Il a manqué deux points, au bout d’un premier set à rallonge, pour que la soirée bascule. Samedi 26 septembre 2026, à l’Unipol Forum d’Assago, près de Milan, l’équipe de France de volley-ball a perdu la finale du championnat d’Europe face à la Pologne, trois sets à un (31-29, 25-19, 20-25, 25-16). Les Bleus d’Andrea Giani repartent avec la médaille d’argent, onze ans après leur unique titre continental, décroché en 2015.
L’EuroVolley, organisé tous les deux ans par la Confédération européenne, réunissait cette année 24 sélections réparties entre l’Italie, la Bulgarie, la Finlande et la Roumanie, du 9 au 26 septembre. Pour la France, double championne olympique en titre, ce tournoi servait aussi de premier grand test pour une génération renouvelée après Paris 2024. Faut-il voir dans cette défaite un coup d’arrêt, ou le signe qu’un nouveau cycle est déjà bien lancé ?
Un premier set à 31-29 qui a pesé sur toute la soirée
Le scénario s’est joué très tôt. Au terme d’un premier set disputé point par point, les Bleus sont revenus à hauteur avant de céder sur une attaque de Bartłomiej Bołądź, 31-29, au terme d’un chassé-croisé interminable. Dans la foulée, la Pologne a déroulé le deuxième acte (25-19), portée par les services de Wilfredo Leon et la présence au filet de son central Bartłomiej Lemański.
La réaction française est venue dans la troisième manche. Mathis Henno a multiplié les attaques en déséquilibre, l’entrée de Mousse Gueye a redonné du volume au centre, et les Bleus ont arraché le troisième set 25-20. L’élan n’a pas tenu : la quatrième manche, longtemps serrée, s’est refermée sur un 25-16 qui dit la fraîcheur physique de l’adversaire en fin de match.
Avec 20 points, Mathis Henno a terminé meilleur marqueur de la finale, toutes équipes confondues, devant Bołądź (16), Leon et Tomasz Fornal (13 chacun). Ce chiffre individuel raconte pourtant mal ce qui a manqué collectivement, et le parcours des Bleus jusqu’à Milan aide à le comprendre.
Le parcours des Bleus, de Cluj-Napoca à Milan
Avant cette finale, l’équipe de France avait construit son tournoi sur une phase de poules maîtrisée en Roumanie, puis sur une série de matchs à élimination directe en Italie :
- première place de la poule D à Cluj-Napoca, avec quatre victoires contre la Suisse, la Turquie, la Lettonie et la Roumanie ;
- une seule défaite (0-3) face à l’Allemagne, sans conséquence sur le classement final de la poule ;
- un huitième de finale remporté contre le Portugal ;
- un quart de finale gagné 3-0 face à la Roumanie, déjà croisée en poule ;
- une demi-finale gagnée 3-1 contre la Finlande (25-17, 18-25, 25-18, 25-15), le vendredi 25 septembre.
Cette demi-finale avait marqué les esprits. Selon le compte rendu diffusé par Orange Sport, Henno y avait inscrit 21 points avec 70 % de réussite en attaque, confirmant ce que la demi-finale face à la Finlande annonçait : un réceptionneur-attaquant capable de porter l’équipe. Reste à savoir ce que ce rôle nouveau dit du groupe tout entier.
Mathis Henno, visage d’une équipe qui a changé de peau
Pendant une décennie, l’équipe de France s’est racontée à travers Earvin Ngapeth et Jenia Grebennikov. À Milan, les points sont venus d’ailleurs : Mathis Henno en réception-attaque, Théo Faure en pointe, auteur de 136 points sur le tournoi selon Eurosport, et Antoine Brizard à la passe, avec le brassard. Cette bascule prolonge le pari de la jeunesse lancé après Paris, que le sélectionneur italien assume depuis sa prise de fonctions.
Au soir de la qualification pour la finale, Andrea Giani avait résumé l’état d’esprit du groupe en une phrase. Elle garde tout son sens après la défaite, parce qu’elle porte sur la manière plus que sur le résultat.
Je suis très fier de l’équipe.
Andrea Giani, sélectionneur de l’équipe de France, après la victoire contre la Finlande en demi-finale de l’EuroVolley, le 25 septembre 2026
Cette fierté repose sur des faits : en neuf matchs, les Bleus n’ont perdu que deux fois, dont une seule fois lors de la phase à élimination directe. Pour mesurer ce qui les sépare encore du sommet, il faut regarder l’adversaire de près.
La Pologne, une machine installée au sommet
Championne d’Europe sortante et lauréate de la Ligue des nations 2026, la Pologne a dominé presque tous les secteurs statistiques de la finale, d’après les chiffres publiés par WorldofVolley :
| Indicateur | Pologne | France |
|---|---|---|
| Efficacité en attaque | 58 % | 51 % |
| Points marqués en attaque | 57 | 52 |
| Aces | 8 | 6 |
| Contres gagnants | 9 | 8 |
| Fautes directes | 23 | 27 |
Les écarts paraissent minces, mais ils s’additionnent. En volley, où chaque rallye rapporte un point, sept points d’efficacité en attaque suffisent à faire basculer une finale, surtout lorsqu’ils s’ajoutent à quatre fautes directes de plus côté français. Ce titre, le troisième de l’histoire polonaise après 2009 et 2023, a aussi une valeur de revanche : aux Jeux de Paris, les Bleus avaient battu cette même équipe 3-0 en finale olympique.
Los Angeles 2028, un billet qui reste à décrocher
L’enjeu dépassait la médaille. Le vainqueur de l’EuroVolley obtenait directement sa place pour le tournoi olympique de Los Angeles, et c’est donc la Pologne qui disputera ses douzièmes Jeux olympiques en 2028. Les Bleus, doubles champions olympiques, devront emprunter les autres voies de qualification prévues par la Fédération internationale.
Le podium, lui, a consacré une surprise. La Finlande, battue par la France en demi-finale, a dominé la Slovénie 3-0 (25-23, 25-20, 29-27) pour la première médaille européenne de son histoire, alors qu’elle dispute la compétition depuis 1955. Un rappel utile : la hiérarchie européenne bouge, et elle bougera encore d’ici à 2028.
Une médaille d’argent qui peut faire bouger les gymnases
Au-delà du haut niveau, ces finales ont une vertu moins visible : elles donnent envie. Le volley reste un sport sans contact, praticable dès l’enfance comme bien après 50 ans, qui sollicite l’explosivité, la coordination et le travail d’équipe en même temps. Une rentrée marquée par un parcours européen jusqu’en finale arrive au moment où les clubs bouclent leurs inscriptions de septembre.
La Fédération française, qui détaille sur le site officiel de la FFVB ses offres de volley loisir, de beach et de compétition, dispose avec cette génération d’un argument concret. Onze ans après l’or de 2015, la question n’est plus de savoir si ces Bleus peuvent gagner, mais combien de nouveaux pratiquants leurs matchs vont amener dans les salles cet automne, et avec quelle équipe la France abordera la route de Los Angeles.
