Un forfait, dans le vocabulaire de l’athlétisme, désigne le renoncement d’un athlète engagé à disputer une compétition. Celui annoncé lundi 27 juillet par Cyréna Samba-Mayela n’a rien d’anodin : la hurdleuse française devait défendre à Birmingham, du 10 au 16 août, le titre européen du 100 mètres haies conquis à Rome en 2024.
À 25 ans, la Francilienne était la seule médaillée de l’athlétisme français aux Jeux de Paris 2024, où elle avait décroché l’argent derrière la Portoricaine Jasmine Camacho-Quinn. Elle détient toujours le record de France de la discipline en 12″31, référence qu’aucune autre Française n’a approchée.
Comment une athlète revenue au premier plan il y a quelques semaines à peine se retrouve-t-elle contrainte de renoncer au seul objectif de sa saison ?
Une préparation tronquée depuis plusieurs semaines
La championne d’Europe en titre a annoncé sa décision sur son compte Instagram, dans un message accompagné d’une photo en noir et blanc, crampons à la main. Elle y explique faire face à des douleurs physiques qui l’ont déjà privée des championnats de France, disputés ce week-end à Albi, et reconnaît que sa préparation a été fortement tronquée.
À ce stade, je ne pense pas être en mesure de rattraper en si peu de temps le retard accumulé et d’être au niveau d’exigence nécessaire pour défendre dignement mon titre de championne d’Europe.
Cyréna Samba-Mayela, message publié sur son compte Instagram le 27 juillet 2026 pour annoncer son forfait aux championnats d’Europe de Birmingham
La décision a été prise sur avis médical, en accord avec la Fédération française d’athlétisme et son entourage. L’athlète assure qu’il ne s’agit que d’un contretemps et annonce concentrer son énergie sur sa rééducation, une formulation qui laisse entendre un retour visé dès la saison prochaine.
Deux ans de montagnes russes
Le parcours récent de Samba-Mayela ressemble à un cas d’école des carrières de sprint moderne. L’été 2024 avait été celui de la consécration : titre continental à Rome, puis argent olympique devant son public au Stade de France.
La saison 2025 a été quasiment vierge, effacée par une blessure à un mollet. Le corps du hurdleur encaisse des contraintes particulières : dix obstacles en une centaine de mètres imposent une répétition d’appuis violents, avec une jambe d’attaque et une jambe d’esquive dont les rôles ne sont pas interchangeables.
Le printemps 2026 avait pourtant tout d’une renaissance. Le 20 juin au Texas, où elle s’entraîne, la Française a signé 12″50, deuxième performance européenne de la saison à cette date. Elle avait elle-même parlé de sortie des enfers. Ce redressement, que nous avions décrit à la mi-juillet, n’aura pas tenu jusqu’au rendez-vous européen : forfait de dernière minute au meeting de Paris fin juin, puis absence à Albi.
La hiérarchie européenne sans la championne en titre
Les tableaux de World Athletics permettent de mesurer précisément ce que la France perd à Birmingham. Voici les quatre meilleures performances européennes de la saison sur 100 mètres haies.
| Athlète | Nation | Chrono 2026 | Rang européen |
|---|---|---|---|
| Nadine Visser | Pays-Bas | 12″41 | 1re |
| Pia Skrzyszowska | Pologne | 12″44 | 2e |
| Cyréna Samba-Mayela | France | 12″50 | 3e |
| Sacha Alessandrini | France | 12″53 | 4e |
Neuf centièmes séparent la Néerlandaise de la Française : sur une finale de 100 mètres haies, cela représente moins d’un mètre à l’arrivée. Autrement dit, Samba-Mayela partait avec une chance de podium réelle, et probablement la meilleure de la délégation tricolore.
Son absence ne laisse pourtant pas la France sans représentante sur la ligne de départ, et la relève porte un nom depuis dimanche.
Alessandrini hérite d’un couloir et d’une attente
Sacha Alessandrini, 27 ans, a été sacrée championne de France ce week-end à Albi en 12″81. Son meilleur chrono de la saison, 12″53 réalisés à Montgeron à la mi-juin, la place au quatrième rang européen, à trois centièmes seulement de sa compatriote forfait.
Le contexte change tout pour elle. Longtemps installée dans le rôle de doublure d’une championne olympique, elle devient la seule chance française sur la distance, avec la pression et la visibilité qui vont avec. Les championnats d’Europe se disputent en trois tours, séries, demi-finales puis finale, un format où la fraîcheur compte autant que le chrono de référence.
Une délégation française qui se cherche
Le forfait de Samba-Mayela s’ajoute à d’autres mouvements qui redessinent l’équipe de France avant Birmingham, dont la situation compliquée du recordman national du 1 500 mètres, seulement sixième à Albi. Plusieurs signaux méritent d’être suivis d’ici au 10 août, entre annonces fédérales, formes de fin de saison et objectifs révisés.
- La liste complète des sélectionnés est dévoilée mercredi 29 juillet par la fédération, après une première vague annoncée le 21 juillet ;
- le sprint français a trouvé un renfort inattendu avec le record de France du 400 mètres battu dimanche à Albi ;
- plusieurs athlètes majeurs manqueront à l’appel, ce qui rebat les objectifs de médailles annoncés en début de saison ;
- le calendrier estival, très dense, a fragilisé les organismes après une saison démarrée en salle dès janvier.
Le programme et les listes officielles sont publiés par European Athletics, l’instance qui organise la compétition. Ces quatre paramètres décideront du bilan tricolore bien plus sûrement que les pronostics de juin, établis quand la championne d’Europe paraissait relancée.
Le prix caché des calendriers trop pleins
Le cas Samba-Mayela dépasse le seul athlétisme. Entre les circuits internationaux, les meetings de la Diamond League, les championnats nationaux et les grands rendez-vous internationaux, la saison d’un athlète de haut niveau ne connaît plus de vraie coupure. Les fenêtres de récupération se réduisent à mesure que les contrats de diffusion se multiplient.
Les blessures répétées de la meilleure hurdleuse française, dans une discipline où la précision des appuis ne tolère aucune approximation, illustrent une tension que le sport professionnel n’a pas résolue : la performance se construit sur la répétition, et se détruit sur la répétition de trop.
Reste à observer ce que la fédération fera de cette alerte. Le retour d’une championne olympique se prépare rarement dans l’urgence, et les Jeux de Los Angeles se profilent en 2028. Ce qui se joue à Birmingham compte ; ce qui se décide dans les mois suivants comptera davantage.
