Maïana Prat, 16 ans, reine du sol à Bercy : la gym française tient sa génération 2010

29/09/2026 à 18h43  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Pour son premier Bercy, Maïana Prat a décroché l'or au sol, dans le sillage d'Eléna Colas aux barres asymétriques. À trois semaines des Mondiaux de Rotterdam, la jeune garde de la gymnastique française se découvre des ambitions.

Pour son premier passage sous les projecteurs de l’Accor Arena, elle a terminé tout en haut. Dimanche 27 septembre, Maïana Prat, 16 ans, a remporté la finale du sol de Gym Paris 2026 avec une note de 13,733, devant un public parisien acquis à la cause des Françaises. Une victoire qui a fait sourire bien au-delà du cercle des passionnés de gymnastique.

Les Internationaux de France de gymnastique, rebaptisés Gym Paris, réunissent chaque automne à Bercy une partie de l’élite mondiale pour des finales par agrès. Cette édition avait une saveur particulière : elle tombait à trois semaines des Championnats du monde de Rotterdam, prévus du 17 au 25 octobre 2026. Alors, que dit cette médaille d’or de la jeune génération française, et jusqu’où peut-elle l’emmener ?

Un premier Bercy transformé en sacre

Maïana Prat n’est pas arrivée en finale par hasard. Dès les qualifications du samedi, elle avait signé la meilleure note au sol avec 13,700, malgré une chute d’entrée à la poutre qui aurait pu la déstabiliser. Le lendemain, elle a confirmé avec une note encore légèrement supérieure, 13,733, pour décrocher l’or.

Ce type de réaction, à cet âge, en dit long sur le caractère. Transformer une erreur de la veille en victoire le lendemain demande une maîtrise émotionnelle que beaucoup de gymnastes mettent des années à acquérir. Elle l’a résumé simplement au sortir des qualifications, dans des propos recueillis par la Fédération française de gymnastique.

Forcément j’avais un peu de pression pour mon premier Bercy et, malgré la chute d’entrée à la poutre, je suis contente.

Maïana Prat, après les qualifications de Gym Paris 2026 à l’Accor Arena, le 26 septembre 2026

Cette fraîcheur tranche avec l’image d’un sport souvent perçu comme austère. Elle n’était pas la seule Française à briller ce week-end-là, loin de là.

Eléna Colas, l’autre reine du week-end

Maïana Prat a en réalité imité Eléna Colas, sacrée plus tôt aux barres asymétriques. En qualifications, la spécialiste des barres avait dominé avec 14,400, la meilleure note du concours sur l’agrès, avant de confirmer en finale malgré une blessure au pied, selon le compte rendu publié par Yahoo Actualités.

Deux médailles d’or pour les Bleues, sur deux agrès différents : le bilan dépasse ce que l’on pouvait espérer d’une équipe en reconstruction. Eléna Colas avait elle aussi apprécié l’ambiance matinale des qualifications, décrite comme très belle, preuve que le public de Bercy compte dans ces performances.

Les barres asymétriques exigent une combinaison rare de force dans le haut du corps, de sens du rythme et de précision dans les lâchers. Concourir avec un pied douloureux ajoute une difficulté au moment des réceptions, là où chaque pas se paie en dixièmes de point. Ce succès obtenu dans la gêne donne une idée de la solidité mentale de ce groupe, qui a su transformer l’occasion parisienne en vitrine.

Une moisson tricolore sur tous les agrès

Au-delà des deux victoires, l’équipe de France a placé ses gymnastes dans douze finales, d’après la Fédération française de gymnastique. Plusieurs résultats méritent d’être retenus :

  • Morgane Osyssek-Reimer, deuxième des qualifications au sol avec 13,400, grâce à de nouvelles acrobaties réussies ;
  • Célia Serber, sixième des qualifications aux barres avec 13,150, puis cinquième en finale ;
  • Lorenzo Aymes, médaillé de bronze à la barre fixe avec 14,033, après avoir ajouté une difficulté à son enchaînement ;
  • Kevin Carvalho et Alan Moullec, troisièmes des qualifications à la barre fixe et au saut ;
  • Benjamin Osberger, qualifié pour la finale des arçons avec 14,300.

Ce tableau montre une équipe présente partout, chez les femmes comme chez les hommes. Il faut toutefois le lire avec nuance : les délégations chinoise et japonaise, deux géants de la discipline, étaient absentes, engagées aux Jeux asiatiques. Chez les hommes, l’Ukrainien Nazar Chepurnyi, champion d’Europe en titre, a par exemple remporté le saut, signe que le niveau restait élevé sur certains agrès.

La génération 2010 en pleine éclosion

Yahoo Actualités l’a résumé d’une formule : l’équipe de France peut compter sur sa génération 2010 pour empiler les médailles. Des gymnastes nées autour de 2010 arrivent à maturité au moment où le cycle olympique vers Los Angeles 2028 prend forme, sous la direction de Marie-Angéline Colson, entraîneuse générale de l’équipe féminine.

Ce phénomène de précocité n’est pas propre à la France. En juillet, aux Jeux du Commonwealth, une gymnaste de 16 ans avait complété sa collection de médailles avec l’or au saut. La gymnastique reste l’un des rares sports où l’on peut toucher le haut niveau international avant sa majorité.

Le sport français a d’ailleurs vu d’autres jeunes talents s’illustrer ces derniers jours, à l’image de Jade Jacquet, première femme à gagner en F4 France au même âge. Ces trajectoires précoces suscitent l’enthousiasme, mais posent aussi la question de leur accompagnement sur la durée.

Rotterdam, le vrai test dans trois semaines

Gym Paris n’était qu’une étape. Les Championnats du monde de Rotterdam, du 17 au 25 octobre, offriront une opposition autrement plus dense, avec le retour des nations asiatiques. Les notes obtenues à Bercy serviront de repère, sans garantir une place en finale mondiale.

Pour les jeunes Françaises, l’enjeu sera de reproduire la même régularité face à une concurrence plus forte. La gestion de la pression, déjà visible à Paris, deviendra un atout décisif. Un premier Bercy réussi reste une marche, pas une arrivée.

Le calendrier laisse peu de temps pour ajuster les enchaînements. Trois semaines suffisent rarement à ajouter une difficulté, mais permettent de consolider ce qui fonctionne déjà. Le staff tricolore devra aussi composer avec l’état physique d’Eléna Colas, dont le pied a été éprouvé à Paris, avant de fixer les objectifs de chacune.

Ce que la gym raconte à tous les pratiquants

Derrière les notes et les médailles, ces performances rappellent ce que la gymnastique apporte à celles et ceux qui la pratiquent en club : souplesse, coordination, gainage et confiance en soi, des qualités qui se construisent dès le plus jeune âge et servent dans bien d’autres sports.

La victoire de Maïana Prat pourrait susciter des vocations dans les gymnases dès cet automne. Reste à savoir si les clubs sauront accueillir cette envie nouvelle, et si la génération 2010 confirmera à Rotterdam les promesses entrevues sous les lumières de Bercy.

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