2 600 clubs d’athlétisme débarquent sur Strava : ce que l’accord avec la FFA change pour votre pratique

01/10/2026 à 19h44  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

Les clubs de la Fédération française d'athlétisme peuvent désormais publier sorties, entraînements et événements sur Strava. Pour les millions de coureurs qui s'entraînent seuls, la porte du club n'a jamais été aussi proche, mais suffira-t-il d'un clic pour la pousser ?

Pendant longtemps, le coureur amateur a dû choisir entre deux mondes. D’un côté, le club d’athlétisme, sa licence, ses séances sur piste et ses entraîneurs diplômés ; de l’autre, l’application qui enregistre chaque sortie et la partage avec ses amis. Depuis l’annonce, le 21 septembre, d’un partenariat entre la Fédération française d’athlétisme et Strava, les deux univers ont désormais rendez-vous au même endroit.

Concrètement, les clubs affiliés à la FFA peuvent ouvrir un espace officiel et vérifié sur l’application pour y publier leurs sorties, leurs entraînements et leurs événements. Un simple outil de communication, ou un vrai changement pour celles et ceux qui courent seuls le dimanche matin sans jamais avoir poussé la porte d’un club ?

2 600 clubs face à 200 millions d’utilisateurs

Les ordres de grandeur expliquent l’intérêt des deux partenaires. La FFA fédère 2 600 clubs et environ 345 000 licenciés, quand Strava revendique plus de 200 millions d’utilisateurs dans le monde, selon les chiffres rapportés par Running Attitude lors de l’annonce. Le réseau de clubs le plus dense de France rejoint ainsi l’application que des millions de coureurs ouvrent après chaque séance.

En France, l’écart entre ces deux mondes est considérable. Le pays compte 13,2 millions de coureurs selon l’Observatoire du running, soit près de quarante fois plus que de licenciés à la fédération. C’est précisément cette masse de pratiquants autonomes que les clubs espèrent mieux toucher.

Ce que les clubs pourront proposer sur l’application

Le partenariat ne se limite pas à une vitrine. Selon la présentation qui en a été faite, les clubs disposent d’un espace qui leur permet de relayer quatre types de contenus auprès de leurs membres et des coureurs curieux :

  • leurs actualités, des résultats de compétition aux informations pratiques du club ;
  • des sorties et des entraînements ouverts, avec lieu, horaire et contenu de la séance ;
  • des événements, qu’il s’agisse d’une course organisée par le club ou d’un déplacement collectif ;
  • une communication directe avec leurs adhérents, sans passer par les messageries habituelles.

Pour un coureur qui hésite à se licencier, ces espaces offrent un aperçu concret de la vie d’un club, avant même de payer la moindre cotisation. Il devient possible de repérer une sortie longue le samedi matin près de chez soi et de voir à quoi ressemble l’ambiance du groupe.

Pourquoi la FFA mise sur le numérique

La fédération ne cache pas son objectif : retenir des adhérents dont les habitudes ont changé. Beaucoup de coureurs suivent déjà des plans en ligne, et 28 % des jeunes coureurs confient déjà leur plan à une intelligence artificielle, un signe que le conseil passe aussi par les écrans. Lors de l’annonce, Emmanuelle Jaeger, présidente déléguée de la FFA, a résumé l’enjeu.

Ce partenariat représente une opportunité unique pour la FFA de structurer des pratiques qui existent déjà dans nombre de nos clubs.

Emmanuelle Jaeger, présidente déléguée de la Fédération française d’athlétisme, lors de l’annonce du partenariat avec Strava, le 21 septembre 2026

La dirigeante voit dans ces outils un levier pour « fidéliser leurs adhérents et offrir davantage de flexibilité dans leur pratique ». La formule est révélatrice : le club ne veut plus imposer un seul créneau, il cherche à accompagner des coureurs qui s’entraînent aussi seuls, à leur rythme.

Ce virage n’est pas tout à fait nouveau. La fédération avait déjà proposé à ses clubs la plateforme de gestion de l’entraînement Nolio, adoptée par plus de 170 clubs selon J’aime courir, le média de la FFA, et enrichie de séances spécifiques au trail. Strava ajoute à cette boîte à outils ce qui lui manquait encore : la visibilité auprès des coureurs qui ne sont licenciés nulle part.

La course en groupe, une tendance déjà mesurée

Strava n’arrive pas sur ce terrain par hasard. Dans son rapport annuel Year in Sport publié en décembre 2025, l’application indiquait que le nombre de clubs créés sur sa plateforme avait presque quadruplé pour atteindre un million, avec des clubs de course multipliés par 3,5 en un an. Les utilisateurs y avaient échangé 14 milliards de kudos, ces encouragements virtuels qui rythment les fils d’activité.

Mel Jarrett, responsable des partenariats communautaires de Strava, estime que les clubs « créent du lien, encouragent une pratique régulière et donnent envie de progresser ensemble ». La régularité est justement ce qui manque le plus aux coureurs autonomes, plus exposés aux coupures de plusieurs semaines quand la motivation s’émousse.

Courir avec d’autres change aussi la façon de vivre l’effort. Le groupe impose une allure plus raisonnable sur les sorties longues et rend les séances difficiles plus supportables, ce qui aide à progresser sans brûler les étapes. Le bénéfice dépasse le chronomètre, puisque le lien social entretenu par une sortie hebdomadaire compte aussi pour le moral.

Les limites d’un club dans une application

Un espace sur Strava ne remplace pas un entraîneur. Les clubs de la FFA proposent un encadrement par des éducateurs formés, des séances adaptées au niveau de chacun et une licence qui ouvre l’accès aux compétitions officielles, autant d’éléments qu’un fil d’actualité ne transmet pas. Les 345 000 licenciés restent d’abord des adhérents avant d’être des abonnés.

La question des données personnelles se pose aussi, chaque sortie enregistrée révélant des lieux et des horaires réguliers. Masquer son point de départ et son domicile reste une précaution utile, d’autant plus pour les coureuses qui sortent seules tôt le matin ou le soir. Les réglages de confidentialité de l’application le permettent, encore faut-il les activer.

Du fil d’actualité à la piste

Le pari de la fédération est simple sur le papier : transformer une partie des millions de coureurs connectés en membres de clubs, ou au moins en participants réguliers à leurs sorties. Les informations sur les clubs, leurs créneaux et leurs licences restent consultables sur le site de la Fédération française d’athlétisme, qui garde la main sur l’adhésion et la compétition.

La vraie question est de savoir si suivre un club sur son téléphone suffira à franchir le pas, quand tant de coureurs disent courir d’abord pour se faire du bien. La motivation des sportifs amateurs tient davantage au plaisir qu’à la performance, et c’est sur ce terrain que les clubs seront attendus, bien plus que sur le nombre d’abonnés à leur page.

Associé à : , , , , , , , , , , ,

Vous appréciez cet article ?

Partagez-le avec vos proches Ajoutez-nous en source préférée