Le tableau masculin de l’US Open a perdu l’un de ses favoris avant même d’avoir chauffé. Dimanche 30 août, pour son entrée en lice à New York, Novak Djokovic s’est incliné devant l’Argentin Mariano Navone, 49e joueur mondial, au terme de cinq manches et 4 h 40 de jeu. Le Serbe était tête de série numéro 4 et cinquième au classement ATP.
Une élimination au premier tour, dans un tournoi du Grand Chelem, signifie qu’un joueur quitte la compétition après un seul match, sur un tableau qui en compte sept jusqu’au titre. Pour la plupart des participants, c’est une issue statistiquement banale. Pour ce joueur-là, elle n’était plus arrivée depuis vingt ans et jamais à New York en vingt participations. Comment une série de cette longueur finit-elle par s’interrompre ?
Quatre heures quarante et un scénario qui se retourne deux fois
Le match a d’abord suivi la trajectoire qu’on lui prêtait, puis il en a changé. Breaké d’entrée, l’Argentin a recollé, poussé la première manche au jeu décisif et l’a conclu à sa première occasion (7-6, 5). Le tie-break initial a donné le ton de la rencontre, celui d’un duel serré où les occasions manquées allaient peser lourd.
Le Serbe a ensuite déroulé son métier. Un break à 5-5 dans la deuxième manche, un autre à 4-4 dans la troisième, et le voilà à deux sets à un, en position de conclure. Il menait encore d’un break au début du quatrième set avant de céder les cinq derniers jeux de la manche, dont ses trois derniers services.
La cinquième manche a confirmé la bascule physique. Breaké dès le premier jeu, puis à 4-1, le joueur de 39 ans n’a plus tenu son engagement et a vu Mariano Navone convertir sa toute première balle de match (6-1). Le service, longtemps son assurance dans les fins de match, s’est effondré au moment précis où il fallait tenir. La donnée qui circulait dès la fin de la rencontre concernait pourtant moins ce match que tout ce qui l’a précédé.
Une série de vingt ans qui s’arrête à New York
Le chiffre qui a fait le tour des réseaux tient en quelques repères, tous vérifiables dans les archives du tournoi. Ils situent l’ampleur de ce que dimanche vient d’interrompre.
- Vingt participations à l’US Open depuis ses débuts professionnels en 2003, et jamais une sortie au premier tour ;
- Quatre titres à New York, en 2011, 2015, 2018 et 2023 ;
- Une dernière élimination d’entrée en Grand Chelem qui remonte à l’Open d’Australie 2006 ;
- Un vingt-cinquième titre majeur toujours en suspens, objectif affiché de sa saison.
La série ne dit pas seulement une régularité, elle dit une manière de gérer les premiers tours. Passer vingt ans sans jamais tomber d’entrée suppose de trouver le bon niveau sans forcer, contre des adversaires qui n’ont rien à perdre et tout à gagner en cinq sets.
Ce que le Serbe avait annoncé la veille en conférence de presse
La conférence de presse d’avant-tournoi avait pourtant livré tous les indices. Interrogé sur son état de forme, le joueur avait distingué la préparation et la réalité du court central, et évoqué sans détour la difficulté croissante de ses entrées en lice. Rien dans ses propos ne relevait de la fausse modestie, comme le montre le passage le plus commenté depuis dimanche soir.
Si vous me demandez si je suis prêt, j’ai le sentiment de l’être, autant que je peux l’être. Mais s’entraîner et ensuite aller sur le Arthur Ashe Stadium pour jouer au meilleur des cinq sets, c’est différent. Les premiers matchs sont toujours, pour moi, assez difficiles.
Novak Djokovic, conférence de presse d’avant-tournoi de l’US Open, le 30 août 2026, propos relayés par Tennis Actu
Le même jour, il rappelait avoir disputé son premier US Open contre Gaël Monfils, déjà en cinq sets, vingt ans plus tôt. La wild-card obtenue par le Français pour son dernier tournoi place les deux hommes dans le même tableau, à quelques mois d’écart d’âge. Deux carrières commencées au même moment arrivent au même endroit du calendrier, avec des enjeux devenus très différents.
Mariano Navone, 49e mondial, gagne le match de sa vie
Le vainqueur, lui, sort du rang. Quarante-neuvième au classement ATP, l’Argentin n’avait aucune ligne comparable à son palmarès avant dimanche, et il a passé la rencontre à courir derrière le score sans jamais décrocher mentalement. Trois balles de débreak manquées dans la première manche ne l’ont pas empêché de revenir dans le même set.
Sa performance rappelle une caractéristique du format en cinq manches, souvent présentée comme un filtre à surprises. Le meilleur joueur y dispose de plus de temps pour reprendre le contrôle, mais l’outsider y trouve aussi plus d’occasions d’user son adversaire. Quatre heures quarante suffisent à inverser un rapport de force qui semblait établi après deux heures.
Les Français à New York, un premier tour à deux vitesses
Le contingent tricolore a connu une première journée contrastée. Arthur Rinderknech et Luca Van Assche ont validé leur billet pour le deuxième tour, quand Hugo Gaston a quitté le tournoi dès son entrée en lice. Deux qualifiés pour une élimination sur les trois engagés de la journée, un ratio honorable pour un premier tour de Grand Chelem.
Le tirage n’avait pas facilité les choses. L’affiche promise à Arthur Fils dès le premier tour illustrait la sévérité d’un tableau où plusieurs Français héritaient d’adversaires classés loin devant leur rang. La tête de série numéro 10 attribuée au Français constitue par ailleurs le meilleur statut obtenu par un joueur tricolore dans ce tournoi depuis plusieurs saisons.
Le forfait d’Ugo Humbert avant le début du tableau a réduit la délégation, tandis qu’Arthur Géa a validé sa présence. Le tennis français aborde ce tournoi sans certitude hiérarchique, avec des joueurs capables de gagner un Masters 1000 et d’autres encore installés dans la zone de qualification.
Un tableau masculin qui s’ouvre après une seule journée
La disparition d’un quadruple vainqueur redistribue mécaniquement les quarts de tableau. Plusieurs têtes de série ont pourtant tenu leur rang dimanche, à l’image d’Alexander Bublik, seizième mondial, ou de Tomas Martin Etcheverry, trente-deuxième, qualifiés en un peu plus de deux heures chacun. La hiérarchie n’a donc pas volé en éclats, elle a perdu l’un de ses repères les plus anciens. La dotation portée à 108 millions de dollars rend par ailleurs chaque tour franchi décisif pour les joueurs situés hors du top 20.
La pluie a décalé plusieurs rencontres du dimanche, dont quatre matches du tableau masculin qui doivent se terminer ce lundi. Un premier tour étalé sur trois jours comprime la récupération de ceux qui joueront leur deuxième tour dans la foulée. Le calendrier fixé par l’organisation du tournoi laisse peu de marge, et ce sont les joueurs les plus avancés en âge qui en paient d’abord le prix.
