Romane Dicko en argent à Bakou : la deuxième étoile mondiale attendra

11/10/2026 à 11h17  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Battue en finale des +78 kg par une Sud-Coréenne de 19 ans, Romane Dicko repart de Bakou avec l'argent et une pointe d'amertume. Une médaille qui pose la question de la relève chez les lourdes, au moment où les Bleus jouent leur dernière carte par équipes.

Trois victoires nettes, puis une finale perdue face à une judokate de 19 ans. Samedi 10 octobre, Romane Dicko a décroché l’argent des +78 kg aux Mondiaux de Bakou, sa troisième médaille mondiale en individuel. Pour la Française, sacrée championne du monde en 2022 à Tachkent, ce métal a pourtant un goût amer.

Organisés du 4 au 11 octobre en Azerbaïdjan, les championnats du monde de judo restent le rendez-vous le plus relevé de la discipline hors Jeux olympiques. La catégorie des +78 kg, qui réunit les combattantes les plus lourdes, y refermait la semaine des épreuves individuelles. Une médaille d’argent est-elle alors une déception, ou la preuve d’une athlète toujours installée au sommet ?

Une journée maîtrisée jusqu’à la dernière marche

Dans la National Gymnastics Arena, Romane Dicko a déroulé son judo avec méthode. Au premier tour, face à l’Ouzbèke Kurbanbaeva, 30e mondiale, un ko-uchi-gari suivi d’une immobilisation en kami-shiho-gatame a suffi. Même scénario en quart de finale contre la Croate Helena Vukovic, numéro 7 mondiale, battue sur la même combinaison de crochet intérieur et de contrôle au sol.

En demi-finale, la Française a écarté la Russe Mariia Ivanova, celle-là même qui avait sorti Léa Fontaine dès les huitièmes de finale. D’après le récit de L’Esprit du judo, Dicko a gardé la manche de son adversaire pour l’amener au sol et l’y immobiliser. Sur le papier, la route vers un deuxième titre mondial semblait dégagée.

La finale a basculé en quelques secondes. La Sud-Coréenne Lee Hyeon-ji a placé un ashi-guruma, une projection en roue autour de la jambe adverse, avant d’enchaîner sur un hon-gesa-gatame que la Française n’a pas pu desserrer. Qui est donc cette jeune combattante capable de faire tomber l’ancienne reine de la catégorie ?

Lee Hyeon-ji, 19 ans, nouvelle figure des lourdes

Selon l’AFP, la nouvelle championne du monde n’a que 19 ans. Huit années séparent les deux finalistes, un écart qui en dit long sur la relève en train de s’installer chez les lourdes, longtemps dominées par des combattantes expérimentées.

Aux Jeux de Paris en 2024, Romane Dicko avait déjà dû se contenter du bronze, le titre olympique revenant à la Brésilienne Beatriz Souza. À Bakou, une nouvelle génération s’invite dans le cercle des favorites à moins de deux ans des Jeux de Los Angeles, et la Française devra composer avec elle. Son parcours plaide pourtant en sa faveur.

Un palmarès déjà rare dans le judo français

Née en septembre 1999, Romane Dicko a bâti en moins d’une décennie l’un des palmarès les plus complets de sa génération. Voici ses principales médailles mondiales et olympiques :

  • le bronze par équipes mixtes aux Mondiaux de Budapest en 2017 ;
  • le bronze individuel et l’or par équipes mixtes aux Jeux de Tokyo en 2021 ;
  • le titre mondial des +78 kg à Tachkent en 2022 ;
  • le bronze individuel et l’or par équipes mixtes aux Jeux de Paris en 2024 ;
  • le bronze aux Mondiaux de Budapest en 2025 ;
  • l’argent aux Mondiaux de Bakou en 2026.

Cette liste ne compte même pas ses nombreuses couronnes européennes. Elle montre surtout une constance au plus haut niveau rarement prise en défaut, ce qui rend la frustration exprimée samedi d’autant plus compréhensible.

L’ingratitude du judo, selon la principale intéressée

À chaud, la Française n’a pas caché sa déception. À 27 ans, elle sait mieux que personne que chaque podium mondial reste difficile à arracher, mais elle n’a pas masqué ce qu’elle était venue chercher en Azerbaïdjan : une deuxième étoile de championne du monde.

C’est l’ingratitude du judo. Un autre podium mondial, je ne vais pas cracher dessus parce qu’on sait que c’est tellement dur.

Romane Dicko, après sa finale des +78 kg aux championnats du monde de Bakou, le 10 octobre 2026, propos rapportés par l’AFP

Son entraîneuse Jane Bridge voit pourtant dans cette semaine la preuve d’une athlète qui continue d’évoluer. D’après elle, Dicko a « progressé beaucoup en coordination, en timing, en rythme », des qualités qui pèsent autant que la puissance chez les lourdes. Le constat vaut pour toute la délégation.

Quatre médailles et aucun titre pour les Bleus

L’argent de Dicko s’inscrit dans une semaine contrastée pour l’équipe de France, dont la sélection détaillée par la Fédération française de judo comptait 17 combattants, sans Teddy Riner, forfait. Après le bronze de Shirine Boukli en ouverture et la finale de Kaïla Issoufi en -78 kg la veille, voici le bilan des médailles tricolores :

AthlèteCatégorieMédailleDate
Shirine Boukli-48 kgBronze4 octobre
Dayyan Boulemtafes-73 kgBronze6 octobre
Kaïla Issoufi-78 kgArgent9 octobre
Romane Dicko+78 kgArgent10 octobre

Le contraste avec les ambitions affichées est net. Avant la compétition, le président de la fédération Stéphane Nomis disait croire à quatre médailles d’or sur ces championnats du monde, un total que la France n’avait atteint qu’à Paris, en 1997 et en 2011. Samedi soir, il reconnaissait sans détour : « On a manqué notre championnat, ce n’est pas notre place. »

Les équipes mixtes, dernière occasion avant la route de Los Angeles

Il reste une épreuve à disputer ce dimanche 11 octobre : le tournoi par équipes mixtes, format où la France a remporté l’or olympique à Tokyo puis à Paris. Chaque rencontre y oppose six combattants par nation, dont une combattante au-dessus de 70 kg, ce qui donne aux lourdes un rôle souvent décisif dans l’issue d’un match.

Au-delà du résultat, la semaine de Bakou dessine les contours de l’olympiade qui mène aux Jeux de Los Angeles, en juillet 2028, et que le judo français aborde aussi à travers la dernière olympiade de Teddy Riner. Dans les clubs, la discipline conserve un fort pouvoir d’attraction auprès des pratiquants : selon l’INJEP, les licences de judo ont progressé de 8,4 % en 2025 par rapport à 2024. Sport d’équilibre, de souplesse et de maîtrise de soi, le judo offre un travail complet du corps à tout âge.

La médaille de Romane Dicko pose surtout une question d’avenir : comment une favorite se réinvente-t-elle face à une relève qui ne la craint plus ? La réponse se jouera sur le circuit mondial dans les mois qui viennent, et chaque Grand Chelem de la saison 2027 dira si Bakou restera un accident ou marquera un tournant.

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