Mondial de basket : les Bleues écartent l’Allemagne et jouent la première finale de leur histoire

13/09/2026 à 12h20  ·  Julie Mirabel  ·  6 minutes à lire

Les Bleues ont écarté l'Allemagne 86-64 samedi à Berlin et disputent dimanche la première finale de Coupe du monde de l'histoire du basket français. En face, des Américaines qui n'ont plus perdu en grande compétition depuis vingt ans.

Une équipe de France de basket qui dispute une finale mondiale, cela n’était jamais arrivé, ni chez les femmes ni chez les hommes. Samedi 12 septembre à Berlin, les Bleues ont écarté l’Allemagne 86-64 en demi-finale de la Coupe du monde et se sont offert le premier match pour un titre mondial du basket français, ce dimanche à 20 heures.

La Coupe du monde féminine de la FIBA réunit tous les quatre ans les meilleures sélections de la planète, avec une phase de poules puis un tableau à élimination directe à partir des quarts. Pour la France, cette édition allemande était d’abord un test grandeur nature deux ans après les Jeux de Paris. Elle est devenue autre chose : la meilleure performance de l’histoire de la sélection, qui n’avait jusqu’ici ramené qu’une seule médaille de ce tournoi, le bronze de 1953.

Chez les hommes, la meilleure marque tricolore reste une troisième place, en 2014 puis en 2019. Le basket français n’avait donc encore jamais joué le titre mondial, toutes sélections confondues. D’où la question qui occupe le pays depuis samedi soir : comment une équipe qui n’avait jamais atteint le dernier carré se retrouve-t-elle à jouer l’or contre la nation la plus dominante du sport collectif ?

Une demi-finale que les Bleues n’ont jamais lâchée

Le scénario s’est écrit en quelques minutes. Les Françaises ont pris sept points d’avance dès les cinq premières minutes, devant un public allemand qui découvrait lui aussi le dernier carré d’un Mondial. Elles n’ont plus jamais laissé leur adversaire repasser devant, et ont conclu sur vingt-deux points d’écart, dans la continuité de leur quart remporté contre la Chine.

La défense a fait le travail que l’adresse n’a pas fait. Les joueuses de Jean-Aimé Toupane ont provoqué 24 pertes de balle chez les Allemandes, en pressant haut et en coupant les lignes de passe, alors qu’elles ne rentraient que 10 tirs primés sur 27 tentatives. Gagner largement un soir de maladresse extérieure, c’est le signe d’un collectif qui ne dépend pas d’un seul registre.

Le match n’a pourtant pas été une promenade. Les Bleues ont traversé six minutes sans marquer dans le jeu au cours du troisième quart-temps, le moment exact où l’Allemagne pouvait revenir. C’est là qu’une joueuse a pris la rencontre à son compte.

Gabby Williams, la capitaine qui a éteint l’incendie

Désignée capitaine dès leur premier match contre la Hongrie, la joueuse a signé la performance la plus complète de la soirée : 22 points, 5 rebonds, 5 passes décisives et 4 interceptions. Elle a été élue meilleure joueuse de la rencontre, deux ans après avoir été l’héroïne malheureuse de la finale olympique de Paris.

Ses coups d’éclat sont tous tombés aux moments où le score se resserrait : un tir à trois points en fin de deuxième quart-temps pour repasser à 41-34, une interception à 60-47, une autre conclue par un lay up pour porter l’avance à 69-55, puis un panier plus faute à 74-62 quand l’écart menaçait de redescendre sous la barre des dix points. Marine Johannès, entrée du banc, a ensuite fermé la boutique d’un tir primé à 2 min 30 du buzzer, à 81-64, douchant les quelque 12 000 supporters allemands de l’enceinte berlinoise.

Les chiffres qui racontent la soirée de Berlin

Quelques données suffisent à mesurer ce que les Bleues ont réussi samedi, et surtout ce qui les attend dimanche. Les voici, dans l’ordre où elles pèsent sur la finale à venir.

  • 86-64 : l’écart final, vingt-deux points, dans la lignée de quatre premières rencontres largement gagnées ;
  • 24 : les pertes de balle provoquées chez les Allemandes, matière première de la contre-attaque tricolore ;
  • 10 sur 27 : l’adresse à trois points, nettement en retrait par rapport au reste du tournoi ;
  • 1953 : l’année de l’unique médaille mondiale française jusqu’à samedi, un bronze glané lors de la toute première édition ;
  • 20 : le nombre d’années sans défaite des États-Unis en grande compétition internationale.

Le dernier chiffre change la nature du rendez-vous. Une finale mondiale contre cette sélection-là n’est pas un match de plus, mais un exercice que personne n’a réussi depuis deux décennies. Les Américaines ont écarté l’Espagne dans l’autre demi-finale, samedi en soirée.

Cette équipe de France arrive pourtant avec un capital que peu de sélections possèdent face aux États-Unis, et qui ne figure sur aucune feuille de match : le souvenir très précis d’avoir failli les battre, après leur record de points en une mi-temps réalisé en phase de poules.

Ce que la finale de Bercy a laissé dans les têtes

Le 11 août 2024, la France perdait la finale olympique d’un point, 67-66, dans une salle acquise à sa cause. Deux ans plus tard, une bonne partie de ce groupe rejoue le même adversaire pour un titre majeur. Cette défaite d’un point est devenue un capital d’expérience plutôt qu’un traumatisme, à écouter les intéressées.

Dominique Malonga, pivot qui évolue désormais au Seattle Storm en WNBA, l’a formulé sans détour après la qualification : cette finale perdue va beaucoup servir, parce que le groupe a déjà connu cette position. Avoir déjà joué une grande finale ne se remplace par aucune préparation, et c’est à peu près le seul avantage que les Françaises peuvent revendiquer dimanche.

C’est clair qu’on est contentes, mais on ne célèbre pas, parce qu’au final, on n’a pas terminé.

Marième Badiane, joueuse de l’équipe de France, après la demi-finale contre l’Allemagne, le 12 septembre 2026 à Berlin

Le ton est le même chez toutes les joueuses interrogées samedi soir. Aucune n’a parlé de médaille acquise, toutes ont parlé d’or. Une équipe qui refuse de célébrer une qualification historique envoie un message assez clair sur ce qu’elle vise.

Cette retenue a une explication sportive simple. Le podium était déjà assuré au coup de sifflet final, ce qui aurait pu relâcher la tension : les Bleues ont traité la demi-finale comme une étape, jamais comme un aboutissement.

Face aux Américaines, un adversaire qui ne perd plus

Les États-Unis arrivent en finale avec un palmarès qui donne le vertige : quatre titres mondiaux consécutifs et huit titres olympiques d’affilée, sans la moindre défaite en compétition majeure depuis vingt ans. Elles alignent des joueuses de WNBA sur les cinq postes et imposent un rythme que peu de sélections tiennent quarante minutes.

Le parcours français dit pourtant quelque chose d’intéressant. Comme l’a relevé l’AFP au sortir de la demi-finale, l’apport du banc est resté une constante du tournoi côté tricolore, avec Johannès, Carla Leite et ses 9 points, ou Migna Touré, dont les deux seuls points ont été inscrits au buzzer du troisième quart-temps. La profondeur d’effectif est devenue l’arme numéro un d’une sélection qui a longtemps reposé sur trois ou quatre cadres.

Ce qu’un dimanche soir peut changer pour le basket français

Le basket féminin français vit depuis dix ans sur un paradoxe : des résultats internationaux réguliers, et une visibilité qui retombe entre deux compétitions. Une finale mondiale diffusée un dimanche en début de soirée, c’est une fenêtre que la Fédération française de basket-ball n’a pas eue souvent. Et ces pics d’audience se transforment rarement en licences sans relais dans les clubs.

Le précédent de 2024 donne la mesure de ce qui se joue. Le sport français a recensé 17,2 millions de licences après les Jeux de Paris, selon les chiffres du ministère des Sports, et cette hausse des licences après Paris 2024 s’est concentrée sur les disciplines les plus exposées à la télévision. Le basket figure parmi les sports collectifs les plus accessibles, avec des créneaux couverts, un matériel réduit à une paire de chaussures et un effort fractionné qui entretient le cœur autant que la coordination.

Ce qui se joue dimanche à 20 heures dépasse donc largement une ligne de palmarès. Une victoire ferait des Bleues la première sélection française championne du monde de basket, hommes et femmes confondus, et installerait durablement des noms comme Williams, Malonga ou Johannès dans le paysage. Une défaite laisserait tout de même une médaille d’argent et la deuxième breloque mondiale de l’histoire tricolore, soixante-treize ans après la première.

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