Mondiaux de running : les Bleues sixièmes du semi à Copenhague, Daguinos à terre au 10e kilomètre

21/09/2026 à 12h07  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

Les Mondiaux de running se sont achevés dimanche à Copenhague sur deux semi-marathons, et les deux équipes de France n'en sont pas sorties avec le même sentiment. Entre un collectif féminin groupé et une course masculine déréglée par une chute, la journée danoise en dit long sur la profondeur du fond tricolore.

Les championnats du monde de running se sont refermés dimanche 20 septembre à Copenhague sur deux semi-marathons courus dans la fraîcheur danoise. Réunissant en un seul week-end le mile sur route, le 5 km et le semi, cette compétition de World Athletics condense en quelques heures toute une saison de course sur route.

Le dernier jour avait pour l’équipe de France la forme d’un examen collectif, après le 5 km couru la veille. Au semi-marathon, le classement par nations additionne les temps des trois premiers coureurs de chaque équipe : un seul incident et toute la ligne bascule, quelle que soit la qualité des autres.

Les Bleues ont terminé sixièmes, les Bleus neuvièmes, et l’un des deux résultats s’est joué sur une chute survenue à mi-course. Que dit vraiment ce dimanche danois du niveau français sur 21,1 km ?

Un tir groupé qui rapporte une sixième place aux Bleues

Les Françaises n’ont pas pesé sur le podium individuel, mais elles ont couru serré. Leur trio de tête se tient en un peu plus d’une minute, signe d’une densité que l’équipe de France féminine n’affichait pas systématiquement ces dernières années sur la distance.

Le total collectif s’établit à 3h30′08″, derrière un quintet largement hors de portée composé du Kenya, des États-Unis, de l’Éthiopie, du Rwanda et de l’Ouganda. La sixième place tombe donc juste derrière les cinq nations qui dominent le fond mondial, ce qui replace le résultat dans une hiérarchie très stable.

Annoncées cinquièmes sur le papier avant le départ, les Bleues finissent à un rang de cet objectif théorique. Vingt-quatre heures après le titre décroché sur le mile, l’écart entre la prévision et le résultat tient à quelques dizaines de secondes réparties sur trois coureuses, une marge que le semi-marathon rend particulièrement volatile.

Mekdes Woldu, la recordwoman qui visait son chrono

Meilleure Française du jour, Mekdes Woldu a coupé la ligne en 22e position, en 1h09′17″. La détentrice du record de France de la distance visait un temps personnel et non un classement, et son décalage entre la forme et le chrono résume assez bien la journée des Bleues, solides sans être éclatantes.

Mon objectif était d’aller chercher mon record, j’étais en pleine forme. Mais il y a des jours comme ça. Le résultat par équipes est pas mal. On était cinquièmes sur le papier. Peut-être que dans quelques années, on montera sur le podium. Les filles ont bien couru et se sont battues jusqu’à la fin.

Mekdes Woldu, recordwoman de France du semi-marathon, à l’arrivée des championnats du monde de running de Copenhague, le 20 septembre 2026

Derrière elle, Alessia Zarbo a bouclé son semi en 1h10′24″ et 31e place malgré une douleur à l’ischio-jambier apparue dès le cinquième kilomètre, quand Margaux Sieracki finissait trois secondes plus loin, 33e en 1h10′27″. Gérer une blessure naissante sur seize kilomètres relève d’un calcul permanent entre le classement individuel et le total par équipes.

La chute d’Étienne Daguinos, au pire moment

Chez les hommes, la course des Bleus a basculé au dixième kilomètre. Étienne Daguinos, calé dans le groupe de tête et passé en 27′54″ au dixième kilomètre, a chuté sans contact décisif avant de se relever immédiatement. Une pointe au mollet est apparue peu après et n’a plus cessé de s’intensifier.

Le Talençais, médaillé de bronze sur 5000 m lors des championnats d’Europe de Birmingham cet été, était alors parti pour faire tomber le record de France du semi-marathon. Il a terminé sa course, 64e en 1h03′08″, très loin du chrono que son passage au dixième kilomètre laissait espérer.

La conséquence est arithmétique. Privée de son leader, l’équipe de France masculine termine neuvième en 3h05′05″, derrière un podium composé du Kenya, de l’Éthiopie et des États-Unis. Le podium était encore jouable au dixième kilomètre, ce qui rend le scénario d’autant plus difficile à digérer pour le collectif.

Bastien Augusto s’est chargé de sauver la journée avec une 18e place en 1h01′04″. Le primo-sélectionné Victor Boudin a suivi en 1h01′36″, 28e, et Baptiste Guyon a complété le trio comptable en 1h02′25″, 52e. Trois coureurs sous les 1h03′ pour une première, c’est un socle que la fédération pourra réutiliser.

Les chronos des Français à Copenhague

Le détail des performances tricolores donne une lecture plus précise que les seuls classements par équipes. Il permet surtout de mesurer les écarts réels entre les sept sélectionnés engagés sur les deux courses.

  • Mekdes Woldu, 22e en 1h09′17″, meilleure Française du jour ;
  • Alessia Zarbo, 31e en 1h10′24″, gênée par une douleur à l’ischio dès le cinquième kilomètre ;
  • Margaux Sieracki, 33e en 1h10′27″, à trois secondes de sa coéquipière ;
  • Mélody Julien, 59e en 1h12′39″ ;
  • Bastien Augusto, 18e en 1h01′04″, meilleur Français de la journée ;
  • Victor Boudin, 28e en 1h01′36″ pour sa première sélection internationale ;
  • Baptiste Guyon, 52e en 1h02′25″, et Étienne Daguinos 64e en 1h03′08″ après sa chute.

Sept coureurs, deux classements par équipes, et un seul incident qui déplace tout le résultat masculin : le semi-marathon par nations reste un exercice à très faible marge d’erreur, selon les données publiées par la Fédération française d’athlétisme.

Un niveau mondial qui recule encore ses limites

La course féminine a été survolée par la Kényane Agnes Jebet Ngetich, victorieuse en 1h05′15″. Ce chrono est le plus rapide de l’histoire sur un semi 100 % féminin, c’est-à-dire sans lièvre masculin pour abriter et relancer l’allure, une nuance qui change beaucoup de choses sur 21 km.

Chez les hommes, le Suédois Andreas Almgren a décroché le titre en 58′06″, pulvérisant le record d’Europe et devançant au sprint le Kényan Nicholas Kipkorir, crédité de 58′11″. Un Européen sous les 58′10″ sur semi-marathon restait, il y a peu encore, un horizon lointain face à l’Afrique de l’Est.

De 58′06″ à deux heures, l’échelle du semi-marathon

Un semi bouclé en 58′06″ représente environ 2′45″ au kilomètre, soit près de 21,8 km/h tenus pendant une heure. À l’autre bout du peloton amateur, la majorité des finisseurs français d’un semi se situe entre 1h45′ et 2h10′, soit deux à trois fois le temps du champion du monde sur la même distance.

L’intérêt de ces repères n’est pas de comparer l’incomparable. Il tient plutôt à ce que la distance impose à tous les niveaux : une allure régulière, une gestion de l’effort décidée avant le départ, et une capacité à encaisser un imprévu sans tout abandonner, exactement ce qu’a fait Étienne Daguinos en terminant sa course blessé.

Le semi-marathon reste par ailleurs le format le plus accessible des longues distances pour un pratiquant régulier. Une préparation de dix à douze semaines suffit généralement à un coureur habitué à trois sorties hebdomadaires, avec des bénéfices cardiovasculaires largement documentés et un risque de blessure inférieur à celui du marathon, dont le volume d’entraînement est bien supérieur.

Le semi, révélateur de l’endurance française

La journée danoise laisse deux images contradictoires. Celle d’un collectif féminin homogène, capable de se hisser au sixième rang mondial sans star, et celle d’une équipe masculine dont la hiérarchie repose encore beaucoup sur un seul nom. La première construit dans la durée, la seconde reste exposée au moindre accident de course.

La question que pose ce semi dépasse donc le classement du jour. Elle porte sur la profondeur du fond français sur route, à un moment où les Mondiaux de running installent un rendez-vous annuel qui n’existait pas il y a cinq ans. Le prochain cycle dira si la densité féminine observée à Copenhague était un signal ou une coïncidence.

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