Samedi 19 septembre, sur le circuit de Lédenon, dans le Gard, une adolescente de 16 ans a réécrit l’histoire du sport automobile français. Jade Jacquet a remporté la deuxième course de la cinquième manche du championnat de France de F4, devant le Belge Thibaut Ramaekers et l’Australien Lewis Francis. Jamais une pilote n’avait gagné une course au classement général de cette compétition.
La F4 est la première marche de la monoplace, celle où les jeunes pilotes passés par le karting apprennent à maîtriser une vraie voiture de course. En France, le championnat est organisé par la FFSA Academy, avec des monoplaces identiques pour tous, et il a vu passer une large part des pilotes français arrivés ensuite plus haut. Comment une pilote qui n’avait jamais fait mieux que douzième cette saison a-t-elle pu signer une victoire aussi nette, et que dit ce succès de la place des femmes en sport automobile ?
Une victoire construite dès la qualification
Tout s’est joué la veille, en qualification. Jade Jacquet a signé le dixième temps sur trente pilotes, en 1′22″352, à peine plus d’une demi-seconde de la pole position du Japonais Kota Tsuchihashi. C’était de loin sa meilleure performance de la saison sur un tour.
Ce dixième rang avait une valeur particulière. Le règlement de la course 2 inverse les dix premières places de la grille, ce qui a offert à la Française la pole position. Selon le compte rendu de la FFSA Academy, elle a pris un excellent départ et gardé la tête dès le premier virage, avant de creuser l’écart tour après tour.
Une neutralisation sous voiture de sécurité a ensuite effacé son avance à trois minutes de la fin. À la relance, avec Ramaekers puis Francis dans son sillage, elle a tenu bon pour franchir la ligne avec 1,620 seconde d’avance. Son meilleur tour en course, en 1′22″661, était aussi le plus rapide de toute l’épreuve, preuve que cette victoire ne devait rien au seul hasard de la grille.
Du karting à Williams, un parcours accéléré
Le parcours de Jade Jacquet surprend par sa rapidité. Elle ne pilote une monoplace que depuis 2025, après avoir fait ses gammes en karting :
- 2023, premières courses de karting au niveau international ;
- passage par le championnat de France Junior Karting, filière de détection de la fédération ;
- 2025, première saison de F4 France au sein de la FFSA Academy, avec douze arrivées dans le top 20 et une onzième place au circuit des 24 Heures du Mans ;
- 2025 encore, sélection pour le premier test des recrues de la F1 Academy, avec 83 tours bouclés au circuit de Navarre ;
- 2026, engagement en F1 Academy avec l’équipe ART Grand Prix, aux couleurs de Williams, et intégration à l’académie de pilotes de l’écurie britannique.
Elle est aussi membre de l’équipe de France FFSA Circuit. Cette double casquette explique sa présence en F4 France cette saison, un championnat qu’elle connaît bien et qui lui permet de rouler davantage, en marge d’un calendrier de F1 Academy plus exigeant.
Une saison difficile avant le déclic
Le contraste avec le reste de sa saison rend ce succès plus frappant encore. En F1 Academy, la série féminine soutenue par la Formule 1, Jade Jacquet n’a encore marqué aucun point, avec une onzième place à Zandvoort pour meilleur résultat, selon Motorsport.com. En F4 France, ses deux douzièmes places constituaient jusque-là son plafond.
Le week-end de Lédenon n’a d’ailleurs pas été linéaire. Elle a abandonné dès le sixième tour de la première course, avant de rebondir le lendemain de sa qualification. Dans la troisième course, elle a encore terminé treizième, première des pilotes féminines. Ce type de progression rappelle celle d’autres jeunes Français passés par les formules de promotion, comme Isack Hadjar, aujourd’hui en Formule 1.
Chez Williams, cette capacité à apprendre vite avait été repérée dès l’annonce de son recrutement, en décembre 2025.
Jade a fait des progrès rapides dans sa carrière en sport automobile et elle a un fort potentiel pour l’avenir, en montrant déjà sa capacité à apprendre et à s’adapter dans sa transition vers la monoplace.
Sven Smeets, directeur sportif d’Atlassian Williams Racing, annonce de l’engagement de Jade Jacquet en F1 Academy, 2 décembre 2025
Une pionnière dans le sillage d’autres pilotes
La Française rejoint un cercle encore restreint. Seule une poignée de femmes ont gagné une course de F4 mixte au classement général dans le monde, comme le rappelle le site spécialisé Racers. Voici quelques-unes de ces victoires.
| Pilote | Championnat | Année |
|---|---|---|
| Alexandra Mohnhaupt | F4 NACAM | 2018 |
| Belén García | F4 Espagne | 2019 |
| Abbi Pulling | F4 britannique | 2024 |
| Rafaela Ferreira | F4 brésilienne | 2024 |
| Jade Jacquet | F4 France | 2026 |
La Française Doriane Pin a elle aussi gagné en F4 Asie du Sud-Est et aux Émirats. Ces succès restent rares, mais leur rythme s’accélère depuis quelques saisons, à mesure que les filières de détection s’ouvrent aux jeunes pilotes féminines.
Un championnat qui s’ouvre aux pilotes féminines
La victoire tombe au bon moment. En 2026, la fédération a créé un championnat de France F4 des féminines, disputé au sein des mêmes courses que le classement général. Huit pilotes féminines étaient engagées à Lédenon, et le classement de ce trophée reste très serré avant la finale.
L’Autrichienne Clara Stiebleichinger pointe à 12 points de la Néerlandaise Annabelle Brian, en tête avec 211 points. Pendant qu’ailleurs le sport professionnel féminin obtient son cadre dans les ligues collectives, la voiture reste l’un des rares sports où hommes et femmes courent ensemble sur la même piste. Le récit officiel de cette course est à retrouver sur le site de la Fédération française du sport automobile.
Le Castellet, prochain rendez-vous d’une saison déjà historique
Le championnat de France F4 se conclura au circuit Paul-Ricard du 9 au 11 octobre. La lutte pour le titre se joue entre Guillaume Bouzar et Thibaut Ramaekers, mais Jade Jacquet y arrivera avec un autre statut, celui d’une pilote capable de gagner face aux meilleurs.
Reste à savoir si ce succès servira de déclic en F1 Academy, où les points se font encore attendre. Pour les jeunes filles qui débutent en karting dans les clubs français, voir une pilote de 16 ans monter sur la plus haute marche change déjà la manière d’imaginer la suite. Son parcours dira bientôt si Lédenon restait une exception ou marquait le début d’une nouvelle trajectoire.
