Onze ans après sa dernière apparition, Novak Djokovic a retrouvé cette semaine les courts du centre national de tennis de Pékin. Le Serbe, 39 ans, fait partie des têtes d’affiche de l’ATP 500 chinois, programmé du 30 septembre au 6 octobre, un tournoi où il n’a jamais perdu le moindre match. Six participations, six titres : peu de joueurs peuvent revendiquer une telle relation avec une épreuve du circuit.
Un ATP 500 appartient à la deuxième catégorie de tournois du circuit masculin de l’ATP, derrière les Grands Chelems et les Masters 1000, avec 500 points au classement pour le vainqueur. En cette fin de saison, ces rendez-vous asiatiques servent de rampe de lancement vers les derniers gros objectifs de l’année. Pour un joueur de l’âge de Djokovic, chaque tournoi est aussi un choix, pesé en fonction du corps, du calendrier et de l’envie. Que vient-il chercher à Pékin, et le tableau lui laisse-t-il une chance de prolonger sa série ?
Vingt-neuf matchs, vingt-neuf victoires
Le bilan pékinois de Djokovic tient en une ligne que TennisActu rappelle volontiers : 29 matchs joués, 29 victoires et six titres, obtenus lors de ses participations de 2009, 2010, puis de 2012 à 2015. Aucune défaite, aucun match perdu en route, sur une surface dure qui a toujours semblé taillée pour son jeu de contre et de déplacement.
Depuis 2015, le Serbe n’était plus revenu, ses programmes d’automne l’ayant conduit ailleurs. Ce retour après une décennie d’absence ressemble donc à un pèlerinage autant qu’à un défi sportif. Le public chinois, qui l’a toujours accueilli comme une star, attendait ce moment, et lui aussi, à l’entendre. Reste que l’invincibilité d’hier ne protège de rien quand le tableau aligne des joueurs de la nouvelle génération.
Un parcours qui se durcit dès les quarts
Le tirage au sort n’a pas été tendre, comme le souligne We Love Tennis. Les premiers tours paraissent abordables, la suite beaucoup moins, avec plusieurs obstacles de taille sur la route d’un septième titre :
- au premier tour, le Portugais Nuno Borges, joueur solide mais rarement dangereux pour les meilleurs ;
- au deuxième tour, l’Argentin Juan Manuel Cerúndolo, s’il franchit son premier match ;
- en quart de finale, Alexander Zverev, numéro 2 mondial, qui commence face à Cameron Norrie ;
- en demi-finale, Daniil Medvedev, Jakub Menšík ou Alexander Bublik ;
- en finale, Learner Tien, Félix Auger-Aliassime ou Alex de Minaur.
Le choc potentiel face à Zverev concentre l’attention. L’Allemand vit la meilleure saison de sa carrière, lui qui a remporté deux Grands Chelems en trois mois et arrive en Chine avec une confiance que le Serbe n’a plus tout à fait.
Car Djokovic ne débarque pas à Pékin en conquérant serein. Son dernier grand rendez-vous a laissé des traces, et il le sait mieux que personne.
Après New York, l’envie de se relancer
Fin août, Djokovic avait été sorti dès le premier tour de l’US Open par l’Argentin Mariano Navone, au terme de 4 h 40 de jeu. Une élimination aussi précoce en Grand Chelem ne lui était plus arrivée depuis vingt ans, et le scénario, une cinquième manche où son service avait cédé, avait posé la question de ses ressources physiques.
À son arrivée en Chine, le Serbe a tenu à balayer l’idée d’une tournée de gala. Il a expliqué être venu quelques jours plus tôt pour disputer des sets d’entraînement et accumuler des heures sur le court, assurant que tout s’était bien passé physiquement. Son discours tient en une phrase, rapportée par Puntodebreak.
Je participe à un tournoi professionnel parce que je veux aussi gagner.
Novak Djokovic, à son arrivée à Pékin, propos rapportés par Puntodebreak le 28 septembre 2026
Il a aussi reconnu qu’à ce stade de sa carrière, il choisit désormais les tournois où il aime jouer. Pékin coche toutes les cases : un public acquis, des souvenirs heureux et une surface qui lui convient. Pendant ce temps, plusieurs Français tentent aussi leur chance dans la capitale chinoise.
Halys et Rinderknech en mission
Deux Tricolores figurent dans le tableau principal. Quentin Halys, 49e mondial, affronte d’entrée le Péruvien Ignacio Buse, pourtant mieux classé que lui à la 35e place. Un premier tour piège, mais pas une montagne pour un joueur qui s’appuie sur un service puissant.
Arthur Rinderknech, 31e au classement ATP, attendait de connaître son adversaire issu des qualifications. À Tokyo, Arthur Fils a dû passer par les qualifications et s’est rapproché du tableau principal en renversant Martin Damm, selon Univers Tennis. Le vainqueur de Cincinnati, dont on avait salué l’entrée dans le club fermé des Français en Masters 1000, joue gros sur cette tournée asiatique.
Pékin et Tokyo, une semaine au sommet
Pékin n’est pas seul à capter l’attention : l’ATP 500 de Tokyo se dispute la même semaine, avec Carlos Alcaraz en tête d’affiche. L’Espagnol hérite d’un tableau jugé digne d’un Masters 1000 par le journaliste José Morón, avec Alex Michelsen au premier tour, Matteo Arnaldi au deuxième, puis Tommy Paul en quart.
En demi-finale, Alcaraz pourrait retrouver Taylor Fritz, Casper Ruud ou Lorenzo Musetti. Cette double affiche fait de la semaine l’une des plus relevées de l’automne, à quelques semaines de la fin de saison. Pour les amateurs de tennis, c’est l’occasion de suivre deux générations aux trajectoires opposées, l’une qui s’installe au sommet, l’autre qui refuse d’en descendre.
Durer au plus haut niveau, un exemple qui parle à tous
Qu’il gagne ou non un septième titre, Djokovic pose une question qui dépasse le seul tennis : jusqu’où peut-on prolonger une pratique exigeante avec l’âge ? À 39 ans, il continue de rivaliser avec des joueurs nés quinze ans après lui, en misant sur la préparation, la récupération et une sélection plus fine de ses objectifs.
Cette logique vaut aussi à l’échelle du club du coin. Choisir ses rendez-vous, écouter son corps plutôt que multiplier les matchs, garder le plaisir comme moteur : c’est souvent ce qui permet aux joueurs de loisir de tenir la raquette pendant des décennies. La semaine pékinoise dira si la recette fonctionne encore face à Zverev et consorts, et si une série déjà unique peut s’étirer jusqu’à 34 victoires.
