Un Français sur deux, ou presque, chausse ses baskets au moins une fois par semaine. Le baromètre sport Odoxa réalisé pour Winamax et RTL, publié le 13 septembre, mesure chaque rentrée la place réelle du sport dans la vie des ménages : c’est une enquête déclarative menée les 8 et 9 septembre auprès de 1 005 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus.
Le chiffre qui en ressort, 49 % de pratiquants hebdomadaires, n’avait jamais été atteint depuis que l’institut suit cet indicateur. Il prolonge une courbe entamée bien avant les Jeux de Paris et confirme que l’activité physique s’est installée dans les habitudes. Une ombre subsiste pourtant, et elle est financière : pourquoi ce record coexiste-t-il avec des renoncements massifs à l’inscription ?
Un niveau de pratique jamais atteint depuis 2018
Le détail de la mesure éclaire la progression. Selon l’institut, 23 % des sondés déclarent faire du sport plusieurs fois par semaine et 26 % au moins une fois, soit 49 % de pratiquants hebdomadaires au total. À l’autre bout du spectre, 8 % s’en tiennent à quelques séances mensuelles, 14 % pratiquent plus rarement et 29 % jamais.
La série longue est sans ambiguïté. La pratique hebdomadaire pesait 38 % en 2018, 41 % en 2020, 46 % à la rentrée 2025 et 49 % cette année, soit onze points gagnés en huit ans. Aucune année de recul n’apparaît sur la période suivie par le baromètre.
Les écarts internes, eux, bougent peu. Hommes et femmes se tiennent à un point, 50 % contre 49 %, tandis que l’âge et la catégorie sociale creusent la différence : 59 % chez les moins de 35 ans, 43 % chez les 65 ans et plus, 62 % chez les cadres. Ces chiffres rejoignent des fractures déjà documentées sur les inégalités sociales face à la pratique.
Ce que les exploits de l’été ont déclenché
L’enquête interroge aussi la mécanique d’entraînement des performances tricolores. Invités à désigner celles qui leur ont le plus donné envie de pratiquer, les sondés placent la natation en tête, devant le football.
- Les titres européens de Léon Marchand en natation, cités par 30 % des Français ;
- Le parcours de l’équipe de France de football en Coupe du monde, 23 % ;
- La place de numéro 2 mondial de Félix Lebrun en tennis de table, 15 % ;
- La quatrième place de Paul Seixas sur le Tour de France, 13 % ;
- Le niveau des sélections françaises de basket, 10 % ;
- La victoire de Blandine L’Hirondel à l’UTMB et celle d’Arthur Fils à Cincinnati, 9 % chacune, devant les titres mondiaux des badistes français, 8 %.
Le classement dit quelque chose de la manière dont une discipline recrute. Un exploit très médiatisé déclenche des intentions, pas nécessairement des licences, et les fédérations concernées mesureront l’écart à l’automne.
Un cinquième des sondés, 21 %, ne cite aucune performance. La motivation première reste ailleurs, du côté de la santé, de la condition physique et du besoin de se détendre.
Le club n’a plus le monopole de la pratique
Les intentions de rentrée dessinent un paysage éclaté. 28 % des Français comptent s’entraîner chez eux, guidés par un coach en ligne ou des tutoriels vidéo, ce qui en fait le premier mode de pratique déclaré, devant l’inscription en club ou en association, à 26 %, et l’abonnement en salle, à 19 %.
Les enfants restent massivement orientés vers la structure associative : 56 % des parents déclarent vouloir inscrire le leur dans un club cette année. Ce chiffre laisse 44 % des familles à l’écart du circuit fédéral, avec une activité qui se limitera au cadre scolaire ou aux sorties familiales.
Le budget, premier trieur de la rentrée sportive
La contrainte financière apparaît sans détour dans l’enquête. 43 % des Français disent avoir déjà renoncé à s’inscrire à une activité jugée trop coûteuse, en se rabattant sur une autre pratique ou en ne pratiquant pas du tout.
Le renoncement n’est pas réparti au hasard. Il grimpe à 54 % chez les 18-24 ans, à 51 % chez les 25-34 ans et à 49 % dans les catégories populaires, soit les tranches où les revenus sont les plus contraints. La facture démarre dès l’équipement, comme le montrait le calcul détaillé de ce que coûte vraiment une mise en route.
Les enfants ne sont pas épargnés : 35 % des parents ont déjà renoncé à en inscrire un pour des raisons budgétaires. C’est précisément la brèche que vise l’aide à l’inscription reconduite pour cette rentrée, dont les modalités ont tardé à être publiées. L’écart entre l’intention et l’adhésion effective se joue souvent à quelques dizaines d’euros.
La Fête du sport, un test grandeur nature
Le calendrier tombe bien. Ce lundi 14 septembre, la deuxième édition de la Fête du sport propose près de 1 200 rendez-vous gratuits partout en France, avec un village sport-santé sur le Vieux-Port de Marseille et un temps fort au Jardin des Tuileries. La journée clôt le mois consacré à l’activité physique lancé le 1er septembre, qui a déjà traversé dix-huit villes-étapes.
La gratuité est l’argument central face à des chiffres de renoncement qui ne bougent pas, et le programme officiel de la journée détaille les animations ouvertes à tous. Camille Lacourt, quintuple champion du monde de natation, en est l’un des parrains, aux côtés de Zakia Khudadadi, Marine Lorphelin et Matthieu Lartot. Leur rôle tient en une idée simple, donner envie de bouger sans condition d’entrée.
La natation a toujours occupé une place importante dans ma vie et m’a appris combien le plaisir de bouger est précieux au quotidien. Être parrain de Septembre Bouge et de la Fête du sport est l’occasion pour moi de partager cette envie avec le plus grand nombre.
Camille Lacourt, ancien nageur international, à l’annonce de son parrainage de Septembre Bouge, le 31 août 2026
Ce que la rentrée dira vraiment
Une intention déclarée en septembre ne vaut pas une licence en octobre. Les 26 % de Français qui envisagent une inscription en club et les 56 % de parents dans le même cas donneront, dans quelques semaines, la seule mesure qui compte pour les associations, celle des adhésions réglées.
Le sujet dépasse le terrain de sport. Une pratique régulière réduit les risques cardiovasculaires et améliore le sommeil comme l’humeur, et la recommandation officielle portée cette année s’établit à trente minutes d’activité quotidienne pour un adulte. Un renoncement budgétaire se paie donc deux fois, en santé publique comme en vie associative.
La courbe des 49 % raconte un pays qui a pris goût au mouvement. Elle ne dit rien, en revanche, des 29 % qui ne pratiquent jamais et de ceux qui regardent passer les autres faute de pouvoir payer l’inscription. C’est sur ce reste que se jouera la prochaine marche, et les clubs ont déjà commencé à compter.
