Mondiaux de judo : à 20 ans, Dayyan Boulemtafes s’offre le bronze à Bakou quand Gaba et Cysique chutent

07/10/2026 à 09h36  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Pour ses premiers Mondiaux, le judoka du PSG a enchaîné les victoires jusqu'au podium des moins de 73 kg. Le même jour, le champion du monde en titre et une médaillée olympique ont quitté Bakou bien plus tôt que prévu.

Il n’avait encore jamais disputé de championnats du monde chez les seniors. Mardi 6 octobre, à Bakou, Dayyan Boulemtafes a pourtant quitté le tatami avec une médaille de bronze en moins de 73 kg, à 20 ans, au terme d’une journée qui a aussi vu tomber deux des cadres les plus attendus de l’équipe de France.

Les Mondiaux de judo, organisés en Azerbaïdjan du 4 au 11 octobre, sont le premier grand rendez-vous de l’olympiade qui mène à Los Angeles 2028. Chaque catégorie y livre son verdict en une seule journée, du premier tour à la finale, et le moindre faux pas renvoie un favori au vestiaire. Ce mardi en a donné une illustration saisissante, avec un podium inattendu d’un côté et deux désillusions de l’autre. Cette troisième journée dessine-t-elle déjà le visage du judo français des quatre prochaines années ?

Cinq combats pour un premier podium mondial

Le parcours de Dayyan Boulemtafes ressemble à une montée en puissance méthodique. Le judoka du Paris Saint-Germain a ouvert sa journée par une victoire arrachée au golden score face au Kazakh Angsarbek Gainullin, avant de dominer l’Australien Kohsei Toyoshima. En huitièmes de finale, il a écarté le Russe Danil Lavrentev, champion d’Europe 2024, puis l’Azerbaïdjanais Rashid Mammadaliyev en quarts, 5e mondial et vainqueur du Grand Chelem de Hongrie, devant un public acquis à son adversaire.

La demi-finale contre le Japonais Ryuga Tanaka a marqué la limite du jour. Le combat pour le bronze, lui, n’a laissé aucune place au doute : face à l’Israélien Yehonatan Elbaz, le Français a marqué un waza-ari rapide, ajouté un yuko, puis conclu par un ippon qui a scellé sa première médaille mondiale.

Ce podium prolonge une saison déjà remarquable. Au printemps, aux championnats d’Europe d’avril 2026, Dayyan Boulemtafes avait déjà décroché le bronze en battant Joan-Benjamin Gaba, ce qui l’avait fait passer du statut d’espoir à celui de concurrent direct. Son entraîneur en équipe de France, Franck Chambily, a résumé la performance sobrement en saluant le fait de « faire médaille de bronze aux Europe et aux Monde » à 20 ans. Le jeune homme, lui, a surtout retenu le travail accumulé.

Cette médaille représente vraiment le travail que j’effectue depuis trois mois.

Dayyan Boulemtafes, devant les journalistes à Bakou, le 6 octobre 2026, après sa médaille de bronze en moins de 73 kg

Le revers de Joan-Benjamin Gaba

La même catégorie a offert le scénario inverse au tenant du titre. Champion du monde en 2025, Joan-Benjamin Gaba arrivait à Bakou après une période de soins à l’épaule, et son tournoi s’est arrêté dès les seizièmes de finale. Un retour à la compétition au plus haut niveau laisse rarement le temps de retrouver ses repères : c’est la loi d’un format sans repêchage avant les quarts.

Le contraste avec son cadet saute aux yeux. Là où l’un enchaînait cinq combats victorieux sur six, l’autre n’a pas pu défendre la couronne mondiale conquise un an plus tôt. La hiérarchie des moins de 73 kg en France, longtemps établie, se retrouve ouverte à moins de deux ans des sélections pour Los Angeles, et c’est sans doute la vraie nouvelle de la journée.

La chute de Sarah-Léonie Cysique

Le moment le plus dur de la journée est venu en moins de 57 kg. Médaillée olympique à Paris en 2024, Sarah-Léonie Cysique s’était hissée en demi-finale, où l’attendait la Japonaise Akari Omori. Après quelques secondes de combat seulement, une chute sur la tête l’a laissée au sol, et la Française a quitté le tatami avec une minerve avant d’être transportée à l’hôpital.

Elle n’a donc pas pu disputer le combat pour la médaille de bronze, auquel sa victoire en quart lui donnait droit. Au-delà du résultat, l’image rappelle que le judo reste un sport de contact où la protection de la nuque prime sur tout et que la sécurité des athlètes passe avant toute médaille. Les nouvelles de son état seront suivies de près par tout le groupe France.

Un bilan d’étape à deux médailles

Après trois journées, la délégation française compte deux médailles de bronze au compteur, une moisson modeste au regard des ambitions affichées avant le départ. Le détail des podiums tricolores et des objectifs se lit en quelques lignes :

  • Shirine Boukli, bronze en moins de 48 kg le dimanche 4 octobre, son deuxième podium mondial ;
  • Dayyan Boulemtafes, bronze en moins de 73 kg le mardi 6 octobre, pour sa première participation ;
  • Stéphane Nomis, président de France Judo, a fixé un objectif de quatre titres mondiaux à Bakou ;
  • Teddy Riner a déclaré forfait pour ces championnats, privant l’équipe de son leader historique.

Le compte reste donc à zéro titre à mi-parcours, avec quatre journées individuelles encore à disputer avant l’épreuve par équipes mixtes du 11 octobre. Les catégories des poids moyens et lourds, traditionnellement fortes en France, doivent encore entrer en scène.

Les rendez-vous qui restent à Bakou

La suite du programme concentre une bonne part des espoirs tricolores. Clarisse Agbégnénou, qui vise un septième titre mondial dans sa carrière, fait partie des têtes d’affiche d’une sélection construite autour de l’expérience et de l’émergence. Son entrée en lice dira si la championne garde son rang face à une génération japonaise toujours aussi dense.

L’épreuve par équipes mixtes, programmée le 11 octobre, clôturera la semaine. C’est un format où la profondeur de banc compte autant que les individualités, et où l’absence de Teddy Riner pèsera dans les catégories lourdes. Les performances de la semaine, comme celle de Dayyan Boulemtafes, nourriront directement les choix de composition.

Ce relais entre générations s’inscrit dans un mouvement plus large, déjà perceptible quand le judoka le plus titré de l’histoire a annoncé qu’il préparait sa dernière olympiade. Le dimanche d’ouverture avait donné le ton avec le bronze de Shirine Boukli, et la jeunesse confirme désormais sa place sur les podiums.

Ce que révèle le bronze d’un judoka de 20 ans

Un podium mondial à 20 ans n’est jamais un aboutissement, plutôt une promesse qu’il faudra tenir pendant trois saisons. La concurrence interne en moins de 73 kg, où se croisent désormais un champion du monde 2025 et un médaillé 2026, pourrait devenir l’un des duels les plus suivis de l’olympiade. Les résultats complets et le programme des combats restent consultables sur le site de la Fédération française de judo.

Le judo français voit aussi dans ces trajectoires un argument pour les milliers d’enfants qui poussent la porte d’un dojo chaque rentrée. La discipline, la maîtrise des chutes et le respect de l’adversaire y précèdent toujours la médaille. Reste à savoir si les quatre jours qui viennent transformeront deux bronzes encourageants en semaine réussie, et si Bakou restera comme le point de départ d’une génération.

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