Mardi 6 octobre, à Wembley, Harry Kane a disputé un match de Ligue des nations comme il en a joué des dizaines. Capitaine, titulaire, auteur d’un doublé dans la victoire 3-0 de l’Angleterre contre la Tchéquie, il a surtout porté pour la 125e fois le maillot des Three Lions, un total que seul Peter Shilton avait atteint avant lui.
Une sélection, c’est une simple feuille de match ; en accumuler 125, c’est traverser une décennie de compétitions, de changements de sélectionneur et de concurrence sans jamais sortir du groupe. À 33 ans, l’attaquant du Bayern Munich égale un record vieux de 36 ans, établi par un gardien qui jouait encore une Coupe du monde à 40 ans. Comment un avant-centre longtemps jugé trop lent a-t-il fini par rejoindre ce monument du football anglais ?
Une soirée à Wembley qui rejoint l’histoire
Face à la Tchéquie, Harry Kane a fêté l’événement à sa manière, avec deux buts dans une victoire nette qui confirme la bonne santé de l’équipe d’Angleterre en Ligue des nations. Selon Footeo, Peter Shilton détenait seul ce record depuis 1990, année de sa dernière apparition sous le maillot national.
L’ancien gardien, aujourd’hui âgé de 77 ans, n’a pas tardé à saluer son successeur. Sur les réseaux sociaux, il s’est dit convaincu que le capitaine anglais le dépasserait dès le mois suivant, sans la moindre trace d’amertume.
Je suis sûr que tu le battras en novembre, et que tu établiras peut-être même un record qui ne sera jamais dépassé.
Peter Shilton, message publié sur X après Angleterre-Tchéquie à Wembley, le 6 octobre 2026
Le passage de témoin a quelque chose de rare dans un sport où les records se défendent souvent avec jalousie. Il a aussi un calendrier précis, puisque deux matchs attendent l’Angleterre en novembre : la Croatie à domicile le 12, puis l’Espagne à l’extérieur le 15.
Harry Kane, un parcours construit à contre-courant
Né en 1993 dans l’est de Londres, Harry Kane a longtemps été un pari. Prêté à plusieurs reprises par Tottenham durant sa jeunesse, il ne s’impose qu’au milieu des années 2010, avant de devenir le meilleur buteur de l’histoire des Spurs. Son départ pour le Bayern Munich, en 2023, a ouvert un nouveau chapitre où il enchaîne les saisons prolifiques en Bundesliga.
En sélection, tout a commencé en 2015 contre la Lituanie, à Wembley, dans une victoire 4-0. Entré en jeu, il avait marqué dès son premier match, un signe que les observateurs n’avaient pas encore su lire. Onze ans plus tard, d’après L’Attaquant, il totalise 91 buts sous le maillot anglais, un rythme qu’aucun attaquant du pays n’avait approché.
Un capitaine au centre du collectif anglais
Le brassard est arrivé tôt. Nommé capitaine avant la Coupe du monde 2018, Harry Kane a porté l’Angleterre jusqu’en demi-finale en Russie, puis jusqu’à deux finales consécutives de championnat d’Europe, perdues en 2021 face à l’Italie et en 2024 face à l’Espagne. Ces échecs au bout du chemin ont souvent nourri le procès d’un joueur qui marque beaucoup mais ne gagne pas.
Le principal intéressé a toujours pris le contre-pied de ce récit. Après la Tchéquie, il a rappelé devant les médias qu’il ne considérait jamais sa place comme acquise et que les objectifs de l’équipe passaient avant ses records. Ce discours, répété depuis des années, explique en partie la confiance que lui ont accordée tous les sélectionneurs successifs, de Gareth Southgate à ses successeurs.
Les records qui jalonnent sa carrière internationale
Égaler Peter Shilton n’est que la dernière ligne d’un palmarès individuel déjà chargé. Plusieurs étapes ont fait de lui la référence offensive de l’Angleterre moderne :
- meilleur buteur de la Coupe du monde 2018 en Russie, avec six réalisations ;
- meilleur buteur de l’histoire de la sélection depuis mars 2023, quand il a dépassé les 53 buts de Wayne Rooney ;
- joueur de champ le plus capé de l’histoire anglaise, après avoir dépassé Rooney pendant la Coupe du monde 2026 ;
- recordman des buts marqués par un Anglais en Coupe du monde, un cap franchi lors de cette même édition.
Ces marques racontent une constance rare chez un attaquant de pointe, poste exposé aux chocs et aux passages à vide. Elles expliquent aussi pourquoi la 125e sélection a été accueillie comme une évidence plutôt que comme une surprise.
Shilton, Rooney, Kane : trois époques du football anglais
Comparer les trois hommes revient à comparer trois manières de durer en sélection. Les chiffres posent des profils et des générations très différents :
| Joueur | Poste | Période en sélection | Sélections | Buts |
|---|---|---|---|---|
| Peter Shilton | Gardien | 1970-1990 | 125 | 0 |
| Wayne Rooney | Attaquant | 2003-2018 | 120 | 53 |
| Harry Kane | Attaquant | depuis 2015 | 125 | 91 |
La comparaison souligne l’ampleur du parcours de Shilton, qui a étalé ses 125 sélections sur vingt ans, à une époque où les calendriers internationaux étaient bien moins chargés qu’aujourd’hui. Kane, lui, a atteint le même total en onze ans, porté par la multiplication des compétitions comme la Ligue des nations.
Durer au plus haut niveau, une affaire de préparation
Disputer 125 matchs internationaux suppose d’enchaîner les saisons sans blessure majeure, et Kane a connu plusieurs alertes aux chevilles au cours de sa carrière. Sa longévité tient à une préparation physique devenue de plus en plus individualisée, à l’image de celle des grands joueurs de sa génération, comme Cristiano Ronaldo et ses 234 sélections avec le Portugal.
Ce souci de la durée parle aussi aux pratiquants du dimanche. Un entraînement régulier, une récupération respectée et un renforcement musculaire adapté permettent de prolonger le plaisir de jouer bien au-delà de 30 ans, sur un terrain de foot à cinq comme dans un club de quartier.
Un record qui en appelle d’autres
Le cas Kane rappelle que les records de sélections ne sont plus réservés aux gardiens au long cours. Partout en Europe, des attaquants repoussent les compteurs, comme Kylian Mbappé devenu recordman de buts en Coupe du monde, et la frontière entre longévité et efficacité s’efface peu à peu.
Le 12 novembre, face à la Croatie, Harry Kane pourrait devenir seul détenteur du record, et le site officiel de la fédération anglaise tiendra alors le compte d’une 126e sélection. Reste à savoir jusqu’où ce total peut grimper, et si la prophétie de Shilton sur un record jamais dépassé finira par se vérifier.
