Azeddine Habz, le recordman du 1500 m qui porte les espoirs français avant l’Euro

22/07/2026 à 09h57  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

En effaçant un record de France vieux de vingt-deux ans, Azeddine Habz a réveillé le 1500 mètres tricolore. Portrait d'un demi-fondeur au parcours atypique, devenu un leader des Bleus à l'approche des Championnats d'Europe.

Pendant vingt-deux ans, un chrono a résisté à toute une génération de coureurs français. Le record de France du 1500 mètres, propriété de Mehdi Baala depuis 2003, semblait presque intouchable, figé dans le marbre du demi-fond tricolore. Beaucoup de talents s’y sont cassé les dents, sans jamais s’en approcher vraiment.

Puis un homme discret, né au Maroc et venu tard à la France, l’a effacé d’un souffle. Azeddine Habz n’est pas un prodige révélé à l’adolescence : c’est un coureur patient qui, à plus de trente ans, s’est hissé parmi les meilleurs demi-fondeurs de la planète. Son ascension raconte autant une trajectoire personnelle qu’un réveil du 1500 mètres français.

Comment un athlète longtemps resté dans l’ombre est-il devenu, à l’aube de la trentaine passée, le fer de lance d’une nation sur la distance reine du demi-fond ?

Une soirée qui a fait basculer le demi-fond français

Le 20 juin 2025, au stade Charléty, Azeddine Habz a transformé une simple course en moment d’histoire. En s’imposant au meeting de Paris, étape de la Ligue de diamant, il a bouclé son 1500 mètres en 3′27″49, effaçant le vieux record de Mehdi Baala (3′28″98) avec près d’une seconde d’avance. Un chrono qui le propulse au sixième rang des meilleurs performeurs de l’histoire sur la distance, et signe au passage la meilleure performance mondiale de l’année 2025.

La course elle-même fut d’un niveau rare. Habz a résisté au retour du Kényan Phanuel Koech (3′27″72) et du Britannique George Mills (3′28″36), dans une empoignade où treize athlètes sont passés sous les 3′31″. Sur le moment, l’émotion a submergé le Français, incapable de mesurer la portée de son exploit. Sur ses chaussures, il avait pourtant inscrit le chiffre 3′28″ comme objectif : il a fait mieux que le rêve qu’il s’était fixé, et devant sa mère venue l’encourager dans les tribunes de Charléty.

À Paris, c’est magique. Ma mère était là pour m’encourager et ça m’a donné des ailes. Je me suis senti porté dans les 400 derniers mètres. C’est incroyable, je n’arrive pas encore à réaliser

Azeddine Habz, au micro de La Chaîne L’Équipe après son record de France, le 20 juin 2025 au meeting de Paris

Du Maroc à Charléty, un chemin peu banal

Rien ne prédestinait Azeddine Habz à ce sommet. Né le 19 juillet 1993 et formé au Maroc, il rejoint la France en 2012 et n’endosse le maillot tricolore qu’à partir d’août 2018, après avoir obtenu la nationalité française. Étudiant en sociologie, il a construit sa carrière loin des projecteurs et des trajectoires balisées des jeunes espoirs repérés très tôt. Il aura fallu attendre ses trente ans passés pour qu’il rejoigne l’élite mondiale, preuve qu’en demi-fond la maturité pèse parfois plus lourd que la précocité.

Cette maturité tardive, longtemps perçue comme un handicap, est devenue sa force. Là où beaucoup de demi-fondeurs plafonnent après vingt-cinq ans, lui a continué de progresser saison après saison, jusqu’à trouver son meilleur niveau à un âge où d’autres songent à ralentir. Le coureur qui vient de fêter ses trente-trois ans incarne une forme de patience à contre-courant du sport de haut niveau.

Ce qui fait la force d’un demi-fondeur d’élite

Derrière un record, il y a un ensemble de qualités qui se travaillent pendant des années. Le parcours d’Azeddine Habz permet d’en dresser la liste, tant il coche méthodiquement chaque case du demi-fondeur accompli :

  • une pointe de vitesse redoutable dans les 400 derniers mètres, là où se gagnent et se perdent les grandes courses de 1500 m ;
  • une intelligence tactique qui lui permet de se placer et de résister aux retours adverses ;
  • une régularité rare, avec des médailles européennes en salle en 2023 et 2025 pour appuyer les performances de plein air ;
  • une solidité mentale forgée par des années à courir sans garantie, avant la reconnaissance.

Ce cocktail explique pourquoi il figure désormais parmi les favoris mondiaux du demi-fond, quelques années seulement après être entré dans l’anonymat relatif du circuit international. La marche a été longue, mais la progression n’a jamais cessé.

Un leader qui tire toute une génération

L’exploit d’Azeddine Habz ne s’est pas limité à sa seule performance. En emmenant la course sur un rythme fou à Charléty, il a permis à quatre autres Français de battre leur record personnel le même soir, tous qualifiés pour les grands rendez-vous internationaux. Un effet d’entraînement précieux pour une discipline où la densité fait la différence, notamment à l’approche des grands championnats où seules trois places sont disponibles par épreuve en équipe de France.

Ce rôle de locomotive rappelle celui que joue, sur d’autres distances, un autre recordman français sur la piste. Mehdi Baala, aujourd’hui directeur des équipes de France, n’a d’ailleurs pas boudé son plaisir en félicitant son successeur au bord de la piste, l’invitant déjà à viser plus haut. La transmission, dans l’athlétisme français, se fait aussi de recordman à recordman.

Cap sur Birmingham et un rêve plus grand

L’actualité, désormais, porte un nom : Birmingham. Les Championnats d’Europe d’athlétisme, du 10 au 16 août 2026, offriront à Habz l’occasion de convertir ses chronos en médaille internationale, lui qui figure parmi les Bleus attendus outre-Manche. Selon la Fédération française d’athlétisme, le demi-fond tricolore vit une période faste, portée par cette génération ambitieuse.

Reste ce rêve qu’il n’a jamais caché : le record du monde de son idole de jeunesse, le Marocain Hicham El Guerrouj, établi en 1998 à 3′26″00. L’écart tient à moins de deux secondes, et rien ne semble plus totalement hors d’atteinte pour un coureur qui a déjà renversé une marque qu’on croyait éternelle. Au-delà de la performance pure, sa longévité illustre aussi une vérité du demi-fond : l’endurance aérobie, ce moteur que l’on entretient sur le long terme, se bonifie souvent avec les années d’entraînement plutôt qu’elle ne s’épuise. Le demi-fond français tient enfin un leader capable de faire rêver au-delà de nos frontières.

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