Deux heures de sport en plus : le dispositif s’ouvre à tous les collèges publics volontaires

27/08/2026 à 13h41  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

L'instruction du 23 juillet, parue au Bulletin officiel du 25 août, ouvre le dispositif Deux heures de sport en plus à tous les collèges publics volontaires. Gratuit pour les familles et financé par l'État, il arrive avec un calendrier serré et des critiques intactes.

Deux tiers des garçons et trois quarts des filles de l’âge du collège ne pratiquent pas l’heure d’activité physique quotidienne recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. C’est ce constat, rappelé noir sur blanc dans un texte officiel publié cette semaine, qui a donné naissance en 2023 au dispositif Deux heures de sport en plus au collège, une offre de pratique proposée en dehors des cours, gratuite pour les familles et distincte de l’éducation physique et sportive.

Le dispositif changeait d’échelle chaque année sans jamais franchir le cap de la généralisation. L’instruction ministérielle du 23 juillet 2026, parue au Bulletin officiel spécial du 25 août, vient de lever la principale restriction : tous les collèges publics volontaires peuvent désormais candidater, et non plus les seuls établissements de l’éducation prioritaire. Une ouverture suffit-elle à transformer un dispositif jugé complexe en réflexe de rentrée ?

Ce que l’instruction du 23 juillet fait bouger

Le texte, signé par le directeur des sports Jérôme Fournier et par la directrice générale de l’enseignement scolaire Caroline Pascal, tire les conclusions de trois années d’expérimentation. Le bilan reconnaît la pertinence de l’objectif pour les collégiens éloignés d’une pratique régulière, mais admet aussi que le dispositif reste perçu comme complexe à mettre en œuvre par les équipes.

Des groupes de travail réunissant la direction des sports, la direction générale de l’enseignement scolaire et les parties prenantes ont abouti à une version plus opérationnelle. La principale simplification tient à l’autonomie laissée aux établissements : les chefs d’établissement définissent eux-mêmes les modalités locales, avec l’appui de la communauté éducative et notamment des professeurs d’EPS.

La sélection des projets se fait au niveau départemental, sous le pilotage du directeur académique des services de l’éducation nationale. Charge à lui de choisir l’instance de décision, entre le comité départemental sport-éducation, le groupe d’appui départemental ou une formation ad hoc réunissant chefs d’établissement, représentants des professeurs d’EPS et acteurs du mouvement sportif.

Un dispositif pensé pour ceux qui ne font pas de sport

La philosophie du dispositif tient en quelques principes que l’instruction énonce explicitement, et qui expliquent pourquoi il ne ressemble ni à un cours d’EPS ni à un entraînement de club :

  • une organisation entièrement située en dehors des temps d’enseignement ;
  • une palette d’activités volontairement ludique, éloignée des codes de la compétition classique ;
  • une attention particulière portée aux jeunes filles et aux élèves à besoins éducatifs particuliers ;
  • un objectif affiché de santé physique, mentale et sociale, plus que de performance.

La cible reste identique depuis l’origine : les collégiens inscrits ni à l’association sportive scolaire ni en club. Les élèves déjà pratiquants peuvent participer, à condition que leur présence serve l’engagement du public prioritaire. Ce ciblage prolonge un constat déjà bien documenté sur le seuil d’activité que la grande majorité des adolescents n’atteint pas.

Les établissements qui expérimentent depuis 2025 le test d’aptitudes physiques développé par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance pourront s’appuyer sur ces résultats pour repérer les élèves concernés.

Qui paie, et combien

La gratuité pour les familles constitue le point central du montage financier. Le ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative prend en charge l’intégralité de la prestation assurée par la structure sportive partenaire, à raison d’une séance hebdomadaire de deux heures.

Le plafond a été fixé de manière indicative à 9 000 € par an et par établissement, pour deux séances hebdomadaires sur trente semaines. Chaque séance de deux heures est financée à hauteur de 150 € TTC au maximum, dont 15 % peuvent être consacrés aux frais annexes de transport ou de petit matériel, soit 22,50 € par séance.

Les intervenants ne viennent pas seulement des clubs affiliés aux fédérations agréées. L’instruction ouvre la porte aux associations de jeunesse et d’éducation populaire, aux structures de loisirs sportifs marchands et même aux auto-entrepreneurs. Les unions sportives scolaires, elles, sont explicitement exclues du périmètre : le dispositif ne doit pas se substituer à l’offre existante, mais la compléter.

Chaque convention passe par le service départemental à la jeunesse, à l’engagement et aux sports, qui vérifie l’honorabilité des intervenants et la validité des cartes professionnelles avant transmission pour signature.

Un calendrier qui court jusqu’à la mi-décembre

La rentrée 2026 se joue en réalité sur un calendrier administratif serré. Les appels à candidatures sont partis dès juillet, les vagues de sélection s’échelonnent de septembre à la mi-novembre, et les conventions définitives doivent être transmises avant le 15 novembre 2026 pour espérer un paiement sur l’exercice budgétaire en cours.

L’ensemble des crédits doit être engagé avant la clôture de gestion, aux environs de la mi-décembre. Une clause de fongibilité régionale permet de réallouer les enveloppes départementales non consommées à l’intérieur d’une même région académique. L’évaluation, obligatoire, se fera en deux temps : un recensement fin 2026, puis un questionnaire aux chefs d’établissement en juin 2027 mesurant notamment le décrochage des élèves en cours d’année.

Les professeurs d’EPS restent sur leur réserve

L’ouverture du dispositif ne dissipe pas les critiques qui l’accompagnent depuis son lancement. Le syndicat majoritaire des enseignants d’éducation physique conteste moins le principe que l’ordre des priorités budgétaires qu’il révèle, et milite depuis plusieurs années pour quatre heures d’EPS hebdomadaires plutôt que pour des dispositifs périphériques.

Les mesures prises, tests physiques, 30 minutes d’APQ, 2 heures de sport, ne fonctionnent pas et ne sont qu’une réponse inappropriée à un manque d’investissement de l’État dans l’école, l’EPS et le sport.

SNEP-FSU, syndicat majoritaire des professeurs d’éducation physique et sportive, communiqué publié le 4 avril 2025

Le reproche porte aussi sur la méthode. Les organisations syndicales regrettent d’avoir été peu associées aux arbitrages, alors même que les horaires réglementaires d’EPS ne sont pas toujours respectés, faute d’installations à proximité ou de remplaçants. Un dispositif financé hors du temps scolaire ne règle évidemment pas ces contraintes, et l’instruction ne prétend pas le faire.

Ce que la rentrée dira du pari

La question posée à cette rentrée n’est plus celle de l’ambition affichée, mais celle du nombre. Le dispositif avait été testé dans environ 715 établissements pendant deux ans ; la France en compte près de 7 000 dans le public. L’écart entre ces deux chiffres mesure précisément ce que l’ouverture aux volontaires doit encore combler, et rien ne garantit que la levée du critère d’éducation prioritaire suffise à mobiliser les équipes.

Le pari repose sur une intuition que les données de pratique valident largement : un adolescent qui ne fait pas de sport n’en fera pas davantage parce qu’on lui propose une compétition de plus. Les écarts de pratique selon le milieu social restent l’un des angles morts les plus tenaces du sport français, et ce sont eux que le dispositif entend attaquer par le bas, sans licence ni classement.

Reste à savoir ce que produira, dans les faits, une offre financée pour une année scolaire et évaluée sur le seul critère de l’assiduité. Les familles, elles, verront surtout arriver une proposition gratuite au moment où elles arbitrent leurs inscriptions, quelques semaines après la reconduction de l’aide à l’inscription en club. Le texte intégral de l’instruction est consultable sur le Bulletin officiel de l’Éducation nationale, avec le détail des enveloppes département par département.

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