Ultimate Championship : Chaussinand et Kpatcha quatrièmes, la France attend toujours son premier podium

12/09/2026 à 09h04  ·  Clément Haddad  ·  7 minutes à lire

Au marteau comme à la longueur, deux Français ont échoué au pied du podium lors de la soirée d'ouverture de l'Ultimate Championship, vendredi à Budapest. Un nouveau format, dix millions de dollars de primes, et un statut que personne ne sait encore fixer.

Certaines compétitions naissent pour combler un vide au calendrier. L’Ultimate Championship, lancé vendredi 11 septembre au centre national d’athlétisme de Budapest, en fait partie : World Athletics a imaginé un championnat de trois soirées, sur invitation, où seuls les mieux classés au ranking mondial sont conviés et où chaque épreuve se joue en une poignée d’essais ou de courses. Ni tours préliminaires étalés sur la semaine, ni minima à décrocher, mais dix millions de dollars de dotation et des finales resserrées en soirée.

Pour l’athlétisme français, cette première édition tombe dans une année creuse, sans Jeux ni championnats du monde, quelques semaines après un Euro de Birmingham au goût mitigé. Treize Bleus ont décroché leur billet pour la Hongrie et la soirée d’ouverture en alignait sept. Deux d’entre eux ont fini au pied du podium, à quelques centimètres d’un tout autre résultat. Que vaut une quatrième place dans un format conçu pour ne réunir que l’élite mondiale ?

Chaussinand quatrième au marteau, avec un seul jet qui comptait

Yann Chaussinand est arrivé à Budapest avec le meilleur classement mondial de la délégation tricolore. Le lanceur du Clermont Auvergne Athlétisme avait porté le record de France à 82,44 m au mois de mai. Sur la pelouse teinte en noir du stade hongrois, il a ouvert son concours à 78,36 m, et n’a plus jamais retrouvé cette distance lors de ses essais suivants.

Le format ne pardonne rien. Les huit engagés disposent de deux essais, les six meilleurs d’un troisième, et seuls les quatre premiers obtiennent une ultime tentative. Chaussinand a décroché ce quatrième essai sans bousculer la hiérarchie. L’Allemand Merlin Hummel l’a emporté avec 81,46 m, une performance qui lui a rapporté 150 000 dollars, quand le Français repartait avec un chèque de 25 000 dollars.

Le thermomètre affichait 14 °C en milieu de soirée, loin des conditions dans lesquelles les lanceurs déroulent le mieux. Habitué à se couvrir même en plein été, Chaussinand avait sorti le collant long et le maillot à manches longues. Le froid a pesé sur tout le plateau, et le niveau global de la soirée s’en est ressenti.

Hilary Kpatcha doublée sur le dernier saut du concours

À la longueur, la Française a vécu un scénario presque jumeau. La Niçoise pensionnaire de l’INSEP, médaillée de bronze à Birmingham un mois plus tôt, avait pris la troisième place dès son deuxième bond, mesuré à 6,73 m avec un vent favorable de 1,1 m/s. Elle l’a conservée tout le concours, jusqu’à ce que la Britannique Jazmin Sawyers la double au dernier essai avec 6,78 m.

L’Italienne Larissa Iapichino a dominé la soirée avec 6,90 m. Kpatcha, elle, manquait de rythme sur la fin de sa course d’élan, signe d’une saison qui s’étire depuis l’hiver. Cinq centimètres séparaient les deux sauteuses : c’est l’écart entre une médaille internationale et le quatrième rang.

Les cinq autres Bleus engagés vendredi soir

Le reste de la délégation a connu des fortunes nettement plus contrastées lors de cette soirée d’ouverture. Voici ce que les cinq autres Français ont réalisé, dans l’ordre des épreuves :

  • Baptiste Thiery, sixième de la perche, a franchi 5,80 m au premier essai avant de buter quinze centimètres plus haut ;
  • Just Kwaou-Mathey a manqué la finale du 110 m haies pour deux centièmes, cinquième de sa série en 13″33 alors qu’il fallait finir dans les quatre premiers ;
  • Laeticia Bapté a pris la huitième place de sa série du 100 m haies en 12″96 ;
  • Muhammad Abdallah Kounta a terminé huitième de la série du 400 m la plus relevée, en 45″53, avec trois sprinteurs sous les 44″30 devant lui ;
  • Rénelle Lamote, gênée à deux reprises par des contacts, s’est classée septième de sa série du 800 m en 2′01″45.

Le contraste est net entre les concours et la piste. Sur les sauts et les lancers, les Tricolores ont existé jusqu’au bout ; sur les courses, aucun n’a franchi le cap des séries. Le format ne laisse qu’une chance, sans repêchage au temps.

Pour Bapté, l’épisode reste anecdotique au regard d’une saison qui lui a apporté sa première médaille internationale à 27 ans. Le week-end réservait d’autres occasions, avec six Tricolores encore attendus samedi et dimanche.

Un championnat où personne ne repart les mains vides

La dotation est l’argument central de ce nouveau rendez-vous. World Athletics a mis dix millions de dollars sur la table, répartis sur les vingt-huit épreuves du programme, avec 150 000 dollars promis à chaque vainqueur et des primes qui descendent jusqu’aux derniers classés. Un quatrième comme Chaussinand encaisse davantage que ce que rapportent la plupart des meetings sur une saison.

Le reste relève de la mise en scène. Défilé sur tapis rouge jeudi après-midi, identité graphique dédiée, pelouse repeinte, horaires calés sur la télévision : la fédération internationale a soigné l’emballage. Les athlètes portent le maillot de leur équipe nationale, mais l’événement n’est pas comptabilisé comme une sélection, ce qui en fait un objet difficile à classer.

Yanis Meziane, troisième de la finale de la Diamond League en 1′42″87 une semaine plus tôt et attendu samedi sur 800 m, résumait cet entre-deux à la veille de la compétition. Son hésitation vaut pour tout le plateau.

J’avoue que je ne sais pas trop comment les aborder, car on est un peu entre un meeting et un championnat. Il n’y a pas trop de pression, mais j’ai forcément envie de bien faire et de passer en finale. Peu de Français ont réussi à se qualifier, il y a quand même une forme de fierté d’en être.

Yanis Meziane, demi-fondeur d’Athlé 91, dans un entretien publié par la Fédération française d’athlétisme le 11 septembre 2026

Le classement mondial sert de filtre d’entrée, mais il ne dit rien de la valeur du titre obtenu. Entre la Diamond League, les championnats continentaux et ce rendez-vous de fin de saison, les repères hiérarchiques se brouillent pour le public comme pour les athlètes.

Deux quatrièmes places qui ne racontent pas la même histoire

Les deux quatrièmes places de la soirée n’ont pas la même signification. Kpatcha a perdu le bronze pour cinq centimètres, sur un saut adverse qu’elle ne pouvait plus contrer. Chaussinand, lui, termine à plus de trois mètres du vainqueur allemand et à quatre mètres de son propre record de France, ce qui relève moins de la malchance que d’une saison arrivée à son terme.

Le calendrier explique une partie de ces écarts. L’été 2026 a enchaîné les championnats de France d’Albi début août, l’Euro de Birmingham, la finale de la Diamond League à Bruxelles, puis Budapest à la mi-septembre. Un athlète tient rarement un pic de forme au-delà de huit à dix semaines, et la fraîcheur nerveuse s’épuise avant la condition physique. Tout pratiquant régulier connaît le phénomène à son échelle, quand une saison s’étire d’un dossard à l’autre sans coupure.

Le bilan collectif, lui, reste à écrire. L’athlétisme français avait quitté Birmingham avec onze médailles et aucun titre, un résultat qui interrogeait déjà la capacité des Bleus à gagner face aux meilleurs mondiaux. Budapest propose un test d’une autre nature : sur ce plateau resserré, il n’y a que des favoris au départ.

Six Tricolores encore en piste jusqu’à dimanche soir

Le week-end hongrois est loin d’être terminé. Samedi, Gabriel Tual et Yanis Meziane disputent les demi-finales du 800 m, Agathe Guillemot une finale directe sur 1500 m et Louise Maraval, invitée de dernière minute après un forfait, sa série du 400 m haies. Dimanche, Azeddine Habz et Gemima Joseph fermeront la marche sur 1500 m et 200 m.

Une question traverse cette première édition : un championnat sur invitation, bâti autour de l’argent et du spectacle, peut-il devenir un rendez-vous qui compte ? La réponse tiendra moins aux audiences de septembre qu’à la place que les athlètes lui accorderont l’an prochain, quand le calendrier retrouvera des Mondiaux. Un format qui récompense la régularité d’une saison entière plutôt qu’un seul jour de grâce change la manière de construire son année, y compris pour les amateurs qui préparent leurs objectifs d’automne.

Les engagés et les résultats de chaque soirée sont publiés au fil de l’eau par la Fédération française d’athlétisme, qui suit sur place ses treize sélectionnés. Le premier podium tricolore de la compétition reste à prendre, et les occasions se comptent désormais sur les doigts d’une main.

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