Il y a des soirées qui installent une joueuse dans une autre dimension. Dimanche 4 octobre 2026, devant 40 533 spectateurs réunis au Spotify Camp Nou, Clàudia Pina a inscrit quatre buts en une heure de jeu face au Real Madrid, dans un Clásico remporté 7-0 par le FC Barcelone en Liga F, le championnat espagnol féminin.
Un quadruplé dans un match de ce rang reste une rareté, même pour une équipe habituée à dominer l’Europe. Il raconte surtout le parcours d’une attaquante longtemps présentée comme un espoir, et qui assume désormais le rôle de leader offensif. Comment l’ancienne prodige du futsal catalan est-elle devenue la joueuse que tout le stade attendait ?
Une première mi-temps à sens unique
Le match a basculé avant même que le Real Madrid n’ait pu s’installer. Pina a ouvert le score dès la 4e minute, doublé la mise avant la demi-heure, puis complété son triplé avant la pause, sur une combinaison avec Patri Guijarro. À la mi-temps, le Barça menait déjà 5-0, Caroline Graham Hansen ayant elle aussi trouvé le chemin des filets.
Les statistiques publiées par Sofascore donnent la mesure de l’écart : 66 % de possession et 27 tirs pour les Barcelonaises, dont 11 cadrés, contre 8 tentatives madrilènes. Pina, elle, a converti ses quatre tirs cadrés avant de céder sa place à l’heure de jeu, et Sydney Schertenleib a participé à la suite d’une démonstration qui s’est achevée sur le score de 7-0.
Une soirée parfaite, chiffres à l’appui
Au-delà du score, plusieurs données relevées après la rencontre montrent l’efficacité clinique de l’attaquante barcelonaise :
- quatre buts sur quatre tirs cadrés, en soixante minutes de jeu ;
- 30 passes réussies sur 33 tentées, preuve d’une participation au jeu bien au-delà de la finition ;
- une note parfaite de 10 attribuée par Sofascore, rarissime sur un match de championnat ;
- le titre de joueuse du match, avec 1 910 votes de supporters sur 2 074.
Ces chiffres disent quelque chose de son profil. Pina n’est pas une pure finisseuse qui attend le ballon : elle décroche, combine et se projette, ce qui rend son marquage particulièrement délicat pour des défenses qui ont tendance à jouer haut. Le Real Madrid, pris sept fois au piège du hors-jeu, en a fait l’expérience.
De Montcada au Camp Nou, un parcours de prodige
Née à Montcada i Reixac, au nord de Barcelone, Clàudia Pina a été repérée à dix ans, en 2011, alors qu’elle jouait au futsal. Le football en salle a façonné sa technique en espace réduit, une école que l’on retrouve dans sa conduite de balle et sa frappe rapide. Le futsal séduit d’ailleurs de plus en plus de pratiquants, comme le montre l’essor du foot en salle chez les licenciés, et il reste un excellent terrain pour travailler l’agilité et les appuis.
Chez les jeunes du Barça, ses statistiques ont vite fait parler : 100 buts en 20 matchs lors d’une seule saison chez les catégories de jeunes. En janvier 2018, elle débute avec l’équipe première à 16 ans et 5 mois, ce qui faisait alors d’elle la plus jeune joueuse de l’histoire du club à ce niveau. La même année, elle reçoit le Ballon d’or de la Coupe du monde des moins de 17 ans en Uruguay, avec 7 buts en 6 matchs.
Le chemin n’a pas été linéaire pour autant. Écartée de la sélection espagnole pendant 26 mois, elle n’y est revenue qu’en novembre 2024, avant de marquer lors de la victoire 5-0 contre le Portugal à l’Euro 2025.
Une joie sans retenue après le Clásico
Après la rencontre, la Catalane n’a pas caché son émotion, selon les propos rapportés par Crónica Global. Elle a aussi glissé, avec humour, qu’elle se sentait « plus antimadridiste que Cata Coll », en référence à sa coéquipière gardienne.
Je ne m’y attendais pas. Je suis très heureuse. C’est une journée que je n’oublierai jamais.
Clàudia Pina, après la victoire 7-0 du FC Barcelone contre le Real Madrid au Spotify Camp Nou, le 4 octobre 2026
Son remplacement à l’heure de jeu avait une explication simple : elle sortait de gênes au genou et à la cheville, et le staff de Pere Romeu a préféré la préserver. Une prudence logique dans une saison qui s’annonce longue, entre championnat, coupes nationales et Ligue des champions.
Une attaquante devenue indispensable
La performance de dimanche prolonge une progression régulière. Sur la saison 2024-2025, Pina avait déjà signé 22 buts et 8 passes décisives en 40 matchs, dont 10 réalisations en Ligue des champions, avant de remporter la Coupe de la Reine en 2025. Depuis son retour à Barcelone en 2021, elle compte 70 buts et 42 passes décisives toutes compétitions majeures confondues.
Dans un effectif où brillent Aitana Bonmatí, Alexia Putellas ou Ewa Pajor, sa place n’est plus celle d’une remplaçante de luxe. Elle s’impose comme l’une des premières solutions offensives d’une équipe invaincue en ce début de saison, selon le calendrier publié sur le site officiel de la Liga F.
Le football féminin espagnol face à son propre écart
Un 7-0 dans un Clásico interroge aussi l’équilibre du championnat. Le Real Madrid, pourtant deuxième puissance du pays ces dernières saisons, a été dépassé dans tous les secteurs, alors même que l’affiche a attiré plus de 40 000 personnes. La différence de maturité entre un projet lancé en 2020 et une section féminine qui a fait du Barça une référence européenne reste visible.
Pour les clubs français, qui défient régulièrement ces équipes sur la scène continentale, comme l’OL et le Paris FC lors de la 2e journée de Ligue des champions, la soirée catalane sert de point de repère. Le niveau d’exigence fixé par Barcelone donne le tempo de toute la saison européenne, et Clàudia Pina en est désormais l’un des visages.
