Il y a des chevaux qui gagnent l’Arc et d’autres qui le gardent. Dimanche 4 octobre, à ParisLongchamp, Daryz a remporté le Prix de l’Arc de Triomphe pour la deuxième année de suite, sous la selle de Mickaël Barzalona et pour l’entraînement de Francis-Henri Graffard. Un exploit que la course n’avait plus connu chez un mâle depuis la fin des années 1970.
Le Prix de l’Arc de Triomphe est la course de plat la plus prestigieuse d’Europe : 2 400 mètres sur l’herbe de Longchamp, une dotation de 5 millions d’euros et un plateau qui réunit chaque automne les meilleurs chevaux du continent, du Japon et d’ailleurs. Le gagner une fois suffit à faire une carrière. Qu’est-ce qui permet à un cheval de s’imposer deux fois de suite dans une épreuve où tout se joue souvent à une encolure ?
Une longueur et quart d’avance sur Bay City Roller
Parti favori à 13 contre 8 selon le Racing Post, Daryz a fait respecter la logique dans la ligne droite. Il s’est imposé avec une longueur et quart d’avance sur Bay City Roller, monté par Oisin Murphy, tandis que Diamond Necklace, entraînée par Aidan O’Brien et montée par Christophe Soumillon, complète le podium. La victoire rapporte 2 857 000 euros à ses propriétaires.
La marge tranche avec l’édition 2025. Il y a un an, le fils de Sea The Stars l’avait emporté d’une courte tête face à Minnie Hauk, en 2′29″17 sur un terrain très souple, au terme d’un finish resté dans les mémoires. Cette fois, Minnie Hauk n’a terminé que dixième, et Daryz a gagné avec une autorité qui le place dans une lignée très fermée.
Neuf doubles vainqueurs en 105 éditions
Depuis la création de l’épreuve en 1920, seuls neuf chevaux ont gagné l’Arc à deux reprises. Parmi eux, quelques noms qui ont marqué l’histoire du galop européen sur plus d’un siècle :
- Ribot, invaincu en carrière, lauréat en 1955 et 1956 ;
- Alleged, entraîné par Vincent O’Brien, vainqueur en 1977 et 1978 ;
- Trêve, la championne de Criquette Head, sacrée en 2013 et 2014 ;
- Enable, la jument de John Gosden, victorieuse en 2017 et 2018 ;
- Daryz, désormais lauréat en 2025 et 2026.
Le détail compte : depuis Alleged, les doubles vainqueurs étaient des femelles, qui bénéficient d’une décharge de poids. Daryz est le premier mâle à réussir le doublé depuis près de cinquante ans, selon l’Irish Times. Ce résultat n’est pas sorti de nulle part, car toute sa saison avait été pensée pour ce dimanche d’octobre.
Une saison 2026 construite pour Longchamp
L’entourage du cheval a choisi un programme resserré, avec quatre sorties seulement avant l’Arc, dont deux victoires de Groupe 1 au printemps. Le tableau ci-dessous retrace ce parcours, d’après les résultats officiels compilés par Wikipédia et la presse hippique.
| Date | Course | Résultat | Écart |
|---|---|---|---|
| 26 avril 2026 | Prix Ganay (Groupe 1, 2 100 m) | 1er | 3 longueurs et demie d’avance |
| 21 mai 2026 | Prix Aga Khan IV (Groupe 1, 1 850 m) | 1er | 3 longueurs et demie d’avance |
| 17 juin 2026 | Prince of Wales’s Stakes (Groupe 1, Ascot) | 3e | 5 longueurs trois quarts de retard |
| 6 septembre 2026 | Prix Foy (Groupe 2, ParisLongchamp) | 1er | 1 longueur trois quarts d’avance |
| 4 octobre 2026 | Prix de l’Arc de Triomphe (Groupe 1, 2 400 m) | 1er | 1 longueur un quart d’avance |
La défaite d’Ascot, en juin, tient de l’accident de parcours, le cheval ayant été jugé souffrant ce jour-là. Il n’est ressorti qu’en septembre, dans le Prix Foy, où il avait déjà devancé Bay City Roller sur la même piste. Avec ce nouveau succès, Daryz compte neuf victoires en douze courses, un bilan qui doit beaucoup à ceux qui l’ont préparé.
Francis-Henri Graffard et Mickaël Barzalona, un duo à Chantilly
Installé à Chantilly, Francis-Henri Graffard avait signé en 2025 sa première victoire dans l’Arc. Le deuxième succès confirme son statut parmi les meilleurs entraîneurs européens, lui qui ne cachait pas sa confiance avant le départ. Après la course, il a résumé son état d’esprit sans détour.
C’est un champion. Je l’avais déjà dit. Il est rare que je sois confiant avant une course, tant c’est difficile dans une épreuve comme celle-ci, mais je savais que tout allait dans le bon sens et qu’il serait très difficile à battre.
Francis-Henri Graffard, entraîneur de Daryz, après la victoire à ParisLongchamp le 4 octobre 2026, propos rapportés par l’Irish Times
Mickaël Barzalona, 35 ans, a lui aussi salué un cheval hors norme, un partenaire avec lequel il reste invaincu dans l’Arc. Monter un pur-sang à près de 60 km/h dans un peloton serré exige un gainage, un équilibre et une lucidité que l’on mesure mal depuis les tribunes. Le jockey et l’entraîneur travaillent pour une écurie qui a fait de cette course une affaire de famille.
Les couleurs vert et rouge de l’Aga Khan, encore au sommet
Daryz court sous les couleurs vert et rouge de la famille Aga Khan, propriétaire et éleveur du cheval. Son père, Sea The Stars, avait gagné l’Arc en 2009 pour une autre écurie, ce qui fait de Daryz l’héritier direct d’un vainqueur de l’épreuve. Le succès de 2025 représentait déjà la huitième victoire de la famille dans l’Arc, une série entamée bien avant la disparition de l’Aga Khan IV en février 2025.
La princesse Zahra Aga Khan, qui a repris la direction des haras, a confié avoir eu confiance dans la puissance du cheval, rapporte Bombe Équitation. Cette continuité entre générations d’éleveurs est rare dans un milieu où les grandes écuries se font et se défont au gré des investissements. Elle pose une question simple pour la suite de la carrière de Daryz.
Un troisième Arc ou le haras ?
À 4 ans, Daryz arrive à l’âge où la plupart des grands mâles quittent la piste pour la reproduction, où leur valeur se compte en saillies. Aucun cheval n’a jamais gagné trois fois l’Arc, et la tentation de rester en compétition une saison de plus se heurte à des enjeux financiers considérables. Dans un autre registre équestre, les Mondiaux de saut d’obstacles d’Aix-la-Chapelle ont rappelé cet été que le couple homme-cheval peut durer bien au-delà des standards du galop.
Le dossier se tranchera dans les prochaines semaines du côté de Chantilly et des haras de la famille. Comme pour le doublé inédit de Demi Vollering sur les routes européennes, la tentation d’écrire une page jamais écrite pèsera dans la décision. Le calendrier des grandes courses, publié par France Galop, laisse jusqu’au printemps pour imaginer Daryz à nouveau au départ de Longchamp.
