Une course de moto qui dure un jour et une nuit d’affilée, c’est le principe du Bol d’Or, la plus ancienne épreuve d’endurance de 24 heures au monde. Sa 89e édition a ouvert ses portes jeudi 17 septembre sur le Circuit Paul Ricard, au Castellet, et se prolonge jusqu’au dimanche 20. Le départ des 24 heures sera donné samedi à 15 h, l’arrivée dimanche à la même heure.
L’épreuve n’est pas qu’un rendez-vous de passionnés du Var. Elle clôt la saison du championnat du monde d’endurance FIM EWC, dont l’exercice 2026 a débuté le 16 avril, et elle attire chaque année un public de motards venu de toute la France. Une question domine donc ces quatre jours au Castellet : qui repartira d’ici avec le titre mondial ?
Quatre jours d’activité, une seule course de 24 heures
Le circuit a rouvert jeudi à 17 h pour le grand public, mais les motos tournaient déjà depuis 14 h. Essais libres, qualifications, séance de nuit de 20 h 40 à 21 h 40 : la première journée sert à retrouver des repères sur un tracé de 5 673 mètres parcourus dans le sens des aiguilles d’une montre. Les autres catégories occupent la piste en parallèle, du Bol d’Argent aux maxi-trails.
La journée de vendredi est la plus chargée des quatre, avec les deuxièmes qualifications de 11 h à 12 h 50, puis le 22e Bol d’Argent, trois heures de course réservées aux roadsters et ouvertes à 70 équipages de deux pilotes au maximum. La visite de la voie des stands, de 18 h 15 à 19 h 20, reste le créneau le plus accessible pour qui veut approcher les machines de près.
Un championnat du monde qui se joue sur une seule course
La hiérarchie arrive serrée au Castellet. YART Yamaha mène le classement avec 112 points, soit 19 points d’avance sur BMW Motorrad World Endurance Team, d’après les classements officiels du FIM EWC. Yoshimura SERT Motul, vainqueur du Bol d’Or 2025, reste mathématiquement dans la course au titre.
Ce format concentre en un week-end ce que d’autres disciplines étalent sur une saison entière. Une chute à 4 h du matin, une casse mécanique au dixième relais ou un changement de pneu mal négocié suffisent à effacer six mois de régularité. 56 équipes figurent sur la liste provisoire des engagés, un plateau qui dépasse largement le noyau des équipes d’usine.
La nuit reste le juge de paix de l’épreuve. Les pilotes s’y relaient dans le noir, sur une piste refroidie, avec des repères visuels réduits aux panneaux de stand et aux feux des concurrents qu’ils doublent. C’est là que les écarts se creusent sans que personne ne les voie venir, et que les équipes les mieux préparées prennent l’ascendant sur les autres.
Une Honda, 28 personnes et 80 000 euros
Derrière les équipes d’usine avancent des écuries privées dont les moyens n’ont rien de comparable. LR Moto, basée à Istres, engage la Honda n°112 avec un équipage emmené par Vincent Philippe, recordman du Bol d’Or avec neuf victoires, entouré de Tom Berçot, Julien Leyninger et Gino Castinel. L’écurie travaille directement avec le constructeur, qui lui expédie des pièces depuis le Japon.
C’est un sport de concentration. Les pilotes se préparent toute l’année pour être prêts, car 24 heures de moto, avec la nuit qui est un moment particulièrement difficile, c’est énorme.
Léo Rubio, responsable de l’écurie LR Moto, au micro de Maritima radio le 16 septembre 2026
Le budget donne la mesure de l’engagement. Une participation de ce type revient à environ 80 000 euros pour l’écurie istréenne, préparation, achat des motos, déplacements, pneus et essence compris, et mobilise 28 personnes autour d’une seule machine, entre mécaniciens, kinésithérapeutes et panneauteurs. Vingt-huit personnes pour une moto, c’est un rapport que peu de sports mécaniques affichent aussi nettement.
Les horaires à retenir pour suivre le week-end
Le programme mêle épreuve principale, courses annexes et animations, de quoi égarer un spectateur de passage. Quelques rendez-vous structurent vraiment ces quatre jours :
- vendredi de 11 h à 12 h 50, les deuxièmes qualifications du Bol d’Or, réparties en quatre groupes de pilotes ;
- vendredi à 20 h 30, la première manche du 23e Bol d’Or Classic, réservée aux motos anciennes et forte de plus de 60 équipages ;
- samedi de 9 h 40 à 11 h 40, la seconde manche du Classic, dont le classement final se calcule sur le cumul des deux ;
- samedi à 15 h, le départ du 89e Bol d’Or, précédé d’une procédure de départ lancée à 14 h ;
- dimanche à 15 h, l’arrivée, après un double tour d’horloge sans la moindre interruption.
Autour de la piste, le Village Bol d’Or réunit constructeurs et équipementiers, avec des essais de motos et un écran géant pour suivre la course. Le Pit Building accueille une exposition consacrée à Japauto, avec sept machines victorieuses de l’épreuve, quand le Village Classic rassemble une dizaine de clubs et plus d’une centaine de motos.
Venir voir la course sans y laisser son budget
L’accès reste mesuré pour un événement de ce format. Le billet enceinte générale couvre les quatre jours pour 86 euros et donne accès au paddock, aux tribunes du Grand Prix Hall et de la ligne droite de départ, aux villages, aux concerts et aux animations. L’entrée est gratuite pour les enfants de moins de 10 ans accompagnés d’un adulte muni d’un billet.
Ceux qui veulent seulement voir la fin de course disposent d’une formule dominicale, à partir de 54 euros, qui ouvre le circuit dès 6 h du matin. Cette formule est annoncée dans la limite de 1 000 billets, ce qui en fait la porte d’entrée la plus économique du week-end, et la plus vite fermée.
Le stationnement des deux et trois-roues est gratuit, sur une surface bitumée située à l’intérieur du circuit, près du Grand Prix Hall. Les automobilistes et les camping-cars disposent d’emplacements payants du côté des portes Toulon et Signes. Deux aires permettent de dormir sur place pendant les nuits de jeudi, vendredi et samedi, avec sanitaires et douches mais sans branchement électrique.
Le trajet mérite presque autant d’attention que la course. La Fondation VINCI Autoroutes installe des relais motos à Saint-Rambert-d’Albon et Lançon-de-Provence sur l’A7, ainsi qu’à Marcel-Pagnol sur l’A52, où les motards peuvent faire une pause, boire un café et récupérer des conseils de prévention. Enchaîner plusieurs centaines de kilomètres puis deux nuits courtes pèse autant qu’une grosse séance de sport, et ce que le manque de sommeil coûte à la vigilance se paie davantage au retour qu’à l’aller.
Un rendez-vous accroché au Castellet jusqu’en 2029
Le Bol d’Or a longtemps changé d’adresse, du Mans à Magny-Cours, avant de revenir s’installer dans le Var en 2015. L’épreuve y restera au moins jusqu’en 2029, stabilité rare dans un calendrier français où les circuits se disputent le peu de dates disponibles, comme le rappelle le débat rouvert autour du Grand Prix de France.
Ce qui se joue dimanche à 15 h dépasse d’ailleurs le seul classement mondial. Une course de 24 heures reste l’un des rares formats où une écurie de province aligne sa moto à côté d’une usine japonaise, sur la même piste et pendant exactement la même durée. Cette cohabitation fait la singularité de l’endurance, et elle explique qu’un circuit entier se remplisse encore quatre jours durant, quatre-vingt-neuf éditions après la première.
