Gaël Monfils tient sa wild-card : un dernier US Open pour ses 40 ans

06/08/2026 à 08h28  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

La Fédération française de tennis a attribué l'une de ses deux invitations pour l'US Open à Gaël Monfils, 326e mondial et bientôt quadragénaire. Le dernier Grand Chelem d'une carrière de vingt-deux ans se jouera donc à New York, sur une place qu'aucun classement ne lui devait.

La Fédération française de tennis a rendu publiques, mercredi, les deux invitations dont elle dispose pour le dernier tournoi du Grand Chelem de la saison. L’une revient à Léolia Jeanjean, l’autre à Gaël Monfils. Une wild-card, dans le vocabulaire du tennis, désigne une place offerte dans le tableau principal à un joueur que son classement n’y autoriserait pas : une porte ouverte à la discrétion de l’organisateur, hors de toute logique comptable.

L’objet est banal, il s’en distribue chaque semaine sur le circuit. Celui-ci ne l’est pas. Gaël Monfils, 39 ans, a annoncé que 2026 serait sa dernière saison professionnelle, et il n’entrait plus, avec un classement tombé au-delà de la 300e place mondiale, dans le tableau new-yorkais par la voie ordinaire. Sans invitation, sa carrière en Grand Chelem s’arrêtait à Roland-Garros, fin mai, sur un court Philippe-Chatrier en larmes.

Le tennis français s’apprête donc à regarder partir celui qui l’a le plus fait vibrer depuis vingt ans. Que reste-t-il à jouer, sportivement, quand on entre dans un tournoi en sachant qu’on n’y reviendra jamais ?

Une invitation qui n’avait rien d’automatique

Les deux wild-cards attribuées par la FFT ne sortent pas de nulle part : elles découlent d’un accord de réciprocité entre la fédération française et l’USTA, son homologue américaine, qui prévoit un échange d’invitations entre Roland-Garros et l’US Open. Chaque fédération dispose ainsi de deux places à offrir dans le tableau de l’autre, et arbitre seule entre ses candidats.

Léolia Jeanjean, 30 ans et 117e au classement WTA, a récupéré la première. Elle sort d’une saison régulière à ce niveau : un deuxième tour à Wimbledon décroché depuis les qualifications, deux deuxièmes tours en Masters 1000 sur terre battue, à Rome et à Madrid, et une qualification pour le tableau principal de Toronto. Un profil de joueuse installée aux portes du grand circuit, que quelques matches suffisent à faire basculer.

La seconde est allée à Gaël Monfils, et le choix ne relève pas du même calcul. À 326e mondial, avec trois victoires seulement en 2026, il n’est plus un investissement sportif. Il est une histoire que la fédération a choisi de laisser se terminer devant un public qui l’aime, comme d’autres invitations distribuées cet été sur le gazon ont récompensé un potentiel plutôt qu’un classement. Les organisateurs américains ne s’y sont pas trompés : Montréal et Cincinnati lui avaient déjà ouvert leurs portes.

Vingt-deux ans de circuit, dix-huit US Open

Le chiffre qui résume le mieux la longévité de Gaël Monfils n’est pas son nombre de titres, mais sa dix-huitième participation consécutive au tournoi de New York. Quelques repères suffisent à mesurer ce que représente une telle durée de vie sportive.

  • Professionnel depuis 2004, après un grand chelem junior qui l’avait désigné comme le talent de sa génération ;
  • 6e joueur mondial à son meilleur classement, seul Français de sa génération à avoir atteint ce rang ;
  • demi-finaliste à l’US Open en 2016 et à Roland-Garros en 2008, ses deux meilleurs résultats en Grand Chelem ;
  • dernier en activité des quatre joueurs nés en 1985-1986 qui ont porté le tennis français, avec Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet ;
  • quarante ans le 1er septembre, en plein tournoi new-yorkais.

Aucun joueur français n’a tenu aussi longtemps au contact du très haut niveau. La durée est devenue son principal fait d’armes, davantage que le palmarès qu’on lui prédisait à vingt ans.

Cette longévité a un prix, et il se paie ailleurs que sur le court.

Le poids inattendu d’une tournée d’adieux

Annoncer sa retraite un an à l’avance transforme chaque tournoi en cérémonie. Monfils l’a mesuré à Roland-Garros, où l’émotion a consumé plus d’énergie que les matches eux-mêmes, puis lors d’une coupure de deux mois qu’il décrit comme réparatrice. Il a reconnu s’être mis plus de pression qu’à l’ordinaire, par envie de bien faire, alors que jouer sous contrainte n’a jamais été sa manière.

Son objectif, il l’avait formulé sans détour quelques jours avant que la FFT ne tranche.

Avoir une wild-card à l’US Open, c’est le but ultime. J’espère vraiment l’avoir et, si possible, pouvoir bien l’honorer.

Gaël Monfils, lors du Media Day du Masters 1000 de Montréal, le 2 août 2026

Le mot honorer dit tout de la position dans laquelle il se trouve. Une invitation n’est pas un dû, et un joueur de 39 ans sait qu’il peut la gâcher en un set. L’enjeu n’est plus le classement, il est de ne pas décevoir ceux qui ont fait le choix de l’inviter.

Ce que vingt ans de circuit laissent dans un corps

Le tennis de haut niveau appartient aux sports d’usure : appuis répétés, changements de direction brutaux, saisons de onze mois. Chez Monfils, le catalogue des blessures a longtemps rythmé les saisons, poignet, genou, dos, sans jamais l’écarter durablement. Sa capacité à revenir a fasciné autant que ses gestes, et elle tient largement à un travail physique invisible depuis les tribunes.

Le paradoxe mérite d’être noté : la pratique intensive abîme, la pratique régulière protège. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé situent le seuil protecteur autour de 150 minutes d’activité modérée par semaine, très loin des charges d’entraînement d’un professionnel. Ce que le sportif amateur retient d’une telle carrière, ce n’est pas le volume, c’est la régularité et la faculté de reprendre après une interruption.

Un sport qui a appris à mettre en scène ses départs

La retraite annoncée d’avance est devenue une norme. Roger Federer, Rafael Nadal, Andy Murray ont chacun organisé leur sortie, avec dates, tournois choisis et hommages calibrés. Le phénomène dépasse le tennis : en France, la dernière olympiade annoncée par Teddy Riner obéit à la même mécanique de compte à rebours.

Cette mise en scène sert les fédérations, les diffuseurs et les sponsors, qui disposent d’un récit à vendre pendant douze mois. Elle sert aussi le public, qui sait quand venir applaudir. Elle place en revanche l’athlète dans une position inconfortable, sommé d’être ému et performant en même temps, deux états qui cohabitent mal.

Reste que le tennis français ne se résume plus à ce départ. L’été a vu trois joueurs ouvrir leur palmarès sur le circuit ATP en une semaine, dont un premier titre décroché à 21 ans au Mexique. La relève ne comble pas le vide laissé par une personnalité, elle change simplement de registre.

Après New York, une dernière page à Paris

La ligne d’arrivée est fixée en octobre, au Rolex Paris Masters, devant le public qui l’a vu grandir. Entre-temps, il y aura New York, un anniversaire à quarante ans et peut-être un dernier grand frisson sur le court central, celui où il a atteint le dernier carré il y a dix ans. Le résultat sportif y sera secondaire, ce qui n’arrive presque jamais dans une carrière professionnelle.

Le tennis français perdra en septembre une figure que le classement ne mesurait plus depuis longtemps, et dont la popularité tenait à autre chose qu’aux victoires. La FFT détaille sur son site officiel les conditions d’attribution de ces deux invitations. Reste une question que le sport tranche rarement bien : à quel moment un athlète doit-il s’arrêter, quand le public, lui, ne le lui demande jamais ?

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