Les championnats du monde de cyclisme sur route se disputent à Montréal jusqu’au 27 septembre. Huit jours de course, treize titres mondiaux distribués, et un format que le calendrier professionnel ne propose jamais le reste de l’année : ici, les coureurs défendent un maillot national et non celui de leur employeur. Le maillot arc-en-ciel se porte ensuite pendant douze mois, sur toutes les courses de la saison suivante.
La première grosse journée a eu lieu dimanche, avec le contre-la-montre individuel masculin. Remco Evenepoel l’a emporté pour la quatrième fois de suite, mais c’est un Français de 19 ans qui est monté sur la troisième marche : Paul Seixas, seizième de la même épreuve l’an dernier à Kigali. Que vaut ce bond, et que reste-t-il à jouer d’ici dimanche ?
Trente-neuf kilomètres plats dans les rues de Montréal
Le parcours n’offrait aucune échappatoire. Un seul tour de 39,2 km presque entièrement plat, départ avenue du Parc, passage par le pont Champlain et le circuit Gilles-Villeneuve, arrivée au parc Jeanne-Mance. Un tracé sans difficulté où seule la puissance brute départage, avec des virages serrés pour unique variable technique.
Remco Evenepoel a écrasé l’épreuve. Le Belge de 26 ans a devancé l’Italien Filippo Ganna de 57 secondes et signé son quatrième sacre consécutif sur la discipline, une série qu’aucun rouleur n’avait alignée avant lui. Paul Seixas termine à 1′13″ du vainqueur, et à 16 secondes seulement de Ganna. Seize secondes sur trente-neuf kilomètres, soit moins d’une demi-seconde par kilomètre concédée à l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire récente.
Le podium a tenu à peu de chose. Le Suédois Jakob Söderqvist comptait cinq secondes d’avance sur le Français à dix kilomètres de l’arrivée, avant de chuter dans un virage et de perdre le bronze pour treize secondes. La course des chronos se joue souvent sur ce type de bascule, et celle-ci a profité au plus jeune des trois.
De la seizième place à la troisième en douze mois
La progression est le vrai sujet. Aux Mondiaux de Kigali, il y a un an, Seixas avait terminé seizième, à plus de quatre minutes d’Evenepoel. Champion du monde juniors du contre-la-montre en 2024, il disputait dimanche seulement sa deuxième participation chez les élites. Quatre minutes d’écart ramenées à soixante-treize secondes en une seule saison, dans une discipline où les marges se grignotent d’ordinaire par poignées de secondes.
J’espère faire mieux qu’aujourd’hui et être sur une autre marche du podium.
Paul Seixas, à l’arrivée du contre-la-montre des championnats du monde de Montréal, le 20 septembre 2026, à propos de la course en ligne
Le Lyonnais n’a pas non plus caché sa frustration technique, estimant avoir perdu du temps en abordant les virages sans prendre de risques. Ceux qui l’ont suivi cet été le reconnaissent bien là : le même coureur avait terminé le Tour avec un maillot distinctif sur les épaules en juillet. Un athlète qui analyse ses pertes plutôt que ses gains en dit souvent long sur la suite de sa carrière.
Ce que la France attendait depuis Laurent Jalabert
Cette médaille referme une longue séquence sans résultat français majeur dans l’exercice. Quelques repères suffisent à mesurer l’attente.
- 1997 : Laurent Jalabert devient le dernier Français sacré champion du monde du contre-la-montre ;
- 2024 : Paul Seixas remporte le titre mondial juniors de la discipline ;
- 2025 : seizième des Mondiaux élite à Kigali, à plus de quatre minutes du vainqueur ;
- 2026 : premier podium mondial individuel chez les élites, à 19 ans.
Près de trente ans séparent donc les deux bornes de cette liste. Aucun Tricolore n’était monté sur le podium mondial du chrono depuis très longtemps, dans une épreuve pourtant réputée accessible aux coureurs formés à la française.
Bernard Hinault avait d’ailleurs annoncé la couleur début septembre, en plaçant le jeune coureur parmi les favoris québécois. Le pronostic n’était pas absurde, il était simplement prématuré d’un ou deux rangs.
Ce qu’il reste à courir jusqu’au 27 septembre
La compétition est loin d’être finie. Treize titres mondiaux sont attribués sur l’ensemble de la semaine, entre les contre-la-montre individuels, les relais mixtes et les courses en ligne, et ce dans toutes les catégories d’âge. Chez les femmes, la Suissesse Marlen Reusser a conservé son titre sur le chrono. Les catégories espoirs ont ouvert leur programme lundi, avant les épreuves reines du week-end.
Le point d’orgue tombe dimanche prochain avec la course en ligne masculine. Seixas y figurera parmi les coureurs à suivre, aux côtés de Remco Evenepoel, du Mexicain Isaac Del Toro et du Néerlandais Mathieu van der Poel. Une course en ligne ne récompense pas la même qualité qu’un chrono : elle demande de la lecture de course, du placement et un sens du timing que les watts seuls ne fournissent pas.
Le circuit montréalais, vallonné et nerveux, devrait favoriser les puncheurs plutôt que les purs rouleurs. La sélection française, dont la composition avait été annoncée par la Fédération française de cyclisme début septembre, aborde donc l’échéance avec une médaille en poche et un statut qui a changé en trois jours.
Le chrono, l’épreuve la plus transposable à l’entraînement de tous les jours
Parmi toutes les disciplines du cyclisme, le contre-la-montre est celle qui ressemble le plus à ce que fait un pratiquant seul sur sa route. Pas de peloton, pas d’aspiration, pas de tactique : un effort continu, réglé sur une intensité que l’on tient jusqu’au bout. La gestion de l’allure y pèse autant que la puissance, et c’est exactement la compétence qui manque le plus aux cyclistes de loisir.
Le vélo reste par ailleurs l’une des activités les plus accessibles aux articulations fragiles, puisque le poids du corps repose sur la selle et non sur les appuis. La Fédération française de cyclisme a validé 109 964 licences en 2025, en hausse de 2,15 % sur un an, réparties dans plus de 2 300 clubs. Rouler à intensité régulière plutôt que par à-coups est le premier réflexe que ces clubs enseignent aux débutants.
Annecy 2027 se profile déjà
Dans un an, les championnats du monde se disputeront en France. Le contre-la-montre est annoncé autour du lac d’Annecy, sur 37 kilomètres et environ 250 mètres de dénivelé, un profil un peu plus accidenté que celui de Montréal. Un tracé qui conviendrait mieux à un coureur complet qu’à un rouleur pur, et qui se situe à moins de deux heures de route de Lyon.
Le calendrier place donc le coureur français devant une échéance à domicile au moment précis où il entre dans la hiérarchie mondiale. La difficulté sera moins de progresser que de tenir la trajectoire, dans un sport qui use vite les organismes lancés trop tôt à ce niveau.
Restent les six jours de course qui séparent encore Montréal de son verdict. Les Mondiaux se jugent sur la course en ligne, pas sur le chrono d’ouverture, et le maillot arc-en-ciel qui se joue dimanche vaut toutes les promesses d’avenir : quelle marche du podium un coureur de 19 ans peut-il viser sur une épreuve qui en a brisé de plus expérimentés ?
