The Open à Royal Birkdale : Tommy Fleetwood joue son majeur dans les dunes de son enfance

16/07/2026 à 11h48  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

Le dernier majeur de la saison s'est élancé jeudi à Southport, sur un links battu par le vent. L'enfant du pays affronte Scottie Scheffler, Rory McIlroy et une réputation dont il aimerait se débarrasser.

Le plus vieux tournoi de golf du monde s’est élancé ce jeudi matin sur la côte du Lancashire, à Southport. The Open Championship, que les Britanniques appellent simplement The Open, est le quatrième et dernier majeur de la saison, et le seul disputé sur un links, ces parcours de bord de mer tracés dans les dunes, sans arbres, livrés au vent. Cette 154ᵉ édition réunit 156 joueurs sur le tracé de Royal Birkdale, qui accueille l’épreuve pour la onzième fois de son histoire.

Le tournoi a rarement offert un scénario aussi bien écrit. Sur ces fairways, un gamin du coin nommé Tommy Fleetwood joue le majeur qui lui manque, à quelques centaines de mètres du club municipal où il a appris à taper une balle. Face à lui, le numéro un mondial Scottie Scheffler vise un doublé que personne n’a réussi depuis 2009. Reste à savoir ce que le vent d’ouest décidera : sur un links, quelle part revient vraiment au talent ?

Un parcours que le vent redessine chaque jour

Royal Birkdale n’est pas un jardin. C’est un couloir de dunes ouvert sur la mer d’Irlande, où les fairways serpentent entre des reliefs de sable, et où les bunkers ont des parois si verticales qu’en sortir de face relève parfois de l’exploit. Le parcours mesure un peu plus de 7 000 mètres et affiche un par 70.

Les joueurs présents lors des tours d’entraînement décrivent un terrain sec et rapide. Certains ont vu leurs balles rebondir à plusieurs mètres de hauteur après l’atterrissage, et des coups de fer rouler cinquante mètres de plus que prévu. Sur un links ferme, la balle vit sa propre vie une fois posée, ce qui rend le calcul de distance très aléatoire.

Le vent fait le reste. Il tourne, il forcit l’après-midi, il transforme un trou anodin du matin en épreuve de survie six heures plus tard. Les tirages au sort des départs deviennent alors un facteur de classement à part entière, ce que peu de sports acceptent aussi ouvertement.

L’enfant de Southport et le club qu’on regardait de loin

Tommy Fleetwood a 35 ans et il est né à Southport, la ville qui borde le parcours. Enfant, Royal Birkdale lui était pratiquement inaccessible, hormis les soirs où il accompagnait son père promener le chien et où il en profitait pour taper quelques balles en douce. Son apprentissage s’est fait au Southport Municipal, un links public qui se revendique le plus ancien d’Angleterre, dans un programme junior organisé le lundi soir. Il avait six ans.

Trente ans plus tard, il arrive à Birkdale avec une étiquette dont il aimerait se défaire : celle du meilleur joueur en activité sans victoire en majeur. La statistique qui l’entoure est encore plus lourde. Aucun Anglais n’a soulevé la Claret Jug depuis Nick Faldo en 1992, soit trente-quatre ans d’attente.

Sur les journées d’entraînement, aucun joueur n’a déplacé autant de monde que lui. Les tribunes se remplissent quand il apparaît, et la question qui revient concerne moins son swing que sa capacité à digérer une ferveur pareille. L’intéressé, lui, refuse d’en faire un fardeau.

Je reviens toujours au gamin de huit ans que j’étais : l’idée de disputer un Open à Birkdale me semblait extraordinaire. Si vous ne prenez pas de plaisir à cela, c’est que vous vous êtes manqué quelque part.

Tommy Fleetwood, en conférence de presse à Royal Birkdale, la veille du premier tour, juillet 2026

Les prétendants et leurs comptes à régler

Derrière le scénario local, la hiérarchie mondiale a ses propres enjeux. Quatre trajectoires structurent la semaine.

  • Scottie Scheffler, tenant du titre et favori des bookmakers, cherche à devenir le premier joueur à conserver la Claret Jug depuis Padraig Harrington en 2008 et 2009 ;
  • Rory McIlroy, deuxième cote du tableau, retrouve un type de parcours qu’il revendique comme son terrain de prédilection depuis son enfance en Irlande du Nord ;
  • Tommy Fleetwood joue à domicile, avec le soutien d’un public entier et la pression d’une attente nationale de trente-quatre ans ;
  • Matt Fitzpatrick, Jon Rahm et Xander Schauffele composent le tiers suivant, tous capables de gagner sur un tracé qui récompense la précision plus que la puissance.

Le détail qui amuse les observateurs : Scheffler arrive après le premier cut manqué de sa carrière depuis près de quatre ans, à l’Open d’Écosse. Cet échec lui a offert quelques jours de reconnaissance sur un parcours qu’il n’avait jamais foulé, le meilleur service que le hasard lui ait rendu cette saison.

Le dernier Open disputé à Birkdale, en 2017, avait été remporté par Jordan Spieth au terme d’un dernier tour resté dans les mémoires pour un coup joué depuis la zone d’entraînement. Le parcours a cette réputation : il produit des scénarios que personne n’aurait osé écrire.

Ce qu’un parcours de bord de mer impose au jeu

Le links contredit à peu près tout ce que le golf télévisé américain a installé dans les têtes. Il faut y jouer bas, faire rouler, accepter qu’un coup parfait finisse dans un bunker et qu’un coup médiocre s’arrête à deux mètres du drapeau. Le contrôle absolu y est une illusion coûteuse, et les joueurs qui s’entêtent à imposer leur plan de jeu s’y usent en trois tours.

Cette part d’imprévu explique une bonne partie de l’attachement du public britannique à l’épreuve. La dotation globale du tournoi dépasse les 17 millions de dollars, dans la lignée de l’envolée des prize money sur le gazon londonien. Mais l’Open reste le majeur où l’argent explique le moins le classement final.

Le golf français regarde et compte ses licenciés

Vu de France, l’Open a longtemps eu un statut de curiosité nocturne. La situation a changé, et les chiffres de la Fédération française de golf le racontent mieux que n’importe quel commentaire.

D’après la ffgolf, la France comptait 446 547 licenciés en 2025, un record absolu. La fédération a enregistré 38 588 nouveaux licenciés sur l’année, soit une hausse de 3,65 % par rapport à 2024. Le golf est devenu l’un des sports individuels les plus dynamiques du pays, porté par un maillage de parcours publics et par des formules d’initiation qui n’existaient pas il y a quinze ans.

Le portrait-robot du licencié français reste toutefois marqué. La moyenne d’âge s’établit à 54 ans, et les femmes représentent 26 % de l’effectif, une proportion qui tombe à 22 % chez les nouveaux arrivants. Le rattrapage est loin d’être terminé, et il rejoint les constats dressés sur l’écart persistant entre pratiques masculines et féminines dans la plupart des disciplines françaises.

La dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large. La France a délivré près de 17 millions de licences sportives ces derniers mois, et la poussée observée depuis les Jeux de Paris profite aussi bien aux sports olympiques les plus exposés qu’à des disciplines dont personne n’attendait ce rebond.

Quatre jours pour départager le talent et le hasard

Un tournoi comme celui-ci pose une question que le sport moderne évite soigneusement : quelle dose d’aléatoire un public accepte-t-il ? Le golf a passé vingt ans à réduire l’incertitude, avec des balles calibrées et des caddies équipés de carnets qui tiennent de la géodésie. Le links renvoie tout cela à sa juste place en une rafale.

Il y a quelque chose de rassurant là-dedans, y compris pour le joueur du dimanche qui perd trois balles par parcours. Les meilleurs du monde échouent aussi sur un rebond, et cette égalité minuscule face aux éléments fait plus pour la popularité d’un sport que n’importe quelle campagne de communication.

D’ici dimanche, la Claret Jug reviendra à celui qui aura le mieux composé avec ce qu’il ne maîtrisait pas. Que ce soit un gamin de Southport revenu chez lui ou le numéro un mondial venu du Texas, la ville aura passé quatre jours à regarder la mer décider une partie du résultat.

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