Coupe du monde de tennis de table : Montpellier en 2027, Paris en 2028

18/09/2026 à 10h08  ·  Julie Mirabel  ·  6 minutes à lire

La Fédération internationale a confié à Montpellier l'édition 2027 de la Coupe du monde individuelle, puis à Paris celle de 2028. Deux éditions d'affilée en France, alors que l'épreuve s'était installée en Asie et qu'aucun Français ne l'a gagnée depuis Jean-Philippe Gatien.

Une compétition mondiale de tennis de table qui s’installe à Montpellier puis à Paris, ce n’est pas un détail de calendrier. La Fédération internationale de tennis de table a annoncé le 17 septembre que les éditions 2027 et 2028 de la Coupe du monde individuelle se tiendraient en France, d’abord à la Sud de France Arena, ensuite dans la capitale. La Coupe du monde est l’un des trois grands rendez-vous individuels du ping, aux côtés des Jeux olympiques et des championnats du monde, et elle réunit chaque année l’élite mondiale sur une seule semaine.

Le calendrier international de ce sport tourne depuis longtemps autour de l’Asie, où se concentrent les meilleures joueuses et les meilleurs joueurs de la planète. Voir deux éditions consécutives programmées sur le sol français dit donc quelque chose de la place prise par le ping tricolore depuis les Jeux de Paris. Encore faut-il regarder ce que la France a exactement obtenu, et pourquoi cette attribution tombe maintenant ?

Montpellier d’abord, Paris ensuite

Les dates de la première étape sont déjà posées. Montpellier accueillera la Coupe du monde 2027 à la Sud de France Arena, du 29 mars au 4 avril, sur une semaine pleine. La ville n’a rien d’un choix de hasard : elle reçoit déjà un WTT Champions chaque saison depuis 2024, et elle a installé une habitude de public que peu de salles européennes peuvent revendiquer sur ce sport.

Paris prendra le relais en 2028, à des dates et dans un lieu encore à confirmer. Deux éditions d’affilée dans le même pays forment une séquence rare dans l’histoire récente de l’épreuve, d’autant que les cinq dernières se sont jouées en Chine et à Macao. Le signal envoyé par l’instance internationale se lit sans grande difficulté pour qui suit le circuit.

Une épreuve qui avait pris l’habitude de l’Asie

La Coupe du monde individuelle existe depuis 1980 chez les hommes et depuis 1996 chez les femmes, avec une seule interruption, de 2021 à 2023, liée à la pandémie. Son itinéraire raconte une mondialisation inégale : La Barbade, Nairobi, Moscou et Liverpool l’ont accueillie, mais le continent asiatique a fini par capter l’essentiel des éditions récentes.

La France n’est pas une terre vierge pour cette compétition. Nîmes l’a organisée trois années de suite, de 1995 à 1997, à une époque où le tennis de table français vivait sur les exploits d’une génération dorée. La capitale l’a reçue en 2006 et en 2011 à la Halle Carpentier, puis en 2018 du côté de Disneyland : Paris retrouvera donc l’épreuve dix ans après sa dernière venue.

Le retour du rendez-vous en Europe ne doit pas tout au sentiment. Les audiences européennes du tennis de table ont progressé dans le sillage de Paris 2024, et les organisateurs cherchent des salles capables de remplir plusieurs milliers de places pendant sept jours. Montpellier coche cette case depuis trois saisons, ce qui pesait forcément dans la balance au moment du vote.

Le format resserré d’une Coupe du monde

Cette compétition obéit à des règles très différentes de celles des championnats du monde. Quelques repères suffisent pour comprendre ce qui attend le public de la Sud de France Arena :

  • 48 joueurs et 48 joueuses seulement disputent l’épreuve, sur un plateau volontairement réduit à l’élite mondiale ;
  • une phase de poules précède un tableau à élimination directe, ce qui garantit plusieurs matchs à chaque engagé ;
  • le rendez-vous revient chaque année, quand les championnats du monde alternent épreuves individuelles et épreuves par équipes ;
  • un seul Français l’a remportée, Jean-Philippe Gatien en 1994, et aucune Française à ce jour.

Ce format court explique l’intensité des semaines de Coupe du monde : un joueur peut sortir du tournoi en deux mauvaises manches, sans le filet d’un tableau étalé sur dix jours. Les spectateurs y gagnent une densité rare, les joueurs y perdent le droit à l’erreur.

Ce trophée reste d’ailleurs le seul grand titre individuel qui échappe encore aux frères Lebrun, jamais montés sur le podium de cette épreuve.

Félix Lebrun jouera devant sa ville

Félix Lebrun a grandi à Montpellier et porte les couleurs du club de la ville. L’annonce de la fédération internationale lui promet un grand rendez-vous mondial à domicile, situation qu’aucun pongiste français n’a connue depuis Nîmes. Le cadet de la fratrie a bousculé la hiérarchie mondiale avec sa manière très particulière de tenir la raquette, et son titre décroché à Malmö cet été a confirmé qu’il n’était plus un outsider.

Le joueur ne cache pas ce que cette perspective représente pour lui.

Jouer une Coupe du monde à Montpellier, devant le public français, dans la ville où j’ai grandi, ce sera forcément très spécial. Pour nous, joueurs français, avoir l’occasion de disputer une compétition aussi importante à domicile est une chance énorme.

Félix Lebrun, propos rapportés par Media365 le 17 septembre 2026

Son frère Alexis, lui aussi habitué des grands tableaux, partagera la même salle et le même public. Une Coupe du monde à domicile pour deux frères reste une configuration que le tennis de table mondial n’a pour ainsi dire jamais offerte, et elle vaudra au moins autant que le classement final pour l’image du sport en France.

254 110 licenciés, la vague derrière l’événement

Le tennis de table français n’a jamais compté autant de pratiquants encartés. La fédération a enregistré 254 110 licenciés sur la saison 2024-2025, record historique assorti d’une progression de 11 % en un an, d’après les chiffres publiés par la FFTT. Le mouvement déborde largement le cercle des compétiteurs du week-end.

Cette poussée tient autant aux résultats sportifs qu’à un travail de terrain peu spectaculaire. Le programme 1 école, 1 table a multiplié les implantations dans les établissements scolaires, et les clubs voisins en ont vu l’effet sur leurs inscriptions. Une table posée dans une cour de récréation produit des licences deux ans plus tard, mécanique que les fédérations mesurent rarement aussi nettement.

Le ping possède un autre atout, moins souvent mis en avant que ses champions. Il se pratique à tout âge, réclame peu d’espace, sollicite la coordination, l’équilibre et le temps de réaction, et figure parmi les activités recommandées pour entretenir les fonctions cognitives après 60 ans. Peu de sports permettent à un adolescent et à son grand-père de partager une table sans que la partie perde son intérêt.

Rien de tout cela n’est acquis pour autant. Le sport français dans son ensemble a connu un tassement après l’euphorie olympique, et l’essoufflement de l’effet Jeux touche déjà plusieurs fédérations. Deux Coupes du monde à domicile en deux ans arrivent donc au moment précis où la courbe réclame un relais.

Un centenaire, une arène et un palmarès à rallonger

L’édition montpelliéraine tombe l’année du centenaire de la fédération française, née en 1927. La coïncidence est plaisante sur le papier ; elle dépose aussi une pression particulière sur les épaules des Bleus, attendus chez eux trente-trois ans après le dernier sacre français dans l’épreuve. Jean-Philippe Gatien reste, pour l’heure, le seul nom inscrit au palmarès.

La Sud de France Arena peut réunir plusieurs milliers de spectateurs, et une partie de l’enjeu se joue précisément là. Un sport se popularise moins par ses titres que par les images qu’il laisse, et une salle pleine pendant sept jours pèse souvent davantage, pour les clubs, qu’une médaille arrachée à l’autre bout du monde. Les licences de 2029 se décideront un peu à Montpellier, au printemps 2027.

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