Huit birdies, dont quatre d’affilée du 13 au 16, et une carte de 66 (-5) : Matthieu Pavon a vécu jeudi sa meilleure journée en carrière au FedEx Open de France. Au soir du premier tour, le golfeur français pointe à la 11e place, à trois coups de l’Américain Michael Kim, tenant du titre et leader avec un 63 (-8).
Le décor a son importance. Pavon n’avait plus disputé le tournoi depuis 2022, et il retrouve un Golf National remodelé après près de deux ans de transformation du parcours de l’Albatros. Surtout, il arrive en région parisienne avec une saison américaine qui a mal tourné et une carte du PGA Tour à défendre. Ce premier tour réussi peut-il vraiment relancer un automne devenu décisif pour le seul Français vainqueur sur le circuit américain depuis plus d’un siècle ?
Un 66 qui efface quatre ans d’absence au Golf National
Pavon ne savait pas trop à quoi s’attendre en revenant à Saint-Quentin-en-Yvelines. Le tournoi ne lui avait jamais souri, et ses meilleures cartes y plafonnaient à -2 ou -3. Jeudi, il a battu ce repère de deux à trois coups, porté par une série de quatre birdies consécutifs en fin de parcours qui l’a propulsé dans le haut du tableau.
Un autre Français, Julien Guerrier, figure lui aussi dans ce peloton de tête, ce qui donne aux spectateurs du week-end deux raisons de suivre le classement. Devant, Michael Kim a imposé son rythme : un 63 qui en fait déjà l’homme à battre, lui qui défend son titre. L’Américain a résumé sa journée d’une phrase, « un début de rêve », selon des propos rapportés par Media365.
Du Farmers Insurance Open à la 130e place de la FedEx Cup
Né à Toulouse le 2 novembre 1992, fils de l’ancien footballeur et entraîneur Michel Pavon, Matthieu Pavon a longtemps construit sa carrière loin des projecteurs, entre l’Alps Tour et le circuit européen. Le déclic arrive en octobre 2023 avec une victoire à l’Open d’Espagne à -23, puis un succès historique au Farmers Insurance Open en janvier 2024, à -13, avec un coup d’avance sur le Danois Nicolai Højgaard.
Ce titre fait de lui le premier Français à s’imposer sur le PGA Tour depuis Arnaud Massy en 1907. La suite de 2024 confirme : 12e au Masters, 5e à l’US Open et un 20e rang mondial atteint en mai 2024, le meilleur de sa carrière. À ce moment, peu imaginaient que deux saisons plus tard, sa présence même sur le circuit serait en jeu.
Le retournement est brutal. Après un cut manqué au Biltmore Championship d’Asheville, premier tournoi des FedEx Cup Fall, Pavon pointe désormais à la 130e place du classement de la FedEx Cup. Il l’a reconnu lui-même sans détour, quelques jours avant de rallier la France.
Il ne faut pas se mentir, la tâche va être compliquée de rentrer dans le top 100
Matthieu Pavon, entretien publié par Golf Planète le 22 septembre 2026
Ce que Matthieu Pavon doit accomplir cet automne
Le calendrier américain fixe des seuils précis, et chacun change la nature de la saison 2027. Voici les repères qui encadrent la fin d’année du Français, d’après ses propres explications à Golf Planète :
- le top 100 de la FedEx Cup garantit la carte pleine du PGA Tour pour la saison suivante ;
- le top 120 laisse l’accès à environ 80 % des tournois du calendrier, selon Pavon lui-même ;
- sept tournois des FedEx Cup Fall restent au programme, dont il compte jouer la majorité ;
- le Baycurrent Classic, au Japon, lui est fermé faute de remplir les conditions d’accès ;
- une catégorie 12 sur le DP World Tour lui sert de filet si la campagne américaine échoue.
L’écart à combler reste important, puisqu’il faut gagner une dizaine de places au minimum pour viser le top 120. Mais sur ces tournois d’automne, un seul top 10 suffit parfois à faire bondir un joueur de plusieurs dizaines de rangs.
L’Open de France ne compte pas pour la FedEx Cup, puisqu’il appartient au DP World Tour. Il peut pourtant peser autrement, sur la confiance et le rythme de jeu, deux ressources que Pavon cherchait depuis des mois. Et sur ce terrain, un détail de son entourage a visiblement changé la donne.
Le caddie, ce facteur que l’on sous-estime
Interrogé par L’Équipe après son tour, Pavon n’a pas d’abord parlé de technique. Il a mis en avant l’arrivée de son ami Xavier Poncelet sur le sac, expliquant que cette présence changeait beaucoup de choses pour lui. Un caddie ne tape aucun coup, mais il lit les greens, choisit les clubs avec le joueur et gère ses émotions sur plus de quatre heures de jeu.
Le Français avait déjà admis avoir mal vécu un autre changement d’entourage. Il souhaitait travailler avec Chris Como avant de se tourner vers Mark Blackburn, un choix qu’il estime aujourd’hui avoir pesé sur sa saison. Au plus haut niveau, l’équilibre d’une équipe compte presque autant que le swing.
Cette leçon vaut aussi pour vous si vous jouez le week-end. Un partenaire de partie qui vous connaît, qui vous rassure après un double bogey et vous aide à garder le fil, fait souvent gagner plus de coups qu’un nouveau driver. Le golf reste un sport de concentration longue et de marche, où l’état d’esprit se travaille autant que le geste. Il se joue aussi dans un décor qui n’a rien d’anodin cette semaine.
Le Golf National, un parcours chargé d’histoire
Le FedEx Open de France se dispute du 24 au 27 septembre 2026 sur l’Albatros, le parcours de référence du golf français. Créé en 1906, le tournoi est le plus ancien open national d’Europe continentale, et la Fédération française de golf en détaille le programme et l’histoire sur la page officielle du tournoi.
L’Albatros a accueilli la Ryder Cup 2018, remportée par l’Europe 17,5 à 10,5, puis les épreuves de golf des Jeux de Paris 2024. Rares sont les parcours français aussi exposés, et les travaux menés depuis deux ans visaient à le remettre au niveau des plus grands rendez-vous. Pavon y trouve un terrain connu et un public acquis, ce que les tournois américains de l’automne ne lui offriront pas.
Jouer devant son public peut porter un joueur, ou au contraire l’écraser sous la pression. Le golf l’a encore montré cet été avec l’Open britannique disputé à Royal Birkdale, où Tommy Fleetwood jouait dans les dunes de son enfance. Le Golf National servira-t-il de tremplin à Pavon pour la fin de semaine ?
Trois tours pour transformer l’essai
Un premier tour ne gagne pas un tournoi, et Pavon le sait mieux que personne. Il reste trois journées, un cut à franchir vendredi et un leader à -8 qui ne semble pas décidé à ralentir. La vraie mesure de sa semaine se lira dimanche soir, dans sa capacité à tenir ce niveau quatre jours de suite.
Au-delà du classement, ce tournoi pose une question plus large sur la gestion d’une carrière. Comme le sabreur Sébastien Patrice qui fait passer le classement mondial avant les titres, Pavon doit arbitrer entre le plaisir d’un tournoi à domicile et la froide arithmétique des points FedEx Cup. Les prochaines semaines diront laquelle des deux logiques l’emporte, et si le 66 de jeudi aura été un déclic ou une parenthèse.
