Manchester City coupable de 114 infractions : la Premier League face à l’affaire de son histoire

30/09/2026 à 08h57  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

Une commission indépendante a retenu 114 des 115 accusations visant Manchester City sur la période 2009-2018. Retrait de points, titres, exclusion : la Premier League doit désormais choisir la sanction de son plus grand dossier.

Le verdict était attendu depuis plus de trois ans, et il tombe avec un poids que peu d’observateurs osaient imaginer. Selon la Premier League, une commission indépendante a reconnu Manchester City coupable de 114 des 115 infractions financières qui lui étaient reprochées, sur une période qui court de 2009 à 2018. Le club champion d’Angleterre à répétition conteste et promet de se battre devant toutes les instances possibles.

Derrière le jargon réglementaire, l’affaire touche à une question simple : un club a-t-il le droit de dépenser plus que ce que son activité lui rapporte réellement ? Les règles financières du football anglais et européen ont été pensées pour protéger l’équité sportive entre clubs riches et moins riches. Si City les a contournées pendant neuf saisons, que valent les trophées gagnés sur cette période, et quelle sanction peut encore peser sur le club de Pep Guardiola ?

Ce que la commission indépendante reproche au club

Le cœur du dossier tient en un chiffre. D’après la décision relayée par Eurosport, Manchester City aurait artificiellement gonflé ses revenus de plus de 900 millions de livres, soit 1,05 milliard d’euros. Des contrats de sponsoring présentés comme indépendants auraient en réalité été financés par l’actionnaire du club, l’Abu Dhabi United Group, propriétaire depuis 2008.

Les griefs ne s’arrêtent pas aux recettes. La commission s’est aussi penchée sur la rémunération d’entraîneurs et de joueurs, sur le respect des règles de l’UEFA et sur le manque de coopération du club pendant l’enquête. Sur les cinq familles d’accusations, pratiquement aucune n’a été écartée.

La période concernée n’a rien d’anodin. Entre 2009 et 2018, City a remporté huit trophées, dont trois titres de champion d’Angleterre, en 2012, 2014 et 2018. C’est précisément la décennie où le club est passé du statut d’outsider à celui de puissance européenne, et ce basculement a pris du temps à se juger.

Une procédure au long cours, ouverte en 2023

Pour mesurer ce que représente la décision annoncée le 29 septembre 2026, il faut revenir sur un calendrier judiciaire hors norme pour le football. Les étapes clés se lisent ainsi :

  • février 2023 : la Premier League annonce publiquement plus de 100 infractions présumées couvrant les saisons 2009-2010 à 2017-2018 ;
  • septembre 2024 : ouverture des audiences devant la commission indépendante, à huis clos, pour plusieurs semaines ;
  • fin septembre 2026 : 114 accusations sur 115 sont retenues contre le club ;
  • vendredi 2 octobre 2026 : date limite fixée à Manchester City pour contester la décision.

Cette lenteur s’explique par la complexité des montages financiers et par la stratégie de défense du club, qui a multiplié les recours sur la procédure elle-même. Reste désormais l’étape la plus attendue, celle de la sanction.

De l’avertissement à l’exclusion, l’éventail des sanctions

Aucune peine n’a encore été prononcée. Les options sur la table vont du simple avertissement à l’exclusion pure et simple de la Premier League, en passant par un retrait de points, éventuellement rétroactif, et la déchéance de titres. Le directeur général de la ligue, Richard Masters, a pris soin de mesurer l’ampleur du dossier dans le communiqué officiel.

Cette affaire disciplinaire, ainsi que cette décision, sont les plus importantes de l’histoire de la Premier League

Richard Masters, directeur général de la Premier League, communiqué officiel du 29 septembre 2026

En face, le club se dit « à la fois déçu et surpris » par l’avis de la commission et affirme qu’un ensemble complet de preuves irréfutables soutient toutes ses positions. Le texte intégral des règles en cause est consultable sur le site officiel de la Premier League, et c’est à l’aune de ces règles que les précédents récents prennent tout leur sens.

Everton, Forest, Juventus : des précédents qui éclairent le verdict

Le football a déjà sanctionné des manquements financiers ou sportifs, mais jamais à une échelle comparable à celle du dossier City. Quelques cas servent de repères :

ClubAnnéeMotifSanction
Everton2023-2024Pertes au-delà du plafond autorisé10 points retirés, ramenés à 6 en appel, puis 2 de plus
Nottingham Forest2024Pertes au-delà du plafond autorisé4 points retirés
Manchester City (UEFA)2020Fair-play financier européenExclusion de deux ans annulée par le TAS, amende ramenée à 10 millions d’euros
Juventus2006Calciopoli, influence sur l’arbitrageDeux titres retirés et relégation en Serie B

La comparaison montre un écart de nature. Everton et Forest ont été sanctionnés pour quelques dizaines de millions de pertes excessives, quand City est reconnu coupable d’avoir maquillé ses comptes pendant près d’une décennie. Le précédent le plus proche en gravité reste celui de la Juventus, et il avait coûté au club turinois deux titres et une saison à l’étage inférieur.

Un modèle économique au cœur du débat

L’affaire intervient alors que le football anglais n’a jamais autant dépensé. L’été dernier, les clubs de Premier League ont investi près de 4 milliards d’euros en transferts, un niveau qui fait du championnat un mercato que personne ne peut suivre. Dans ce contexte, la crédibilité des règles de contrôle financier se joue en partie sur le dossier City.

Pour Manchester City, l’enjeu dépasse la période 2009-2018. Le club a enchaîné quatre titres de champion d’Angleterre de 2021 à 2024 et construit un effectif autour de joueurs comme Erling Haaland, devenu une machine à memes sur les réseaux. Une sanction lourde pourrait fragiliser l’attractivité d’un club devenu une marque mondiale, bien au-delà des terrains.

Les supporters des autres clubs, eux, font leurs comptes. Plusieurs équipes estiment avoir perdu des titres, des places européennes et donc des revenus face à un concurrent qui ne jouait pas selon les mêmes règles, et des actions en réparation ne sont pas à exclure. Cette perspective donne une autre dimension à la décision attendue.

Ce que le football peut encore apprendre de l’affaire

Au-delà du sort de City, le dossier pose une question qui concerne aussi les passionnés du dimanche. Le sport repose sur une promesse d’incertitude et d’égalité des chances, et c’est elle qui fait vibrer les tribunes comme les terrains amateurs. Quand l’argent fausse la compétition, c’est cette promesse qui s’use, comme le rappelle le poids de l’économie du sport, qui atteint 80,4 milliards d’euros en France.

La suite dépendra des recours du club et de la fermeté de la Premier League dans les prochaines semaines. Entre une sanction exemplaire et un compromis négocié, le choix de la ligue dira jusqu’où le football anglais est prêt à défendre ses propres règles, et chaque supporter pourra juger si le jeu en valait la chandelle.

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