50 marathons de Berlin à 78 ans : Wilfried Köhnke, cinq décennies dans une course devenue géante

25/09/2026 à 19h24  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Dimanche, parmi les 56 000 marathoniens de Berlin, un coureur de 78 ans prendra son 50e départ. Le parcours de Wilfried Köhnke raconte l'essor d'une course née avec 600 participants, et ce qui permet de courir toute une vie.

Dimanche 27 septembre, plus de 56 000 coureurs s’élanceront dans les rues de Berlin. Parmi eux, un homme de 78 ans vivra un moment unique : Wilfried Köhnke prendra le départ de son 50e marathon de Berlin, un record qu’aucun autre participant n’approche dans l’histoire de l’épreuve.

Le BMW Berlin-Marathon fait partie du circuit des World Marathon Majors, célèbre pour son parcours plat et ses records. Cette année, il attend 84 000 participants venus de 162 nations, toutes épreuves confondues, un chiffre inédit. Comment un coureur amateur a-t-il traversé cinq décennies d’une course devenue géante, et que dit son parcours à ceux qui chaussent leurs baskets le dimanche matin ?

Des bords de l’Avus aux 84 000 inscrits

Le marathon de Berlin fête cette année ses 52 ans. Ses six premières éditions se couraient le long de l’Avus, un ancien circuit automobile de l’ouest de la ville, avec environ 600 coureurs au départ. L’épreuve n’avait alors rien d’un rendez-vous planétaire : c’était une course de passionnés, organisée dans une ville encore coupée en deux.

Un demi-siècle plus tard, les organisateurs annoncent un record de fréquentation, avec des coureurs, des athlètes en fauteuil, des handbikers et des patineurs. Le marathon de dimanche réunit à lui seul plus de 56 000 coureurs, près de cent fois plus qu’aux origines. Wilfried Köhnke a vécu presque toute cette transformation de l’intérieur.

Wilfried Köhnke, cinquante départs et une vie de coureur

Les chiffres de ce coureur de 78 ans racontent une fidélité rare, que l’organisation du marathon a détaillée dans un portrait publié le 23 septembre. Voici les repères d’une carrière d’amateur hors norme :

  • 50 participations au marathon de Berlin, un record qu’il détient depuis 2012 ;
  • plus de 100 marathons terminés au total, toutes courses confondues ;
  • un record personnel de 2 h 44 établi en 1985 ;
  • 43 km de course par semaine en temps normal, et jusqu’à 68 km en préparation marathon ;
  • une vocation née à la lecture d’un petit livre sur les Jeux olympiques, paru en 1964.

Avant lui, le record de fidélité appartenait à Bernd Hübner, avec 36 participations. Köhnke l’a dépassé en 2012 et n’a plus lâché la tête. Il le dit lui-même : il n’imaginait pas une telle série en prenant son premier départ.

Pourquoi Berlin attire autant de coureurs

Pour Köhnke, la réponse tient en deux mots : vitesse et ambiance. Le parcours est rapide, et il aime courir au milieu de tant de coureurs venus de l’étranger. Les statistiques lui donnent raison, puisque treize records du monde ont été battus à Berlin, davantage que sur n’importe quel autre marathon de la planète.

Le Kényan Sabastian Sawe, vainqueur l’an dernier en 2 h 02 min 16 s malgré la chaleur, revient défendre son titre. Il a entre-temps couru le premier marathon officiel sous les deux heures, en 1 h 59 min 30 s à Londres au printemps 2026, selon les organisateurs berlinois. Chez les femmes, l’Éthiopienne Tigst Assefa, détentrice du record de l’épreuve en 2 h 11 min 53 s, vise la barre des 2 h 10.

Cette cohabitation entre l’élite mondiale et des dizaines de milliers d’anonymes fait le sel des grands marathons. Vous partagez la même ligne de départ que les recordmen, le même bitume et les mêmes ravitaillements, ce que peu de sports permettent encore. Imagine-t-on un joueur de tennis du dimanche disputer le même tableau que les meilleurs mondiaux ? Sur 42,195 km, c’est la règle, et c’est précisément ce qui pousse des milliers d’amateurs à traverser l’Europe pour courir à Berlin.

Courir longtemps, ce que révèle ce parcours

Un record de 2 h 44 en 1985, puis quatre décennies de course à un rythme plus modeste : la trajectoire de Köhnke illustre une idée que beaucoup d’amateurs découvrent tard. La régularité compte davantage que la performance quand on veut courir toute une vie. Ses 43 km hebdomadaires, répartis sur plusieurs sorties, relèvent d’une pratique entretenue, pas d’une quête de chrono.

Ce profil n’a rien d’isolé. En France, le running est devenu une pratique de masse, avec 13,2 millions de coureurs recensés, et les ultra-traileurs quinquagénaires comme Ludovic Pommeret repoussent les limites liées à l’âge. L’endurance se conserve étonnamment bien chez ceux qui ne cessent jamais de s’entraîner.

Le bénéfice ne se limite pas aux chronos. Une pratique régulière de l’endurance entretient le cœur, les os et le moral, et c’est souvent ce plaisir de courir qui fait tenir sur la durée, bien plus que les objectifs chiffrés. Encore faut-il aborder la distance avec prudence, surtout lorsque l’on se lance tard ou que l’on reprend après plusieurs années d’arrêt. Le principal intéressé a d’ailleurs un conseil très simple pour les débutants.

Vous devriez passer un bilan de médecine du sport pour vous assurer que vous êtes apte à courir un marathon.

Wilfried Köhnke, portrait publié par l’organisation du BMW Berlin-Marathon le 23 septembre 2026

Le bilan médical, premier kilomètre d’un marathon

Le conseil de Köhnke fait écho aux règles françaises. Depuis 2025, les coureurs non licenciés qui s’inscrivent à une course hors stade doivent valider le Parcours de prévention santé, un questionnaire en ligne mis en place par la Fédération française d’athlétisme. Ce dispositif a remplacé le certificat médical obligatoire pour les non-licenciés.

Un questionnaire ne remplace pas une consultation, surtout au-delà de 40 ans ou après une longue interruption. Une épreuve d’effort permet de repérer d’éventuels troubles cardiaques avant qu’ils ne se manifestent en course. À Berlin, les organisateurs ont avancé le départ de 30 minutes, à 8 h 45, et ajouté des stations de refroidissement, avec une température attendue de 13 °C au départ à environ 22 °C à la mi-journée.

Le 51e départ déjà en ligne de mire ?

Dimanche, personne ne regardera le chrono de Wilfried Köhnke. Ce qui se joue tient dans la simple capacité à revenir sur la ligne de départ, année après année, avec l’envie intacte. À 78 ans, chaque marathon terminé devient une petite victoire sur le temps, et une réponse aux idées reçues sur l’âge et l’effort.

Son histoire interroge aussi la manière dont chacun envisage sa propre pratique. Viser un record personnel a du sens, mais le plaisir avant le chrono reste ce qui fait durer. Cinquante marathons dessinent moins une performance qu’un mode de vie, que l’on peut commencer à construire à tout âge, dès la prochaine sortie.

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