1 euro investi dans le sport, 13 euros de coûts sociaux évités : le chiffre que brandit le mouvement sportif

21/09/2026 à 19h33  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

Le mouvement sportif chiffre son plaidoyer avant les arbitrages budgétaires : un euro public investi dans le sport en éviterait treize en coûts sociaux. Reste à savoir ce que pèse ce ratio face au ralentissement des licences amorcé depuis les Jeux.

Le mouvement sportif français a publié dimanche 20 septembre une tribune collective dans La Tribune Dimanche, à quelques semaines des arbitrages sur le budget de l’État. Son argument tient en un rapport : un euro investi dans le sport éviterait treize euros de coûts sociaux, principalement en dépenses de santé.

Ce ratio est un calcul de retour sur investissement appliqué aux politiques publiques. Il additionne ce que la pratique régulière fait économiser à la collectivité, des maladies chroniques évitées aux arrêts de travail en moins, et le rapporte à l’argent public engagé pour rendre cette pratique possible : équipements, subventions aux clubs, aides à l’inscription.

Le texte est signé par onze responsables, du comité olympique aux associations d’élus locaux, et il arrive dans un contexte où la dynamique d’après-Jeux commence à s’essouffler. Que vaut vraiment ce rapport de un à treize quand on le confronte aux chiffres de la pratique ?

D’où vient le rapport de un à treize

Le raisonnement part d’un constat médical bien établi. L’inactivité physique figure parmi les principaux facteurs de risque évitables des maladies cardiovasculaires, du diabète de type 2 et de plusieurs cancers, et chaque pathologie évitée représente des années de traitement en moins pour l’assurance maladie.

À cette économie sanitaire, les signataires ajoutent deux autres effets. Le sport organisé fait tenir un tissu associatif qui remplit des fonctions d’encadrement et de lien social sans figurer dans aucune ligne budgétaire, et il alimente une filière économique dont les emplois et les recettes fiscales reviennent en partie à l’État.

Le calcul reste une estimation, avec les limites de l’exercice : il faut attribuer au sport une part de bénéfices de santé qui dépendent aussi de l’alimentation, du travail ou du logement. L’ordre de grandeur, lui, converge avec les travaux internationaux, qui situent généralement ce retour entre cinq et vingt euros selon les périmètres retenus.

0,13 % du budget de l’État, la part réelle du sport

Face à ce rendement supposé, les signataires rappellent le poids budgétaire du sport dans les comptes publics : 0,13 % du budget de l’État, soit environ un euro sur huit cents. La comparaison porte moins sur le montant que sur le rapport entre ce que la dépense coûte et ce qu’elle est censée rapporter.

La tribune s’appuie aussi sur un chiffre de pratique : 61 % des Français déclarent une activité physique régulière, un niveau jamais atteint depuis la création de cet indicateur. Rapporté au poids économique de la filière, ce taux de pratique fait du sport un des rares secteurs à progresser sans coup de pouce budgétaire massif.

Onze signataires, du comité olympique aux maires

La liste des cosignataires dit beaucoup de la stratégie retenue : ne pas laisser l’appel apparaître comme une demande corporatiste du seul mouvement olympique. Les élus locaux y figurent au même rang que les fédérations et les entreprises du secteur.

  • Amélie Oudéa-Castéra, présidente du Comité national olympique et sportif français ;
  • Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique et sportif français ;
  • Philippe Diallo, président de l’organisation patronale du sport COSMOS ;
  • Thierry Braillard, président de la Fondation du sport français ;
  • Grégory de Radiguès, président de l’Union des entreprises Sport et Cycle ;
  • Raymond Bauriaud pour Sporsora et Sébastien Bequart pour la SporTech ;
  • Gil Averous pour Villes de France, Gilles Leproust pour Ville & Banlieue et Patrick Appéré pour les élus en charge du sport ;
  • Emma Leonardi, présidente de l’association nationale des jeunes du champ du sport et de l’animation.

Cette coalition recouvre à peu près toute la chaîne qui va du terrain municipal au sponsoring. Elle réunit ceux qui paient et ceux qui reçoivent, ce qui rend l’appel plus difficile à ranger dans la catégorie des demandes sectorielles habituelles.

Les licences, thermomètre de l’après-Paris 2024

L’argument budgétaire arrive au moment précis où la vague née des Jeux de Paris retombe. Les données de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire montrent une décélération nette sur trois exercices.

AnnéeÉvolution des licencesContexte
2024+3,8 %Année des Jeux de Paris, progression record
2025+1,7 %17,4 millions de licences délivrées par 119 fédérations
2026+0,4 % estiméQuasi-stabilité attendue selon l’INJEP

Le tableau montre que l’essentiel de la dynamique olympique s’est produit avant l’événement, et non après. Les inscriptions ont explosé pendant la préparation et la ferveur de l’été 2024, puis le rythme est revenu à son niveau d’avant, comme après les olympiades précédentes.

Ce ralentissement donne sa force à l’argument des signataires : sans relais budgétaire, la progression peut s’inverser. L’essoufflement mesuré cet été se lit déjà dans les chiffres publiés par l’INJEP.

Qui s’inscrit encore, qui décroche

Le détail par discipline dessine deux France sportives. Les sports de raquette progressent de 8,2 %, portés par le tennis de table, le badminton et le tennis, quand les sports de combat gagnent 5 % et les arts martiaux 5,3 %. Le football reste la première fédération olympique avec 2,37 millions de licences, devant le tennis et ses 1,23 million.

Les écarts d’âge sont plus parlants encore. Les plus de 55 ans signent une hausse de 4 %, les moins de 14 ans se contentent de 1 %, et les fédérations scolaires et universitaires perdent 3 % de leurs licenciés. Comme 53,4 % des licences sont délivrées à des mineurs, ce décrochage jeune pèse lourd sur la tendance générale, et il rejoint ce que montre déjà le coût de l’inscription au moment de la rentrée.

Le parasport, révélateur de ce que coûte l’accessibilité

Les licences parasport progressent de 4 %, mais la pratique reste conditionnée à des équipements et à des encadrants adaptés. Une étude de 2022 estimait à 50 km la distance moyenne à parcourir pour trouver un club en mesure d’accueillir une personne en situation de handicap, soit une heure de trajet pour un entraînement d’une heure.

Demain, tous les clubs sportifs doivent être en capacité d’accueillir les personnes en situation de handicap.

Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique et sportif français, dans un entretien au magazine Faire Face publié le 18 septembre 2026

Le programme Club Inclusif, qui finance la formation des éducateurs et l’achat de matériel, a réuni plus de 2 600 clubs et plus de 120 collectivités cofinanceuses. Sa poursuite dépend directement des crédits que la tribune cherche à préserver, ce qui rend l’arbitrage très concret pour les familles concernées.

Un arbitrage qui se jouera loin des terrains

Le rapport de un à treize a l’avantage de parler le langage des finances publiques plutôt que celui de la passion sportive. Il déplace le débat du terrain vers le tableur, et oblige à chiffrer ce qu’une heure de sport hebdomadaire évite en consultations, en traitements et en arrêts de travail.

Reste une inconnue que le ratio ne règle pas : les économies de santé se constatent sur dix ou vingt ans, quand un budget se vote pour douze mois. Cette asymétrie de calendrier est le vrai terrain de l’arbitrage qui s’ouvre cet automne, bien plus que le montant lui-même.

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