Le Tour de France Femmes avec Zwift est entré mercredi dans sa phase décisive. Sur la route de Belleville-en-Beaujolais, la Néerlandaise Demi Vollering a réglé au sprint les deux autres favorites et ramené son retard au classement général à douze secondes. Cette cinquième édition, la plus longue de l’histoire de l’épreuve avec 1 174,7 kilomètres et 18 795 mètres de dénivelé positif, se joue désormais entre trois coureuses.
Le classement général, dans un tour par étapes, additionne les temps de chaque journée. Une échappée réussie, une bordure ou un col peuvent y créer des écarts que le reste de la course ne comblera jamais. Après six jours de course, l’addition tient dans un mouchoir de poche en tête, et se distend brutalement au-delà du podium provisoire.
Trois étapes restent à disputer, dont une arrivée inédite au sommet du Mont Ventoux. Qui, de la porteuse du maillot jaune ou de celle qui la traque, sortira de ce triptyque avec la course en main ?
Ce que le Mont Brouilly a révélé
La cinquième étape, longue de 140 kilomètres entre Mâcon et Belleville-en-Beaujolais, n’avait rien d’une étape de montagne. Elle s’est pourtant conclue par une sélection nette dans l’ascension du Mont Brouilly, dernière difficulté du jour, placée à une dizaine de kilomètres de la ligne. Trois coureuses seulement ont pu suivre le rythme imposé : Vollering, la Suissesse Marlen Reusser et la Polonaise Kasia Niewiadoma-Phinney.
Le sprint qui a suivi s’est joué sur les derniers mètres, Niewiadoma-Phinney ayant lancé son effort à 300 mètres de l’arrivée. Vollering est revenue de loin pour la déborder, dans un final qu’elle a elle-même décrit comme très long. Sa formation, FDJ United-SUEZ, avait verrouillé la course jusqu’au pied du mur final, un travail collectif qui explique largement la sélection opérée dans le groupe des favorites.
Le contraste est saisissant avec la veille, quand le maillot jaune avait changé d’épaules à Dijon. Une journée plus tard, la hiérarchie s’est encore resserrée par le haut et élargie par le bas.
Douze secondes, et un trou derrière
Marlen Reusser conserve le maillot jaune, mais son avance s’est réduite à douze secondes sur Vollering. Niewiadoma-Phinney pointe à 1 minute 17 secondes. Ensuite, le classement bascule dans un autre monde : toutes les autres concurrentes accusent plus de deux minutes trente de retard, un écart que trois étapes ne suffisent presque jamais à effacer sur ce format.
La bataille pour la victoire finale est donc réduite à un trio, dont deux anciennes lauréates de l’épreuve. Vollering l’a emporté en 2023, Niewiadoma-Phinney l’année suivante. Reusser, elle, n’a jamais gagné de grand tour, et découvre la position de leader dans la dernière semaine. Pour Pauline Ferrand-Prévot, en revanche, la messe est dite : la championne française qui remettait son titre en jeu a été distancée dans le Brouilly.
Le Ventoux, une première pour l’épreuve
Le triptyque final oppose trois journées de nature très différente, et c’est leur enchaînement qui rend le scénario ouvert. Le tableau ci-dessous en résume les caractéristiques principales.
| Jour | Parcours | Distance | Enjeu |
|---|---|---|---|
| Vendredi 7 août | La Voulte-sur-Rhône, Mont Ventoux | 146,8 km | Arrivée au sommet à 1 910 m, 3 565 m de dénivelé |
| Samedi 8 août | Sisteron, Nice | 171,9 km | Étape la plus longue, difficultés tardives |
| Dimanche 9 août | Circuit autour de Nice | 99,2 km | Col d’Èze gravi quatre fois, dernier passage le plus dur |
Le Ventoux constitue l’événement de cette édition. Les coureuses l’aborderont par Bédoin, versant historique de 15,7 kilomètres à 8,8 % de pente moyenne, classé hors catégorie. Jamais le Tour de France Femmes n’avait proposé d’arrivée au sommet du géant de Provence, dont l’organisation avait fait dès la présentation du parcours le juge de paix de sa plus longue édition.
Une ascension de cette longueur laisse peu de place à la tactique. Elle mesure des watts par kilo et une capacité à tenir un effort de quarante-cinq minutes en montée ; elle départage les organismes plus que les équipes.
Reusser face à un exercice qu’elle n’a jamais réussi
Rouleuse d’exception, double championne d’Europe du contre-la-montre, Marlen Reusser n’a jamais transformé sa puissance en victoire sur une course de plus d’une semaine. Le profil qui l’attend vendredi n’est pas celui qui l’avantage. Sa rivale du jour ne s’y est pas trompée au moment de désigner l’adversaire à battre.
Il y a un point important : j’ai déjà gagné le Tour de France, Kasia aussi, mais pas Marlen. Elle va devoir travailler pour cela. Je suis sûre que ce sera une rude bataille, car ce n’est pas une coureuse qu’on peut battre facilement.
Demi Vollering, interview après l’arrivée de la cinquième étape à Belleville-en-Beaujolais, le 5 août 2026
La remarque n’a rien d’anodin. Défendre un maillot jaune dans une ascension hors catégorie exige une gestion que l’expérience seule enseigne, et Vollering a déjà vécu les deux rôles, celui de la chasseuse comme celui de la chassée.
Une édition qui a changé de dimension
Au-delà du duel, cette cinquième édition confirme une trajectoire entamée en 2022, lorsque l’épreuve a été relancée après une longue interruption. Quelques indicateurs le montrent.
- Un parcours de 1 174,7 kilomètres, le plus long depuis la renaissance de l’épreuve ;
- 18 795 mètres de dénivelé positif cumulé, soit une exigence comparable à celle des grands tours masculins rapportée à la durée ;
- neuf étapes contre huit les années précédentes, et un départ donné hors de France, à Lausanne ;
- une première historique avec l’arrivée au sommet du Mont Ventoux.
Cette montée en gamme a une contrepartie : elle creuse l’écart entre les équipes les mieux dotées et les autres. Les formations capables d’aligner quatre équipières au service d’une leader dans un col contrôlent la course, les autres subissent. Le classement général de cette édition, avec trois coureuses tenant dans 1 minute 17 secondes et un peloton relégué, illustre assez bien cette concentration.
Trois jours pour écrire la suite
Le Tour s’achèvera dimanche à Nice, au terme d’un circuit court et nerveux où le col d’Èze sera franchi quatre fois. Rien ne dit que l’affaire sera pliée au Ventoux : douze secondes se reprennent sur une bordure, une bonification ou un moment d’inattention, et le format resserré des trois dernières étapes multiplie les occasions. Le détail des parcours et les classements actualisés sont publiés sur le site officiel de l’épreuve.
Reste une question que ces trois journées vont poser aux organisateurs autant qu’aux coureuses. Une course féminine qui atteint ce niveau d’exigence physique gagne en crédibilité sportive, mais elle referme aussi la porte aux équipes modestes, celles qui n’ont ni les moyens ni l’effectif pour suivre. Le cyclisme masculin connaît ce débat depuis des décennies sans l’avoir tranché.
