Nadal rejoue 683 jours après sa retraite : le Team Rafa bat le Team Murray 4-3 à Manacor

04/10/2026 à 13h27  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Six doubles, un tie-break décisif et près de 2 000 spectateurs : pour les dix ans de son académie, Rafael Nadal a retrouvé le court avec Richard Gasquet face au Team Murray. Simple fête entre légendes, ou bien davantage ?

Samedi 3 octobre, sur le court central de Manacor, Rafael Nadal a rejoué devant du public pour la première fois depuis sa retraite. L’occasion n’avait rien d’un tournoi : la Rafa Nadal Academy fêtait ses dix ans avec une exhibition baptisée Rafa Nadal Academy Slam, où deux équipes de légendes s’affrontaient en double.

Le principe tient en une ligne : quatre anciens champions de chaque côté du filet, des paires qui tournent, des matchs courts et une victoire décrochée au bout d’un tie-break décisif. Derrière la fête, une question se pose pourtant à tous ceux qui suivent le tennis depuis vingt ans : que reste-t-il du jeu de Nadal après près de deux ans loin des courts ?

Une victoire 4-3 arrachée sur une volée de Nadal

Le Team Rafa et le Team Murray ont terminé à égalité, 3-3 après six matchs de double, selon le compte rendu publié par l’académie. Tout s’est donc joué sur une ultime rencontre, que Nadal a disputée aux côtés de Carlos Moyà face à Andy Murray et Fabio Fognini.

Le point final est venu d’une volée du Majorquin, d’après le site espagnol Punto de Break, devant près de 2 000 spectateurs réunis à Manacor. Le score de 4-3 résume bien l’esprit de l’après-midi : assez de suspense pour que le public reste debout, assez de légèreté pour que personne ne se blesse. La soirée s’est terminée sur un concert du chanteur David Bisbal.

683 jours sans compétition, quatre séances de tennis

Le dernier match officiel de Nadal remonte au 19 novembre 2024, en Coupe Davis à Malaga. Selon le site Tennis Raquette, 683 jours se sont écoulés depuis ce dernier match, une période pendant laquelle l’Espagnol n’a tenu une raquette qu’à quatre reprises.

Le chiffre surprend quand on se souvient de l’intensité de ses entraînements à l’époque des 22 titres du Grand Chelem, dont 14 sacres à Roland-Garros entre 2005 et 2022. Son corps, usé par des blessures à répétition au pied et à la hanche, a clairement pesé dans sa décision de tout arrêter.

Avant d’entrer sur le court, Nadal avait d’ailleurs prévenu le public, refusant de se présenter comme un compétiteur pour l’occasion.

Aujourd’hui, vous ne verrez pas un Rafa compétitif, aujourd’hui c’est pour le plaisir

Rafael Nadal, dans la matinée du Rafa Nadal Academy Slam, à Manacor, le 3 octobre 2026

La suite de la journée a nuancé cette prudence, puisque c’est bien lui qui a conclu le match décisif. Ce réflexe de gagnant intact se retrouve aussi chez ceux qui l’entouraient ce jour-là.

Deux équipes de retraités aux palmarès très différents

Sur les huit joueurs alignés, aucun n’est encore en activité sur le circuit, et certains l’ont quitté depuis longtemps. Le tableau suivant compare les deux effectifs, titres du Grand Chelem en simple et année de retraite.

JoueurÉquipeTitres du Grand ChelemRetraite
Rafael NadalTeam Rafa222024
Carlos MoyàTeam Rafa12010
David FerrerTeam Rafa02019
Richard GasquetTeam Rafa02025
Andy MurrayTeam Murray32024
Marat SafinTeam Murray22009
Dominic ThiemTeam Murray12024
Fabio FogniniTeam Murray02025

Le déséquilibre saute aux yeux : 23 titres majeurs côté Rafa contre 6 côté Murray, presque tous portés par le seul Nadal. Sur des matchs en super tie-break, ce palmarès ne pèse pourtant presque rien, et le 3-3 après six rencontres le prouve.

Le cas de Richard Gasquet mérite qu’on s’y arrête, car le Biterrois n’a raccroché qu’en 2025, à Roland-Garros. Comme nous le racontions, l’amitié née aux Petits As entre les deux joueurs de la génération 1986 expliquait sa présence aux côtés de Nadal plutôt que dans le camp adverse.

Dix ans d’académie et une expansion mondiale

L’événement célébrait d’abord un anniversaire : la Rafa Nadal Academy a ouvert le 19 octobre 2016 à Manacor, la ville natale du joueur. En une décennie, le centre est devenu une marque déclinée sur plusieurs continents, avec des implantations au Koweït, à Costa Mujeres, à Punta Cana, en Grèce, en Égypte, à Marbella et à Hong Kong.

L’académie annonce une ouverture au Brésil en 2027, puis à Lombok, en Indonésie, en 2028, comme le précise le compte rendu officiel de la Rafa Nadal Academy. Ce modèle de reconversion, où l’ancien champion devient un formateur et un nom commercial, se retrouve chez d’autres légendes, mais rarement à cette échelle.

Pour le grand public, ces centres sont aussi des lieux de stages ouverts aux amateurs, ce qui prolonge l’aura du joueur bien au-delà de sa carrière sportive. Cette deuxième vie du tennis, loin du classement ATP, rejoint une réalité que la science documente depuis longtemps.

Le tennis, un sport qui accompagne longtemps

Voir des joueurs de 33 à 50 ans s’amuser en double rappelle que la raquette se pratique à tout âge. Une étude danoise, la Copenhagen City Heart Study publiée en 2018 dans Mayo Clinic Proceedings, a comparé l’espérance de vie selon le sport pratiqué sur environ 8 500 adultes suivis pendant 25 ans :

  • tennis : 9,7 années de vie gagnées par rapport aux sédentaires ;
  • badminton : 6,2 années ;
  • football : 4,7 années ;
  • cyclisme : 3,7 années ;
  • natation : 3,4 années.

Les auteurs eux-mêmes avancent une explication sociale : les sports pratiqués à plusieurs offrent davantage d’interactions, un facteur qui compterait autant que l’effort physique. Le double, avec son jeu d’équipe et ses échanges, illustre parfaitement cette dimension.

Rien d’étonnant, dans ces conditions, à voir Andy Murray et ses partenaires rire entre deux points, même après des carrières marquées par des opérations lourdes, dont une prothèse de hanche pour le Britannique en 2019. Cette fête cache cependant une autre question, plus sensible pour le tennis espagnol.

Un retour qui n’en est pas un

Certains spectateurs espéraient sans doute un signal, une envie de rejouer quelques tournois. Le Majorquin a pourtant pris soin d’écarter cette lecture, et le format choisi ne laissait aucune ambiguïté : six doubles courts, un tie-break décisif, aucun simple.

Le tennis professionnel continue d’avancer sans lui, à l’image de Novak Djokovic qui retrouve Pékin à 39 ans, et la génération Alcaraz occupe désormais le devant de la scène. Nadal, lui, semble avoir trouvé sa place, celle d’un hôte qui transmet plutôt que d’un joueur qui compte ses points.

Reste ce que ce samedi dit de notre rapport au sport après la compétition. Les champions qui ont tout gagné reviennent sur un court pour le plaisir du jeu et des retrouvailles, sans classement ni chronomètre à surveiller. Pour beaucoup de pratiquants, c’est peut-être là que commence la partie la plus durable d’une vie de sportif.

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