Il avait rangé ses raquettes à Roland-Garros, en 2025, après une dernière défaite contre Jannik Sinner. Richard Gasquet va pourtant retrouver un court le 3 octobre à Manacor, et pas n’importe où : dans l’équipe de Rafael Nadal, pour le match exhibition qui célèbre les dix ans de la Rafa Nadal Academy.
L’académie a confirmé la nouvelle le 24 septembre : le Français est le premier membre annoncé de la Team Rafa, opposée à une équipe emmenée par Andy Murray. Derrière le clin d’œil se cache une amitié de près de trente ans, née sur un tournoi de jeunes à Tarbes. Pourquoi ce retour d’un jour dit-il autant de la carrière de Gasquet que du tennis d’après, celui qu’on continue de jouer pour le plaisir ?
Un rendez-vous pour les dix ans de l’académie de Manacor
Baptisé Rafa Nadal Academy Slam, l’événement se tiendra le 3 octobre 2026 sur l’île de Majorque, dans l’académie ouverte par l’Espagnol en 2016. Le format est celui d’une compétition par équipes entre la Team Rafa et la Team Murray, et la diffusion est prévue en exclusivité sur Movistar Plus en Espagne.
L’idée est venue de Nadal lui-même, qui a lancé le défi à l’Écossais dans une vidéo publiée le 23 septembre. Les deux hommes ne se sont plus affrontés depuis 2016 et une demi-finale au Masters 1000 de Madrid. Les autres joueurs des deux équipes seront dévoilés au fil des jours, ce qui laisse toute sa place à l’annonce du Français.
Peut-être que tu peux rassembler quelques-uns de tes amis, je rassemblerai quelques-uns des miens, et on pourra organiser une compétition par équipes ici à l’Académie pour fêter le dixième anniversaire.
Rafael Nadal, dans une vidéo adressée à Andy Murray sur les réseaux sociaux, le 23 septembre 2026
Gasquet et Nadal, près de trente ans d’amitié depuis les Petits As
Les deux hommes se connaissent depuis l’âge de 12 ans et le tournoi des Petits As, rendez-vous mondial des meilleurs joueurs de moins de 14 ans. À l’époque, le jeune Biterrois faisait déjà la une de la presse spécialisée, et le Majorquin était son rival le plus régulier. Leurs trajectoires ont ensuite divergé, sans jamais rompre le lien.
Sur le circuit, le bilan est sans appel : 18 victoires en 18 matchs pour Nadal face à Gasquet. Cette domination n’a pas abîmé l’amitié, bien au contraire. Lors de la cérémonie d’adieu du Français à Roland-Garros, l’Espagnol lui avait adressé un long message public pour saluer un talent « reconnu dans le monde entier », selon les propos relayés par Media365.
Une carrière que le public a parfois mal jugée
Gasquet a souvent été comparé à ce qu’on attendait de lui, plus qu’à ce qu’il a réellement accompli. Les chiffres rétablissent pourtant l’équilibre, comme le rappelle la fiche publiée par l’académie. Voici les repères qui résument vingt ans de circuit :
- 16 titres ATP en simple, pour un meilleur classement à la 7e place mondiale ;
- trois demi-finales en Grand Chelem, deux à Wimbledon et une à l’US Open ;
- plus de 600 victoires sur le circuit principal ;
- la Coupe Davis 2017 remportée avec l’équipe de France ;
- une médaille de bronze en double aux Jeux olympiques de Londres en 2012.
Rares sont les joueurs français de l’ère Open à afficher un tel palmarès. Avec Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et Gilles Simon, Gasquet appartient à une génération qui a porté le tennis tricolore pendant près de deux décennies, sans toutefois décrocher le titre majeur tant espéré.
Andy Murray, l’autre retraité qui revient
En face, le capitaine de l’équipe adverse ne manque pas de références. Ancien numéro un mondial, triple vainqueur en Grand Chelem et double champion olympique, Andy Murray a lui aussi quitté le circuit après les Jeux de Paris 2024. Il connaît bien l’académie, où il s’est entraîné en 2016 avant d’y disputer le Rafa Nadal Open en 2019.
Le retour de ces anciens champions sur un court, même le temps d’une exhibition, suit une tendance nette. Gaël Monfils a montré qu’on pouvait encore gagner le jour de ses 40 ans à New York, et le double mixte de l’US Open a attiré cet été des stars venues chercher le spectacle plus que les points. Le tennis de démonstration a trouvé son public, à la frontière du sport et du divertissement.
Pour Gasquet, ce sera la première apparition sur un court depuis sa retraite. Il n’est pas question de reprendre la compétition, mais ce type de rendez-vous rappelle une réalité simple : une carrière se termine, la pratique, elle, peut continuer longtemps.
Le tennis, un sport qui accompagne toute une vie
Cette longévité ne concerne pas que les champions. Une étude danoise publiée en 2018 dans la revue Mayo Clinic Proceedings, menée sur plus de 8 500 adultes suivis pendant 25 ans, a comparé l’espérance de vie selon le sport pratiqué. Le tennis arrivait en tête, avec un gain estimé à 9,7 ans par rapport aux sédentaires, devant le badminton à 6,2 ans et le football à 4,7 ans.
Les chercheurs du Copenhagen City Heart Study avançaient une explication qui parle à tous les joueurs de club : les sports pratiqués à deux ou en groupe multiplient les interactions sociales, un facteur de bien-être souvent sous-estimé. Gasquet et Nadal, qui partagent un court près de trente ans après leurs premiers échanges, en sont une illustration grandeur nature.
La Fédération française de tennis revendique d’ailleurs plus d’un million de licenciés, preuve que la raquette reste un loisir de masse bien après les années de compétition. Les informations sur la pratique en club sont accessibles sur le site de la Fédération française de tennis.
Ce que ce double dit du tennis d’après
Le 3 octobre, personne ne regardera le score avec la même attention qu’à Roland-Garros. L’enjeu tient dans la complicité affichée entre deux joueurs que le circuit a opposés dix-huit fois et que l’amitié n’a jamais séparés. Pour le public, c’est l’occasion de revoir le revers à une main de Gasquet, l’un des plus élégants de sa génération.
Ces exhibitions posent aussi une question aux fédérations et aux clubs : comment garder sur les courts ceux qui quittent la compétition, champions comme amateurs ? La réponse passe peut-être par le jeu partagé, par des formats où l’on vient d’abord retrouver des partenaires. À Manacor, c’est exactement ce que Nadal a promis à ses invités.
