Mondiaux de running : le duel Gressier-Ingebrigtsen referme la saison des Bleus à Copenhague

17/09/2026 à 11h57  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

Treize Français s'alignent ce week-end à Copenhague pour la deuxième édition des Mondiaux de course sur route, entre un mile, un 5 km et un semi-marathon. Jimmy Gressier y retrouve Jakob Ingebrigtsen, Etienne Daguinos vise un record de France, et le format lui-même joue sa crédibilité.

Une poignée d’athlètes français s’alignent ce week-end à Copenhague pour la deuxième édition des championnats du monde de running, une compétition qui tient sur deux jours et trois distances : un mile, un 5 km et un semi-marathon, tous courus sur route plutôt que sur piste. Le format a été créé en 2023 par World Athletics pour donner un rendez-vous planétaire à la course sur bitume, celle que pratiquent des millions d’amateurs chaque dimanche matin.

La France y envoie treize athlètes, emmenés par Jimmy Gressier et Etienne Daguinos, deux médaillés des derniers championnats d’Europe de Birmingham. Leur saison s’achève là, après un été long et dense, dans une capitale danoise qui a fait du vélo et de la course à pied des habitudes quotidiennes autant que des loisirs. Une question traverse pourtant ce week-end danois : ces Mondiaux sont-ils un épilogue de fin d’été ou un vrai championnat du monde ?

Un championnat du monde né sur le bitume

Les championnats du monde de course sur route ont vu le jour en 2023 à Riga, en Lettonie, avec l’idée de rassembler sur un même week-end des spécialistes du demi-fond et du fond qui ne se croisent jamais ailleurs. Trois distances y cohabitent, du mile au semi-marathon, soit de 1 609 à 21 097 mètres, un grand écart que peu de championnats assument.

L’édition lettone avait déjà souri aux Français. Jimmy Gressier y avait pris la cinquième place du semi-marathon, son premier vrai résultat à l’échelle mondiale, et Etienne Daguinos la sixième du 5 km. Trois ans plus tard, les deux hommes ont échangé leurs distances, signe d’une progression que la piste a rendue possible. Le rendez-vous danois arrive cette fois en bout de saison, ce qui change la lecture du 5 km.

Le 5 km, terrain de chasse de Jimmy Gressier

Le fondeur du Boulogne-sur-Mer AC a bâti une partie de sa réputation sur cette distance. Il en détient le record d’Europe en 12′51″, un chrono réalisé en avril à Lille, qui fait de lui le troisième meilleur performeur mondial de tous les temps, derrière les Éthiopiens Berihu Aregawi (12′49″) et Yomif Kejelcha (12′50″). Sur route, le rythme se négocie au contact du public, ce qui lui convient mieux que la solitude d’un 5 000 m sur piste.

Face à lui se dressera Jakob Ingebrigtsen. Le Norvégien est revenu d’une opération du tendon d’Achille en remportant le 5 000 m des championnats d’Europe, puis a confirmé le week-end dernier à Budapest lors de l’Ultimate Championship. Les deux hommes s’apprécient et aiment les courses rapides, ce qui promet une bataille tendue du premier au dernier kilomètre. L’Éthiopien Addisu Yihune, quatrième à Lille en 12′54″, et le Suisse Dominic Lobalu, en argent sur 10 000 m à Birmingham, complètent un plateau dense.

Gressier arrive avec une alerte au dos et une saison longue derrière lui, après son pari du 10 000 m à Birmingham. Le champion du monde 2025 de la distance ne s’en cache pas : il veut une médaille de plus avant de couper. Sa cible affichée est un podium, pas une place d’honneur.

Mon ambition est d’aller jouer le podium et de décrocher une nouvelle médaille mondiale. J’espère une course rapide pour qu’on soit tous la corde au cou et qu’il reste les plus forts au moment du finish.

Jimmy Gressier, dans un entretien publié par la Fédération française d’athlétisme le 16 septembre 2026, à la veille du départ des Bleus pour Copenhague.

Ce que la route change par rapport à la piste

Passer du stade au bitume ne se résume pas à un changement de décor. Les repères de course, l’équipement et la gestion de l’effort se déplacent tous, et ces différences pèsent autant sur les amateurs que sur les treize sélectionnés français.

  • Le revêtement est plus dur et plus régulier, ce qui favorise les chronos mais sollicite davantage les tendons et les articulations ;
  • Les virages larges et les faux plats remplacent les 400 mètres calibrés de la piste, si bien que le rythme se lit à la sensation plus qu’au chrono intermédiaire ;
  • Le public borde le parcours sur toute sa longueur, là où un stade concentre l’ambiance sur une seule ligne droite ;
  • Les pointes laissent place aux chaussures à plaque de carbone, dont World Athletics limite la hauteur de semelle à 40 millimètres sur route.

Ces contraintes expliquent qu’un spécialiste de la piste ne bascule pas sur route du jour au lendemain. Etienne Daguinos en fournit l’illustration la plus nette ce week-end, lui qui courait le 5 km à Riga en 2023 et s’aligne cette fois sur 21 097 mètres.

Daguinos s’attaque au semi-marathon et au record de France

Le coureur de l’US Talence a réalisé 59′27″ à Berlin en mars, deuxième meilleure performance française de tous les temps sur la distance, à quatorze secondes du record de France de Julien Wanders. Le parcours danois, plat et rapide, se prête à une attaque de cette marque, surtout avec un peloton emmené par le champion du monde en titre Joshua Cheptegei et le champion d’Europe du 10 000 m Andreas Almgren.

Son été a déjà été réussi, avec le bronze européen conquis sur 5 000 m à Birmingham. Les Kényans Nicholas Kipkorir et Daniel Ebenyo, présents sur le podium letton il y a trois ans, rendent le top 3 individuel difficile d’accès. La performance collective reste la piste la plus crédible, avec Bastien Augusto, Baptiste Guyon et le néo-sélectionné Victor Boudin autour de lui. Chez les femmes, Mekdes Woldu et Alessia Zarbo mènent la délégation, la première ayant abaissé le record de France à 1h08′19″ cette année.

Guillemot et le mile, 1 609 mètres pour se refaire

Quatorze courses depuis début mai : Agathe Guillemot termine sa saison avec des jambes lourdes et une frustration à évacuer, celle de la quatrième place des championnats d’Europe. La Bretonne du CAB Pont-L’Abbé a pourtant battu le record de France du 1 500 m en 3′56″24 cette année et couru le 800 m en 1′58″65. Le mile lui offre une dernière carte avant quelques jours de repos.

La concurrence viendra de l’Éthiopienne Freweyni Hailu, championne du monde en salle du 1 500 m il y a deux ans, et des spécialistes du 800 m Addison Wiley et Sarah Billings. Chez les hommes, Romain Mornet et Flavien Szot tenteront leur chance sur une distance qui, comme l’avait montré Maël Gouyette en 2023, réserve régulièrement des surprises aux favoris. Le détail du programme et de la sélection est publié par la Fédération française d’athlétisme sur sa page consacrée à Copenhague.

Les classements par équipes, l’enjeu discret du week-end

Deux titres collectifs se jouent en parallèle des courses individuelles, et ils sont souvent plus accessibles que les podiums. Le semi-marathon établit son classement par équipes sur les trois meilleurs athlètes d’une même nation, ce qui valorise la profondeur d’une délégation plutôt que son leader.

Le mile fonctionne différemment : son classement est mixte et additionne les résultats de deux hommes et deux femmes. La France aligne le quota complet, avec Agathe Guillemot, Augustine Haquet, Romain Mornet et Flavien Szot. Ce format mixte reste rare dans l’athlétisme mondial et pousse les fédérations à sélectionner large plutôt qu’à miser sur une seule tête d’affiche.

Une discipline que treize millions de Français pratiquent déjà

Ce qui se court à Copenhague ressemble, de loin, à ce que font chaque semaine les 13,2 millions de personnes qui courent en France : un départ groupé, un revêtement dur, un chrono. L’écart de niveau est vertigineux, l’expérience reste étrangement proche, et c’est sans doute ce qui explique l’attachement du public à ces épreuves urbaines.

La vraie question posée par ce format tient à sa place dans le calendrier. Fixé en fin de saison, après les championnats continentaux et la finale de la Diamond League, il récupère des athlètes fatigués et des ambitions revues à la baisse. Un championnat du monde placé mi-septembre paie ce prix, alors même que la course sur route est la porte d’entrée la plus fréquentée vers l’athlétisme.

Copenhague dira si cette deuxième édition parvient à s’installer durablement. Les fédérations observeront les audiences, les organisateurs de courses populaires guetteront l’effet d’entraînement, et les coureurs du dimanche y trouveront des repères chiffrés à confronter à leurs propres sorties.

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