Se lever de sa chaise reste, pour beaucoup, le seul mouvement notable d’une journée de travail. La sédentarité désigne précisément cela : le temps passé assis ou allongé pendant les périodes d’éveil, en dehors du sommeil, et elle se distingue du simple manque d’activité physique. On peut courir trois fois par semaine et rester sédentaire huit heures par jour, les deux notions ne se compensent pas.
Le ministère des Sports vient de dévoiler les lauréats de son appel à projets 2026 consacré à l’activité physique en milieu professionnel. Quarante dossiers ont été retenus, pour des actions qui démarreront dès la rentrée dans des administrations et des hôpitaux. Derrière cette mécanique administrative se cache une question qui concerne tous les pratiquants du dimanche : à quoi sert de s’entraîner le week-end si le reste de la semaine se passe assis ?
Un appel à projets qui a explosé en deux ans
Les chiffres publiés par le ministère disent quelque chose de l’évolution des mentalités. L’appel à projets 2026 a recueilli 254 dossiers déposés, contre 107 en 2024, soit un peu plus qu’un doublement en deux éditions. Les candidatures se répartissent entre la fonction publique d’État, à hauteur de 60 %, et la fonction publique hospitalière, pour les 40 % restants.
Le comité de sélection, réuni le 28 mai 2026, a retenu quarante projets : vingt-deux dans la fonction publique d’État, dix-huit dans les hôpitaux. Selon les estimations transmises par les structures lauréates, l’ensemble touchera entre 65 000 et 70 000 agents dès la première année. Le dispositif s’inscrit dans la Stratégie nationale sport-santé 2025-2030, et le détail des lauréats est consultable sur le site du ministère des Sports.
Des budgets modestes rapportés au nombre de bénéficiaires
L’enveloppe globale s’élève à 666 666 euros, financée par le programme budgétaire consacré au sport. Rapportée aux 70 000 agents visés, elle représente moins de dix euros par personne, ce qui situe assez bien l’ambition réelle du dispositif : amorcer des démarches plutôt que financer des équipements lourds.
Le comité a plafonné la subvention à 20 000 euros par projet, avec une moyenne accordée de 16 666,65 euros, alors que le montant moyen demandé atteignait 33 726 euros. Autrement dit, les porteurs de projets recevront environ la moitié de ce qu’ils espéraient. Ce grand écart entre la demande et l’offre publique dit à sa manière que l’appétit du terrain dépasse largement les moyens engagés.
Trois leviers que tout pratiquant peut reconnaître
Les projets financés devaient présenter une approche dite multifactorielle, articulée autour de trois axes. Ils recoupent assez précisément ce qui fait tenir une pratique personnelle sur la durée.
- Sensibiliser et informer sur les risques liés à la position assise prolongée, première étape sans laquelle rien ne bouge ;
- adapter l’environnement de travail, avec du mobilier actif, des circulations repensées et des espaces qui rendent le mouvement possible ;
- proposer une offre régulière d’activités encadrées, avec des créneaux identifiés et un accès à des lieux de pratique ;
- mesurer ensuite les effets, sur l’absentéisme comme sur le climat social, pour éviter que l’initiative ne s’éteigne au bout d’un trimestre.
Le troisième point est celui qui échoue le plus souvent. Une salle mise à disposition sans créneau protégé dans les agendas reste vide ; un cours de gymnastique programmé à 12 h 30 dans un service en tension ne survit pas à trois semaines de surcharge. La contrainte de temps pèse davantage que la motivation, et c’est vrai bien au-delà de la fonction publique.
Les mêmes mécanismes se retrouvent chez les salariés du privé qui tentent de transformer leurs trajets en séances, comme le montre l’exemple du vélo pour aller travailler, cette bonne résolution qui coince.
Ce que la santé publique a à y gagner
L’argument économique revient systématiquement dans les prises de position du mouvement sportif. Il a été formulé sans détour cet été par un collectif de trois cents personnalités du sport, dont la présidente du Comité national olympique et sportif français, dans une lettre ouverte réclamant plus de lisibilité sur les aides à la pratique.
Dans un pays où la sédentarité progresse, avec des conséquences majeures sur la santé publique, investir dans le sport est un choix de responsabilité. Chaque euro consacré à l’activité physique en épargne demain plusieurs à notre système de santé.
Extrait de la lettre ouverte signée par trois cents personnalités du sport, dont Amélie Oudéa-Castéra, publiée le 20 juillet 2026
Cette logique de prévention n’a rien de théorique. Les recommandations internationales situent le seuil protecteur autour de trente minutes d’activité modérée par jour, un objectif que la marche quotidienne suffit largement à atteindre pour la plupart des adultes. Le bénéfice porte sur le risque cardiovasculaire, sur le métabolisme et sur la qualité du sommeil comme sur l’humeur.
Le bureau, terrain d’entraînement improbable mais efficace
Un agent qui monte quatre étages à pied deux fois par jour accumule un volume d’effort que peu de séances de salle égalent sur une semaine. La force de ces micro-pratiques tient à leur régularité : elles ne demandent ni tenue, ni douche, ni créneau bloqué, et elles échappent aux arbitrages de fin de journée qui font sauter les séances prévues.
Les premières actions des projets lauréats démarreront en septembre 2026, dans le prolongement du mois national consacré à l’activité physique. Un bilan est prévu en juin 2027, avec deux critères d’évaluation : le nombre réel de bénéficiaires réguliers, et l’évolution des conditions de santé au travail avant et après.
Ce qui se joue au-delà des couloirs de bureau
Le mouvement au travail n’est pas seulement une affaire de santé individuelle. Il touche à la manière dont une société organise ses journées, à la place laissée au corps dans des métiers assis, et à l’écart croissant entre ceux qui trouvent le temps de bouger et ceux qui ne le trouvent pas. Ce n’est pas un hasard si les inégalités de pratique se creusent selon le milieu social bien plus que selon l’âge ou le sexe.
Quarante projets financés à hauteur de seize mille euros en moyenne ne renverseront pas cette tendance. Ils ont l’intérêt de rendre visible une question longtemps traitée comme un supplément d’âme dans les politiques de ressources humaines. La prochaine étape se jouera sur la généralisation, et sur la capacité des employeurs à considérer le mouvement comme une condition de travail plutôt que comme un avantage optionnel.
