but, il a tenu seul à la tête de la course, en ne cédant presque rien sur les derniers tours, pendant que derrière lui les poursuivants hésitaient à rouler pour un rival. Selon la fédération américaine, il a bouclé l’épreuve en 6 h 17′04″.
À l’arrivée, Michael Matthews a réglé le sprint du groupe de chasse pour la médaille d’argent, à seulement 13 secondes du nouveau champion. Mathieu van der Poel a pris le bronze dans le même temps. Cet écart minuscule dit tout de la tension des derniers kilomètres, et du poids qu’a pris le travail collectif dans ce dénouement.
Les chiffres d’une journée historique pour le cyclisme américain
Au-delà du vainqueur, le classement final raconte une domination américaine rarement vue dans une course de ce niveau. Voici les repères à retenir de ce dimanche à Montréal :
- 1er Brandon McNulty (États-Unis), en 6 h 17′04″ après 273,4 km ;
- 2e Michael Matthews (Australie), à 13″ ;
- 3e Mathieu van der Poel (Pays-Bas), dans le même temps ;
- 4e Quinn Simmons (États-Unis), à 13″ lui aussi ;
- 8e Matteo Jorgenson (États-Unis), à 14″ ;
- 15e Paul Seixas, meilleur Français de la course.
Trois Américains dans les huit premiers, le premier titre mondial élite pour les États-Unis depuis 1993 et le sacre de Lance Armstrong à Oslo : il faut remonter trente-trois ans pour trouver un précédent. La fédération américaine y voit l’aboutissement d’une génération formée dans les meilleures équipes européennes.
Brandon McNulty, l’équipier qui attendait son heure
Né à Phoenix, en Arizona, McNulty n’est pas un inconnu des connaisseurs. Il avait déjà porté le maillot arc-en-ciel en 2016, champion du monde juniors du contre-la-montre dix ans avant ce titre élite. Passé par l’équipe Rally avant de rejoindre UAE Team Emirates, aujourd’hui UAE Team Emirates-XRG, il s’est imposé comme l’un des lieutenants les plus fiables de Tadej Pogačar en montagne comme sur les chronos.
Ce statut d’équipier l’avait souvent privé de ses propres chances. Aux Jeux de Tokyo, il avait abordé le final de la course en ligne olympique avant de rester aux portes des médailles, une déception longtemps ruminée. À Montréal, sans leader à protéger sous le maillot national, il a enfin couru pour lui-même, et le résultat a surpris jusqu’à l’intéressé.
Jusqu’aux 300 derniers mètres, je n’y croyais vraiment pas. J’étais tellement fatigué.
Brandon McNulty, champion du monde sur route, après la course en ligne élite des Mondiaux de Montréal, le 27 septembre 2026, propos rapportés par USA Cycling
Le maillot reste d’ailleurs dans la même équipe de marque, puisque son coéquipier Pogačar le détenait jusqu’ici. Une continuité inattendue, qui montre aussi la profondeur d’effectif dont disposent désormais les grosses formations du peloton mondial.
Une victoire construite à plusieurs, sous un maillot national
Aux Mondiaux, les coureurs ne défendent pas les couleurs de leur équipe mais celles de leur pays, et les alliances de marque s’effacent derrière le maillot national. Les Américains ont pourtant couru comme un bloc. Matteo Jorgenson l’a résumé sans détour après l’arrivée : « on a mis nos ego un peu de côté et on a décidé qu’on voulait juste qu’un Américain gagne cette course ». Leur présence dans chaque échappée a paralysé la poursuite, car aucun rival ne voulait emmener un Américain dans sa roue.
McNulty a lui-même salué ce travail en expliquant que son équipe avait « tout marqué » et placé des hommes devant. Le détail de la course, que vous pouvez retrouver sur le compte rendu officiel de USA Cycling, montre que Quinn Simmons et Matteo Jorgenson ont contrôlé les contre-attaques jusque dans le dernier tour.
Paul Seixas quinzième, une première expérience riche d’enseignements
Côté français, les regards étaient tournés vers Paul Seixas. Une semaine plus tôt, le Lyonnais avait décroché le bronze du contre-la-montre à 19 ans, et Bernard Hinault voyait en lui un futur champion du monde au Québec. Il termine finalement quinzième de la course en ligne, sans avoir pu suivre les attaques décisives du final.
Le résultat n’efface rien de sa saison, marquée par son maillot blanc sur le Tour de France. Près de 273 kilomètres et plus de six heures d’effort représentent une distance qu’un coureur de cet âge découvre encore, et l’expérience de ces courses fleuves se construit sur plusieurs saisons. Le sélectionneur Thomas Voeckler repart du Canada avec le bronze du chrono et un leader qui aura d’autres rendez-vous.
Un maillot arc-en-ciel qui rebat les cartes pour 2027
Le sacre de McNulty rappelle qu’une course d’un jour échappe souvent aux pronostics, même dans un peloton dominé depuis plusieurs saisons par quelques noms. L’absence de Pogačar, titré en 2024 et en 2025, a libéré des ambitions que les grands tours tenaient jusque-là en sommeil, et l’équipier d’hier devient une cible à surveiller sur les classiques du printemps prochain.
Pour celles et ceux qui roulent le dimanche, cette victoire dit aussi quelque chose de la patience. Des années passées à rouler pour d’autres ont forgé chez McNulty une endurance et une lucidité que seule la régularité produit. Le prochain rendez-vous majeur, Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres, dira si le nouveau champion du monde porte son maillot comme un aboutissement ou comme un point de départ, et si Pogačar, rétabli, viendra le lui reprendre.
