Margot Chevrier revient, Clément Ducos renonce : les Bleus arrivent à Birmingham amputés

06/08/2026 à 15h28  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Sept absences majeures, un forfait de dernière minute et neuf premières sélections : l'équipe de France d'athlétisme aborde les Championnats d'Europe dans une composition que personne n'avait prévue. Le retour de Margot Chevrier, lui, se raconte sur deux ans et demi.

L’équipe de France d’athlétisme s’envole pour Birmingham avec une liste de 80 noms et une autre, plus discrète, qui compte presque autant de renoncements. Les Championnats d’Europe s’ouvrent lundi 10 août à l’Alexander Stadium, et la délégation tricolore y arrive dans un état qui résume assez bien la vie d’une équipe nationale à la fin d’une longue saison. Un championnat continental se joue autant sur les présents que sur les absents, puisque les points d’une nation se construisent sur la profondeur de son effectif.

Deux visages illustrent ce paradoxe. Margot Chevrier réapparaît en bleu deux ans et demi après une fracture ouverte de la cheville gauche subie aux Mondiaux en salle de Glasgow. Clément Ducos, lui, a renoncé mardi, à six jours du début des épreuves. Que reste-t-il d’une ambition collective quand les blessures ont retiré autant de titulaires ?

Un forfait annoncé six jours avant l’ouverture

Le hurdler du 400 mètres haies a annoncé son retrait sur ses réseaux sociaux, expliquant une infection pulmonaire installée depuis plusieurs semaines. Le diagnostic tardif a transformé une gêne respiratoire en perte de masse musculaire, ce qui rend toute compétition de haut niveau impossible sur une épreuve aussi exigeante.

Depuis six semaines, une infection pulmonaire, diagnostiquée bien trop tard, m’empêche de m’entraîner et a considérablement dégradé mon état musculaire.

Clément Ducos, sur son compte Instagram, le 4 août 2026

Ce type de forfait tardif est fréquent en athlétisme, discipline où la charge d’entraînement laisse peu de marge face à une infection. Une pathologie respiratoire prolongée réduit la capacité de transport de l’oxygène et entraîne une fonte musculaire rapide, deux effets que quelques jours de repos ne compensent pas.

Sept absences pesantes, une longue convalescence en moins

La liste des manquants est longue et touche plusieurs secteurs à la fois. Elle prive la France de plusieurs de ses meilleures chances de médaille.

  • Kevin Mayer, dont la carrière au décathlon a été rythmée par les pépins physiques ;
  • Cyréna Samba-Mayela, championne d’Europe en titre du 100 mètres haies, absente de la défense de son titre ;
  • Sasha Zhoya et Wilhem Belocian, deux hurdlers du 110 mètres haies ;
  • Yann Schrub et Sarah Madeleine sur les longues distances ;
  • Cassandre Beaugrand, la triathlète devenue une valeur sûre sur piste ;
  • Alexandra Tavernier, absente cette saison pour cause de maternité.

Le contraste est net avec le retour de Margot Chevrier. La perchiste avait subi une fracture ouverte de la cheville gauche en mars 2024, une blessure dont l’image avait marqué les téléspectateurs. Elle revient avec 4,55 mètres franchis cette saison, à seize centimètres de son record personnel. Deux ans et demi séparent la chute du retour en sélection, un délai qui donne la mesure de la reconstruction.

Le renoncement de la championne d’Europe du 100 mètres haies avait déjà été acté fin juillet et privé la France d’un titre à défendre. Depuis, la liste s’est allongée.

Une équipe plus jeune qu’elle n’en a l’air

Les chiffres de la sélection racontent un renouvellement en cours. La moyenne d’âge s’établit à 27,4 ans et le nombre moyen de sélections à 7,25 par athlète, ce qui masque des écarts considérables entre les générations présentes.

RepèreAthlèteDonnée
La plus expérimentéeMélina Robert-Michon75 sélections, 9e Championnats d’Europe
Le plus capé chez les hommesAurélien Quinion25 sélections, 3e Championnats d’Europe
La plus jeuneMéta Tumba20 ans et 2 mois
Le plus jeuneDylan Mileau20 ans et 11 mois

Neuf athlètes découvrent l’équipe de France A en individuel, parmi lesquels Samuel Vessat sur 400 mètres, Augustine Haquet sur 1500 mètres, Clara Entresangle et Pierre Boudy sur 3000 mètres steeple. Un tel volume de premières sélections dans un championnat majeur reste inhabituel, et il découle directement des forfaits.

La dynamique n’est pas née cette semaine : les championnats de France disputés à Albi avaient déjà montré qu’une génération poussait derrière les cadres installés.

Ce qu’il reste comme chances de médaille

Trois tenants du titre sont présents : Alexis Miellet et Alice Finot sur 3000 mètres steeple, Gabriel Tual sur 800 mètres. Jimmy Gressier, champion du monde du 10 000 mètres, s’alignera sur deux distances, le 5000 et le 10 000 mètres, un doublé qui exige une gestion millimétrée de la récupération. Trois Français dominent par ailleurs les bilans européens de la saison dans leur épreuve, avec Azeddine Habz sur 1500 mètres, Just Kwaou-Mathey sur 110 mètres haies et Yann Chaussinand au marteau.

Deux manques restent visibles dans la sélection. Aucun relais 4×100 mètres n’a été engagé, et aucune Française n’a atteint les minima du marathon, fixés à 2 h 23′30″. Le recordman de France du 1500 mètres figure en revanche parmi les rares Bleus attendus au sommet dès sa première course.

Un précédent qui pèse sur les attentes

L’histoire récente de la France dans cette compétition oscille fortement. Vingt-cinq médailles à Zurich en 2014, un record encore inégalé. Dix à Berlin en 2018. Neuf à Munich en 2022, sans le moindre titre. Puis seize à Rome il y a deux ans, troisième meilleure campagne continentale de son histoire. Ces variations traduisent moins un niveau qu’un état de forme collectif, très dépendant du calendrier et des blessures.

La sélection complète et le programme des épreuves sont consultables sur le site de la Fédération française d’athlétisme. Une comparaison brute des bilans de médailles a d’ailleurs ses limites : le nombre d’épreuves et la concurrence continentale évoluent d’une édition à l’autre.

Ce que les corps disent d’un calendrier

L’accumulation des forfaits interroge la densité d’une saison qui enchaîne meetings, championnats nationaux et rendez-vous internationaux de mai à septembre. Les athlètes de haut niveau vivent en permanence à la limite de la rupture, là où une infection banale suffit à effacer une année de préparation. Le sportif amateur connaît une version atténuée du même mécanisme, quand une reprise trop rapide après un épisode grippal se solde par plusieurs semaines de plus à l’arrêt.

Birmingham dira si une équipe amputée peut compenser par sa jeunesse ce qu’elle a perdu en certitudes. La réponse intéressera au-delà du décompte des podiums, car elle indiquera si le renouvellement engagé depuis les Jeux tient debout sans ses figures les plus connues.

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