Personne n’avait écrit ce scénario. Mercredi soir à Turin, la Finlande a éliminé l’Italie, championne du monde en titre, et c’est elle que l’équipe de France de volley affrontera vendredi 25 septembre à 21h à Assago, en banlieue de Milan, pour une place en finale de l’EuroVolley 2026.
Le championnat d’Europe masculin, organisé cette année par quatre pays, la Bulgarie, la Finlande, l’Italie et la Roumanie, désigne tous les deux ans le meilleur pays du continent. Cette édition porte un enjeu supplémentaire : le champion d’Europe décrochera son billet pour Los Angeles 2028. Les Bleus, doubles champions olympiques en titre, abordent donc un dernier carré où chaque set compte double. Mais que valent vraiment ces Français face à une Finlande en état de grâce ?
Un quart de finale maîtrisé contre la Roumanie
Le souvenir de Cluj pesait. Lors du dernier match de poule, la France s’était inclinée 3-2 face à la Roumanie malgré quatre balles de match, dans une rencontre sans enjeu pour la qualification. Mardi 22 septembre à Sofia, la revanche a pris la forme d’un 3-0 sans appel : 25-16, 25-19, 25-19.
Le détail des statistiques, relevé par Équipe-France, dit tout de la domination tricolore. Théo Faure a inscrit 19 points, François Huetz 11 dont 6 contres, Mathis Henno 9, et Simon Magnin 7 dont 2 blocs, sans oublier deux aces décisifs au service dans le premier set. Classée 22e au classement mondial, la Roumanie n’a jamais trouvé la faille.
Je me suis vraiment très bien senti, je pense qu’on était bien en confiance, et surtout, on a su rester dans le moment présent.
Théo Faure, pointu de l’équipe de France, après le quart de finale contre la Roumanie à Sofia, le 22 septembre 2026
Ce succès prolonge une montée en puissance entamée en huitièmes contre le Portugal, battu 3-0, et ouvre une deuxième demi-finale européenne consécutive pour les Bleus. Reste à mesurer ce que représente l’adversaire.
La Finlande, l’invité surprise qui a fait tomber l’Italie
Devant plus de 8 000 spectateurs à Turin, les Finlandais ont renversé l’Italie 3-2 (21-25, 28-26, 25-16, 20-25, 15-13). Selon Volleyball World, c’est la plus grosse surprise de ce championnat d’Europe, face au numéro deux mondial et champion du monde en titre. Déjà en huitièmes, la Finlande avait dû revenir deux fois au score pour battre la Grèce 3-2.
Coorganisatrice du tournoi, la sélection finlandaise avait disputé sa poule à Tampere, avec quatre victoires contre le Danemark, la Belgique, la Serbie et les Pays-Bas. Sa dernière demi-finale européenne remonte à 2007, une quatrième place restée historique pour le pays. Elle pointe désormais au 12e rang mondial, quatre places derrière la France, huitième.
L’autre demi-finale ne manque pas de relief non plus. La Slovénie a dominé la Belgique 3-1 et dispute son cinquième dernier carré en six éditions, tandis que la Pologne, tenante du titre, a balayé l’Allemagne 3-0 à Sofia. Le plateau d’Assago réunit donc trois habitués et un invité inattendu, ce qui rend le programme des deux derniers jours particulièrement ouvert.
Ce que la demi-finale met en jeu
Le programme du dernier carré est fixé, et les enjeux se superposent sur deux jours à Assago :
- vendredi à 17h, Slovénie-Pologne, entre le sixième mondial et le leader du classement FIVB ;
- vendredi à 21h, Finlande-France, pour la seconde place en finale ;
- samedi 26 septembre, les matchs pour le bronze et pour l’or ;
- un seul ticket continental pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028, promis au champion.
La qualification pour la Coupe du monde 2027 est déjà acquise pour la France, la Slovénie et la Finlande, la Pologne étant qualifiée d’office comme pays hôte. Le résultat de vendredi pèsera donc surtout sur la route la plus directe vers Los Angeles, ce qui explique la prudence affichée par le groupe d’Andrea Giani.
Des Bleus en reconstruction qui retrouvent leur rythme
Depuis le pari de la jeunesse engagé après le deuxième titre olympique, l’équipe a changé de visage. Le capitaine Antoine Brizard le reconnaissait avant le quart : « Tout était assez nouveau. On est partis de loin », avant d’estimer que le groupe prenait forme.
La phase de poules l’a montré, avec des Bleus invaincus jusqu’au choc allemand, puis un bilan final de quatre victoires en cinq matchs. Mathis Henno résumait ensuite la dynamique en affirmant que les Français ne faisaient que monter en puissance, sans avoir encore atteint leur top niveau. À Assago, face à une équipe portée par l’euphorie, cette marge de progression sera le premier argument.
Trévor Clévenot avait prévenu après le succès contre le Portugal, battu 25-21, 25-22, 25-21 : « Ce ne sera pas une autoroute, mais un chemin boueux. » L’image colle à un parcours où les Bleus ont appris à gagner sans briller, avant de hausser nettement le ton contre la Roumanie. C’est cette version, plus tranchante, que la Finlande risque de trouver sur sa route.
Un palmarès européen qui attend une deuxième ligne
Paradoxe d’une génération qui a tout gagné aux Jeux, la France ne compte qu’un seul titre de champion d’Europe, en 2015. Son palmarès continental aligne aussi quatre médailles d’argent et deux de bronze, selon le décompte de Volleyball World. La Pologne, tenante du titre, en possède deux, conquis en 2009 et 2023.
En Coupe du monde, le constat est similaire : 19 participations et une seule médaille, le bronze de 2002. Pour les Bleus, ce championnat d’Europe offre une occasion rare de combler un manque dans une vitrine pourtant bien garnie. Le calendrier des Bleus et les résultats sont à suivre sur le site de la Fédération française de volley.
Au-delà du dernier carré, une discipline qui gagne en visibilité
Un titre européen samedi, ou même une finale, offrirait au volley français une exposition précieuse avant le cycle olympique américain. Une belle campagne des Bleus peut attirer de nouveaux pratiquants dans les clubs à la rentrée, et le volley reste un sport accessible, pratiqué en salle comme sur sable, qui entretient à la fois la détente, la coordination et le lien entre coéquipiers.
La question qui se posera vendredi soir dépasse le seul score : une équipe rajeunie peut-elle déjà gagner sous pression dans une salle italienne acquise à d’autres ? Deux victoires séparent la France d’un deuxième titre continental, et d’un rendez-vous déjà fixé en Californie dans moins de deux ans.
