Pogacar remonte sur le vélo dans sa cuisine : la leçon de reprise pour les cyclistes amateurs

16/09/2026 à 16h14  ·  Julie Mirabel  ·  6 minutes à lire

Dix-sept jours après sa chute sur la Vuelta, Tadej Pogacar s'est filmé en train de pédaler sur un home-trainer installé dans sa cuisine. La séquence en dit long sur la façon dont une reprise se construit, y compris très loin du peloton professionnel.

Un home-trainer est un support sur lequel on fixe son propre vélo pour pédaler sur place, avec une résistance réglable et, depuis une dizaine d’années, une connexion à des applications qui reproduisent des parcours à l’écran. Longtemps considéré comme la solution de repli des soirs de pluie, l’appareil est devenu le premier outil du retour après une interruption.

Tadej Pogacar en a donné une illustration inattendue le 15 septembre. Le Slovène, bientôt 28 ans, a publié une vidéo de sa convalescence à Monaco : on l’y voit montrer ses cicatrices, s’occuper de son chat, et surtout pédaler sur un home-trainer installé dans sa cuisine. Le quintuple vainqueur du Tour de France sortait d’une chute survenue le 29 août sur la Vuelta, alors qu’il portait le maillot rouge.

Le bilan de cette chute n’avait rien d’anodin, avec une clavicule et une vertèbre cervicale fracturées, plus une commotion cérébrale. Comment un coureur aussi touché se retrouve-t-il sur un vélo dix-sept jours plus tard, et qu’est-ce que cette séquence peut dire à un cycliste amateur arrêté par une blessure ou par une longue coupure ?

Dix-sept jours entre la chute et la première séance

La chronologie est le premier enseignement de l’épisode. La chute date du 29 août, l’abandon sur la Vuelta a suivi dans la foulée, et l’arrêt définitif de la saison a été annoncé une dizaine de jours plus tard, en même temps qu’une prolongation de contrat avec son équipe jusqu’à fin 2032. La première image du coureur sur un vélo date du 15 septembre, soit dix-sept jours après l’accident.

Ces dix-sept jours ne sont pas un délai à copier, parce qu’un coureur professionnel bénéficie d’un suivi médical quotidien qu’aucun amateur n’aura jamais. Ils indiquent en revanche une direction : la reprise ne commence pas sur la route, elle commence sur un vélo immobile, dans un environnement où ni la circulation ni le relief ne décident à votre place. Le choix du support n’est pas anodin, et il mérite qu’on s’y arrête.

Pourquoi l’intérieur passe avant la route

Le home-trainer coche plusieurs cases qu’une sortie extérieure ne peut pas cocher au sortir d’un arrêt. Il ne s’agit pas de confort, mais de contrôle : chaque paramètre de la séance reste réglable au watt près, et aucun imprévu ne vient forcer l’effort. Les avantages tiennent en quelques points.

  • Aucun risque de chute, ce qui compte quand une clavicule ou un poignet est encore fragile ;
  • Une intensité imposée par l’appareil plutôt que par le terrain ou par les partenaires d’entraînement ;
  • La possibilité d’arrêter la séance à la minute où la sensation se dégrade, sans avoir vingt kilomètres à parcourir pour rentrer ;
  • Des durées courtes, de vingt à trente minutes, qui restent utiles alors qu’une sortie de cette longueur n’aurait guère de sens sur route.

Pogacar a utilisé une application de cyclisme virtuel pour ces premières séances, un usage devenu banal dans le peloton comme chez les pratiquants du dimanche. La comparaison avec le cas de Jonas Vingegaard un mois après sa chute sur le Tour montre que les trajectoires de retour varient énormément selon la nature des lésions, même à ce niveau de suivi.

La progressivité, le seul principe sur lequel tout le monde s’accorde

Le discours de l’équipe est ici plus instructif que celui du coureur. Interrogé au moment de la publication de la vidéo, le patron d’UAE Emirates-XRG a formulé une consigne qui vaut bien au-delà du haut niveau, et qui tranche avec l’empressement habituel des retours de blessure. La pression, dans une reprise, vient rarement du corps et souvent de l’entourage.

La chose la plus importante maintenant est de laisser Tadej reprendre le vélo de manière progressive et contrôlée, sans la moindre pression superflue.

Mauro Gianetti, directeur de l’équipe UAE Emirates-XRG, communiqué du 15 septembre 2026

Le coureur lui-même a résumé son état d’esprit en disant qu’il avançait pas à pas et remettait progressivement les choses en place en vue de la saison 2027. Rapporté à un pratiquant amateur, ce vocabulaire décrit une reprise étalée sur plusieurs semaines, avec des séances courtes et espacées avant toute notion de volume, et une remontée d’intensité qui vient en dernier.

Le vélo d’intérieur n’est plus un pis-aller

La pratique a changé de statut en une décennie. Les plateformes de cyclisme virtuel existent depuis 2015, et la Fédération française de cyclisme a fini par reconnaître l’eCycling comme une discipline à part entière, avec ses compétitions et ses sélections. Ce qui était un exercice de dépannage hivernal s’est transformé en une pratique autonome avec ses propres calendriers.

Le marché a suivi la même courbe. Les chiffres publiés par la presse spécialisée situent le marché français des home-trainers connectés autour de 150 millions d’euros en 2024, en forte progression d’une année sur l’autre, et estiment qu’une majorité de cyclistes français en seront équipés d’ici 2027. L’équipement de base reste toutefois modeste : un support à résistance simple, un ventilateur et un tapis suffisent à faire les premières semaines.

Cette banalisation a un effet direct sur les reprises d’automne. Le cycliste amateur qui recommence en octobre ne dépend plus de la météo ni des heures de jour, ce qui supprime la principale cause d’abandon entre la rentrée et l’hiver. Elle change aussi la nature de l’entraînement, plus mesuré et plus régulier, mais moins riche en sensations de pilotage et de terrain.

Ce qui sépare une reprise tenue d’une rechute

La différence se joue rarement sur la première séance, presque toujours sur la troisième semaine. C’est le moment où les sensations reviennent, où l’envie d’aller voir dehors devient forte, et où l’écart entre ce que le muscle accepte et ce que les tendons supportent atteint son maximum. Le décalage entre ces compartiments physiques explique une bonne partie des blessures de rentrée.

La séquence de Pogacar donne un repère utile sur ce point : personne, dans son entourage, ne parle d’un retour à la compétition avant 2027. Le Slovène commence habituellement ses saisons à la mi-février, ce qui lui laisse cinq mois avant son premier dossard. Un amateur qui reprend en septembre après une coupure ou une blessure dispose rarement d’un horizon aussi confortable, et c’est précisément pour cette raison qu’il a intérêt à ne pas brûler les premières semaines.

Cinq mois pour lui, quelques semaines pour vous

La tentation, quand le corps répond à nouveau, est de rattraper le temps perdu. Elle se comprend d’autant mieux que la saison des cyclosportives se referme et que les objectifs de l’année s’éloignent. Le calendrier d’un amateur reste pourtant ouvert : une reprise entamée en octobre sur un vélo immobile débouche sur un printemps intact, là où une reprise forcée en septembre coûte souvent tout l’hiver.

Reste une question que les applications de cyclisme virtuel n’ont pas résolue, et qui se posera à tous ceux qui vont passer l’hiver dans un garage ou une cuisine : à quel moment le confort de l’intérieur cesse-t-il d’être un outil de reprise pour devenir une manière d’éviter la route ? Les compétitions et les règles de l’eCycling sont détaillées par la Fédération française de cyclisme.

Associé à : , , , , , , , , , , , , , ,

Vous appréciez cet article ?

Partagez-le avec vos proches Ajoutez-nous en source préférée