Depuis le 1er octobre, les boîtes mail de dizaines de milliers de coureurs livrent leur verdict. Pour la première fois, l’accès au Marathon de Paris passe par un tirage au sort, et 166 000 candidats venus de 165 pays ont tenté leur chance pour l’édition du 4 avril 2027. Le Semi de Paris, couru le 7 mars, en a attiré 110 000 de son côté.
Le principe est simple : une inscription gratuite au tirage, ouverte du 8 au 30 septembre, puis un droit d’acheter son dossard pour les heureux élus. Ce changement, voulu par le nouvel organisateur Cadence Running United, met fin à la course au clic des années précédentes. Mais une fois le mail ouvert, que faire des six mois qui séparent un coureur amateur de la ligne de départ ?
Une loterie pour une 50e édition hors norme
La demande dépasse très largement l’offre. L’édition 2026 avait rassemblé près de 58 900 participants, et l’organisateur annonce au moins 35 000 dossards grand public attribués par la loterie, le reste relevant des associations caritatives, des entreprises et des voyagistes. Pour une course qui ne réunissait que 126 coureurs au bois de Boulogne lors de sa première édition, en 1976, le chemin parcouru donne le vertige.
Le phénomène dépasse Paris. Londres a enregistré 1,33 million de candidatures pour son marathon 2027, et la France compte désormais 13,2 millions de coureurs selon l’Observatoire du running. Le marathon est devenu un objectif de vie pour une génération de pratiquants, bien au-delà du cercle des athlètes licenciés.
La directrice générale de Cadence Running United, Anne Murac, a défendu ce choix dès le mois de septembre, en revendiquant une volonté de transparence et l’envie de « donner à tout le monde sa chance ». Le système a ses détracteurs, mais il change surtout la manière dont chacun doit organiser sa saison.
L’humilité est le maître mot. L’idée, c’est justement d’être une fête populaire.
Anne Murac, directrice générale de Cadence Running United, dans un entretien accordé à Stadion publié le 9 septembre 2026
72 heures pour transformer l’essai
Le premier piège est administratif. Les coureurs tirés au sort disposent de 72 heures pour confirmer leur inscription et régler leur dossard, faute de quoi la place est remise en jeu lors d’une nouvelle vague de tirage. Le tarif est unique : 169 euros pour le marathon, 79 euros pour le semi.
Un dispositif solidaire complète l’offre avec 1 000 dossards Passerelle à 50 euros, destinés notamment aux demandeurs d’emploi, aux étudiants boursiers et aux bénéficiaires du RSA ou de l’AAH. Les candidatures déposées en groupe, de deux à six personnes, ont aussi été nombreuses, avec plus de 14 000 équipes constituées pour le marathon. Une fois le paiement validé, le vrai calendrier commence.
Six mois pour se préparer sans brûler les étapes
Entre le 7 octobre et le 4 avril, il reste un peu moins de 26 semaines. C’est confortable, à condition de ne pas tout miser sur les derniers mois. Les plans d’entraînement spécifiques au marathon durent généralement entre 10 et 16 semaines, ce qui laisse tout l’automne pour construire une base d’endurance. Le découpage peut se penser en quelques grandes phases :
- d’octobre à décembre, des sorties régulières à allure facile, trois fois par semaine pour la plupart des amateurs, afin d’habituer le corps au volume ;
- autour du 10 janvier, le lancement d’un plan spécifique de 12 semaines, avec l’introduction des séances à allure marathon et d’une sortie longue hebdomadaire ;
- le 7 mars, le Semi de Paris pour ceux qui y sont inscrits, un test grandeur nature placé quatre semaines avant l’objectif ;
- les deux dernières semaines, une réduction du volume pour arriver frais sur les Champs-Élysées.
Cette progression a un intérêt qui dépasse le chrono. L’endurance fondamentale, pratiquée sur plusieurs mois, améliore la capacité cardio-respiratoire et limite le risque de blessure lié aux hausses de charge brutales, un écueil fréquent chez les débutants pressés.
Un premier marathon pour un coureur sur deux
La sociologie de l’épreuve rend cette préparation d’autant plus décisive. En 2026, 49 % des participants disputaient leur premier marathon, et 73,7 % découvraient l’épreuve parisienne. Autrement dit, une large part du peloton de 2027 n’aura jamais couru 42,195 km.
Le parcours, dont le tracé complet reste à dévoiler, partira des Champs-Élysées pour s’achever avenue Foch, avec des ravitaillements tous les 2,5 km. Rejoindre un club peut faciliter les choses : les structures affiliées à la Fédération française d’athlétisme proposent des groupes de préparation encadrés, un appui précieux pour gérer les sorties longues de l’hiver.
Le bénéfice ne se limite pas au jour J. Des mois de pratique régulière d’une activité d’endurance s’accompagnent souvent d’un meilleur sommeil et d’un moral plus stable, des gains que l’on garde bien après la médaille.
Recalé au tirage, les autres portes d’accès
Pour la majorité des candidats, la réponse sera négative. Tout n’est pas perdu pour autant : les dossards non confirmés repartent dans de nouvelles vagues, et une plateforme officielle de revente ouvrira le 1er décembre 2026. Les dossards engagés au profit d’associations, les inscriptions via une entreprise ou un voyagiste restent aussi possibles, à des tarifs souvent plus élevés.
Le calendrier français du printemps offre enfin d’autres marathons, moins saturés, où l’objectif reste le même. Organiser une course de cette taille a un coût que l’envers d’un marathon qui se lance illustrait bien, et les épreuves régionales comptent sur ces coureurs déçus pour remplir leurs sas de départ.
Un tirage au sort qui redessine la saison des amateurs
La loterie parisienne s’inscrit dans un mouvement plus large, déjà installé à Londres, Berlin ou New York, et que le trail connaît avec l’UTMB. Elle oblige les coureurs à penser leur saison en plusieurs scénarios plutôt qu’autour d’une seule date, avec un objectif principal et une solution de repli.
Elle pose aussi une question sur la place du marathon dans la pratique. Quand 166 000 personnes rêvent de la même ligne de départ, la course devient un symbole autant qu’un défi sportif, et la préparation elle-même devient le vrai projet. Celui qui aura couru tout l’hiver aura déjà gagné l’essentiel, qu’il prenne le départ le 4 avril à Paris ou ailleurs.
