Tour de France Femmes : le Ventoux en juge de paix pour la plus longue édition de l’histoire

21/07/2026 à 16h57  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Du 1er au 9 août, les 154 coureuses relieront Lausanne à Nice sur 1 175 kilomètres, avec une première historique : l'arrivée au sommet du Mont Ventoux par le versant sud. Une montée en exigence qui suit de près les 8 millions de téléspectateurs de l'an dernier.

Le 7 août prochain, à la mi-journée, cent cinquante-quatre coureuses aborderont les quinze derniers kilomètres d’une ascension que le cyclisme féminin n’avait encore jamais escaladée en course. Le Mont Ventoux entre au programme du Tour de France Femmes, pour la première fois depuis la renaissance de l’épreuve en 2022.

La cinquième édition du Tour de France Femmes avec Zwift se déroulera du 1er au 9 août, entre Lausanne, en Suisse, et Nice. Neuf étapes, 1 175 kilomètres et 18 795 mètres de dénivelé positif en font le tracé le plus long et le plus dur jamais proposé aux coureuses depuis le retour de la course au calendrier.

Cette montée en exigence accompagne une progression d’audience que peu de disciplines féminines ont connue aussi vite. Reste à savoir ce qu’un sommet aussi chargé d’histoire apporte réellement à une épreuve encore jeune : du spectacle, ou une hiérarchie enfin lisible ?

Neuf étapes et un tracé qui monte partout

Le parcours dévoilé à l’automne dernier traverse trois massifs et deux pays. Sa répartition en dit long sur les intentions des organisateurs.

  • Trois étapes de plaine, trois étapes accidentées, deux étapes de montagne et un contre-la-montre individuel ;
  • Un Grand Départ suisse depuis Lausanne, le 1er août, et une arrivée finale à Nice le 9 ;
  • Une septième étape reine, partie de La Voulte-sur-Rhône, avec 3 565 mètres de dénivelé positif et une arrivée à 1 910 mètres d’altitude ;
  • Vingt-deux équipes engagées, pour un plateau de 154 coureuses.

Le passage par le Jura, le Massif central et les Alpes traduit un choix assumé : faire du dénivelé le principal juge du classement général, là où les premières éditions laissaient davantage de place aux étapes de transition.

Au milieu de ce dispositif, une seule ascension concentre toute l’attention, et elle n’a rien d’un col ordinaire.

Le Ventoux, 15,7 kilomètres à 8,8 % de moyenne

Les coureuses aborderont le Géant de Provence par le versant sud, celui de Bédoin, le plus redouté des trois. Quinze virgule sept kilomètres à 8,8 % de moyenne, avec de longues sections au-dessus de 10 % dans la forêt de cèdres, puis six kilomètres à découvert sur les pierriers, exposés au mistral et à la chaleur d’août.

Le parcours vauclusien traverse auparavant une douzaine de communes, de l’Enclave des papes à Malaucène, dont Séguret, Sablet, Vacqueyras et Beaumes-de-Venise. Deux d’entre elles, Bédoin et Malaucène, ont reçu le label Ville à Vélo du Tour de France pour 2026.

Ce type d’ascension produit des écarts que les étapes accidentées ne créent jamais. Sur une bosse de vingt minutes, une grimpeuse reprend rarement plus d’une minute ; sur cinquante minutes d’effort continu à plus de 8 %, l’écart se compte en plusieurs minutes. C’est exactement ce que le Tourmalet avait produit chez les hommes quelques semaines plus tôt.

Ce que la victoire de Pauline Ferrand-Prévot a déclenché

L’édition précédente a servi de bascule. La victoire finale de Pauline Ferrand-Prévot, championne olympique de VTT reconvertie sur route, a réuni 8 millions de téléspectateurs sur France Télévisions le jour de l’arrivée, un niveau que la plupart des compétitions féminines n’atteignent jamais.

Ce succès d’audience a directement pesé sur les décisions de parcours. Une épreuve regardée par huit millions de personnes peut se permettre d’aller chercher un sommet mythique, avec la logistique et le budget que cela suppose.

C’était important pour nous de venir rouler ici et d’affronter le Mont Ventoux. Toutes les athlètes voulaient le grimper depuis longtemps.

Marion Rousse, directrice du Tour de France Femmes, lors de la présentation du parcours vauclusien à Avignon, le 29 mai 2026

L’ancienne championne de France, qui a elle-même gravi le Ventoux la veille de cette présentation, insiste régulièrement sur la dimension d’expérience partagée. Le parallèle avec la dynamique décrite dans l’engouement croissant pour le cyclisme féminin est direct : la reconnaissance passe par les mêmes cols que chez les hommes, pas par un calendrier parallèle.

Un territoire qui compte ses retours sur investissement

Derrière le sport, l’équation économique se calcule avec précision. Le Vaucluse, qui accueille l’arrivée du 7 août, revendique le statut de troisième département cyclable de France, et sa présidente avance qu’un euro investi dans ce type d’accueil en génère onze pour le territoire, entre hébergement, restauration et commerce.

Le chiffre le plus parlant concerne les pratiquants eux-mêmes : un touriste à vélo dépense en moyenne 75 euros par jour, contre 40 euros pour un visiteur classique. Cette différence explique la course des départements pour accueillir une étape, masculine ou féminine.

Sur le terrain, l’effet précède l’événement. Les hébergements affichaient complet plusieurs semaines avant l’été à Beaumes-de-Venise et dans les communes voisines, phénomène désormais habituel autour des étapes emblématiques.

Un peloton professionnalisé, mais encore inégal

Les vingt-deux formations engagées ne jouent pas dans la même catégorie budgétaire. Les structures adossées à une équipe masculine WorldTour disposent de moyens sans commune mesure avec ceux des équipes indépendantes, ce qui se traduit par des différences de matériel, d’encadrement médical et de préparation en altitude.

L’écart se réduit néanmoins. Salaire minimum, contrats allongés et diffusion télévisée intégrale ont modifié la donne en quelques saisons, comme nous l’avions détaillé en dressant l’état des lieux du sport au féminin en France. Les données du programme officiel de l’épreuve sont consultables sur le site du Tour de France Femmes.

Ce que le mois d’août dira du modèle

Une arrivée au Ventoux a valeur de test. Si l’étape produit un scénario lisible et des images fortes, elle installera durablement l’idée qu’une course féminine de neuf jours peut supporter les mêmes difficultés qu’une course masculine de trois semaines. Si elle se solde par une explosion du peloton et des écarts sans suspense, le débat sur le format et la durée de l’épreuve reviendra dès l’automne.

La question du calendrier se pose en parallèle. Placée seule au mois d’août, détachée du Tour masculin depuis cette année, l’épreuve gagne en visibilité propre mais perd l’élan médiatique de juillet. Les organisateurs assument ce pari, dont la mesure se fera sur les audiences.

Pour les milliers de cyclotouristes qui grimperont le Ventoux cet été, le rendez-vous a une autre saveur. Ils rouleront sur une route dont ils connaîtront, dix jours plus tard, chaque pourcentage par cœur, et c’est peut-être là que se joue l’essentiel : une course se regarde, une montagne se pratique, et le Ventoux réunit les deux publics sur le même bitume.

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