Le premier jour des championnats du monde de judo de Bakou a livré un résumé assez fidèle de ce qui attend les Bleus jusqu’au 11 octobre. Shirine Boukli a décroché le bronze des moins de 48 kg, pendant que deux autres valeurs sûres de l’équipe de France rentraient au vestiaire sans médaille. Dans la capitale de l’Azerbaïdjan, la semaine ne fait que commencer.
Les Mondiaux réunissent chaque année les meilleurs judokas de la planète, catégorie de poids après catégorie de poids, avant une épreuve par équipes mixtes en clôture. L’édition 2026 se tient du 4 au 11 octobre à la National Gymnastics Arena, avec les finales chaque après-midi à 16 heures, heure de Paris. Privée de Teddy Riner, l’équipe de France peut-elle tenir son rang de grande nation du judo ?
Shirine Boukli, un bronze arraché au golden score
La journée de la Française avait mal commencé. Opposée à la Russe Marina Vorobeva, elle a été disqualifiée après trois pénalités en 2 minutes 39, une sortie frustrante pour une judokate habituée à imposer son rythme. Le repêchage lui a offert une seconde chance, saisie face à la Brésilienne Clarice Ribeiro, battue sur un waza-ari.
Le combat pour le bronze l’opposait à la Mongole Baasankhuu Bavuudorj, championne du monde 2024 et vice-championne olympique. Boukli l’a emporté aux pénalités en prolongation, au terme d’un golden score où chaque saisie de kimono comptait. Selon le site officiel de l’équipe de France, c’est sa deuxième médaille mondiale après l’argent de Doha en 2023.
Je suis super fière. Quand je vois ma saison, je suis contente, c’est ma deuxième médaille aux Mondiaux et c’est une belle médaille.
Shirine Boukli, après sa médaille de bronze en moins de 48 kg aux championnats du monde de Bakou, le 4 octobre 2026
La Française boucle ainsi une saison très riche, avec un titre européen et une victoire au Grand Chelem de Paris en 2026, qui s’ajoutent au bronze olympique de Paris 2024 et à ses cinq couronnes continentales. Le reste de la délégation n’a pas connu la même réussite ce premier jour.
Valadier-Picard et Mkheidze à l’arrêt dès le premier jour
Vice-champion du monde en 2025, Romain Valadier-Picard visait au moins une médaille chez les moins de 60 kg. Battu aux pénalités par le Kazakh Sherzod Davlatov, puis éliminé en repêchage par le Géorgien Giorgi Sardalashvili, il quitte Bakou sans podium un an après sa finale mondiale.
Luka Mkheidze, double médaillé olympique dans la même catégorie, s’est arrêté dès les huitièmes face au Russe Ayub Bliev, quatrième mondial. Deux éliminations précoces dans une catégorie où la France comptait sur deux chances rappellent la densité d’un tableau mondial, où un shido de trop suffit à sortir. Le calendrier, heureusement, laisse encore de nombreuses occasions aux Bleus.
Le programme des Bleus jusqu’au 11 octobre
Selon le format habituel de la Fédération internationale, deux catégories, une féminine et une masculine, sont disputées chaque jour, des plus légères aux plus lourdes sur sept journées, avant l’épreuve par équipes mixtes. Le déroulé de la semaine :
- lundi 5 octobre, moins de 52 kg et moins de 66 kg ;
- mardi 6 octobre, moins de 57 kg et moins de 73 kg, avec Joan-Benjamin Gaba ;
- mercredi 7 octobre, moins de 63 kg et moins de 81 kg, journée de Clarisse Agbégnénou ;
- jeudi 8 et vendredi 9 octobre, les catégories intermédiaires, des moins de 70 kg aux moins de 100 kg ;
- samedi 10 octobre, les lourds, avec Romane Dicko chez les plus de 78 kg ;
- dimanche 11 octobre, l’épreuve par équipes mixtes.
Cette dernière journée compte souvent parmi les plus fertiles pour la France, grâce à la profondeur d’un effectif de 22 judokas capable d’aligner des titulaires solides dans chaque catégorie. Encore faut-il composer avec une absence de taille.
Sans Teddy Riner, une équipe de France à 22 judokas
France Judo a annoncé le 5 septembre que Teddy Riner, onze fois champion du monde, ne serait pas du voyage en raison d’une blessure à l’épaule droite contractée à l’entraînement durant l’été. À 37 ans, le géant guadeloupéen qui prépare sa dernière olympiade devra reconstruire son capital de points sur le circuit en 2027.
Amandine Buchard manque aussi à l’appel, elle qui a choisi de se tourner vers le rugby. L’encadrement compte donc sur Agbégnénou et Dicko pour porter l’équipe dans la deuxième partie de semaine. Le judo féminin français reste par ailleurs mobilisé hors des tatamis, après les attaques grossophobes visant Léa Fontaine à la rentrée, qui ont rappelé la pression subie par les athlètes de haut niveau.
Clarisse Agbégnénou, la référence attendue mercredi
Dans la catégorie des moins de 63 kg, Clarisse Agbégnénou arrive à Bakou avec six titres de championne du monde à son palmarès, le dernier remporté à Doha en 2023. Championne olympique à Tokyo, médaillée de bronze à Paris en 2024, elle reste la judokate française la plus titrée de sa génération et la meilleure chance de titre de la délégation.
Son expérience compte d’autant plus que l’équipe de France arrive à Bakou avec un groupe renouvelé. Une médaille d’or mercredi changerait la lecture de toute la semaine, après un premier jour en demi-teinte. Au-delà des podiums, l’enjeu de ces championnats se mesure aussi à plus long terme.
Bakou, première étape sérieuse vers Los Angeles 2028
Ces Mondiaux ne distribuent pas que des médailles. Les points gagnés à Bakou comptent pour la qualification olympique de Los Angeles 2028, ce qui donne à chaque combat une portée qui dépasse la semaine. Un podium mondial vaut un capital précieux dans une course de deux ans où chaque nation ne peut envoyer qu’un judoka par catégorie.
Pour les nombreux licenciés des clubs de judo en France, ces images de Bakou rappellent aussi ce que la discipline apporte au quotidien, coordination, souplesse et apprentissage de la chute, à tout âge. Les résultats et le parcours de chaque Français sont détaillés sur le site de France Judo, qui suit la délégation jour après jour.
Shirine Boukli a fixé le ton avant de quitter Bakou, assurant que son tour viendrait et qu’elle ne cesserait jamais d’y croire. Reste à savoir si cette détermination gagnera le reste du groupe, alors que les catégories phares de la délégation n’ont pas encore combattu. La réponse viendra mercredi, sur le tatami d’Agbégnénou.
