Hervé Renard rappelé par la Côte d’Ivoire, onze ans après le sacre de 2015

05/08/2026 à 19h37  ·  Julie Mirabel  ·  6 minutes à lire

La Fédération ivoirienne de football a confié mardi les Éléphants à Hervé Renard, onze ans après la Coupe d'Afrique qu'il leur avait offerte. Le technicien français succède à Emerse Faé, pourtant vainqueur de la CAN 2024, dans un football de sélection où les cycles n'ont jamais été aussi courts.

Le football africain a connu mardi l’un de ces retours qui font parler bien au-delà du pays concerné. La Fédération ivoirienne de football a officialisé la nomination d’Hervé Renard à la tête des Éléphants, onze ans après le titre continental qu’il avait offert au pays. Le technicien français de 57 ans devient ainsi le sélectionneur d’une équipe nationale qu’il avait quittée en 2015, auréolé d’une Coupe d’Afrique des nations gagnée aux tirs au but après près de vingt-cinq ans de disette ivoirienne.

Une nomination de ce type raconte toujours plus qu’un simple changement de banc. Elle dit ce qu’une fédération attend et ce qu’un public espère retrouver. Renard succède à Emerse Faé, un sélectionneur pourtant vainqueur de la CAN 2024 et auteur du meilleur parcours ivoirien en Coupe du monde. La question s’impose donc d’elle-même : qu’est-ce qu’une fédération va chercher chez un entraîneur qu’elle connaît déjà par cœur ?

Un retour préparé par un court intérim tunisien

Le parcours récent du Français ressemble à une succession d’urgences. Appelé par la Tunisie après la déroute des Aigles de Carthage face à la Suède lors de leur entrée en lice au Mondial 2026, il a dirigé deux rencontres, perdues contre le Japon puis contre les Pays-Bas. Un intérim de quelques semaines ne se juge pas sur des résultats, mais il l’a remis en vitrine au moment précis où la Côte d’Ivoire cherchait un nom.

La Fédération ivoirienne a confirmé la nouvelle sur ses réseaux sociaux, quelques heures après que la presse française eut révélé l’accord. L’instance a mis en avant l’expérience du haut niveau du technicien, sa connaissance du continent et son attachement au football ivoirien. Renard est attendu à Abidjan dans les prochains jours pour prendre officiellement ses fonctions. Le calendrier laisse peu de place à une période d’observation.

Le souvenir intact de la CAN 2015

Pour comprendre l’accueil réservé à ce retour, il faut revenir à février 2015. Arrivé un an plus tôt, Renard conduit alors une génération emmenée par Yaya Touré jusqu’à une finale interminable contre le Ghana, conclue 0-0 puis gagnée 9 tirs au but à 8. Le pays attendait ce trophée depuis 1992. Cette soirée a scellé une popularité qui ne s’est jamais démentie, au point que son nom circulait déjà à chaque vacance du poste.

Cette CAN était sa deuxième, trois ans après celle remportée avec la Zambie, performance qui reste l’une des plus improbables de l’histoire de la compétition. Deux titres continentaux avec deux sélections différentes constituent une ligne que peu d’entraîneurs peuvent inscrire à leur curriculum. La silhouette en chemise blanche est devenue au passage un marqueur visuel du football africain. La notoriété d’un sélectionneur se construit aussi sur ces détails.

Son rapport au métier tient en une phrase qui explique beaucoup de sa trajectoire, celle d’un joueur sans carrière devenu entraîneur reconnu.

Je n’ai pas fait la carrière de joueur dont j’aurais rêvé, et à juste titre. J’ai essayé de me rattraper en tant qu’entraîneur.

Hervé Renard, dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse en 2022

Un parcours bâti loin des projecteurs

Le natif d’Aix-les-Bains a construit sa réputation par étapes, et son itinéraire ressemble peu à celui des grands noms du banc européen :

  • une carrière de joueur réduite à un seul match en première division, avec Cannes ;
  • des débuts d’entraîneur en 1998 à Draguignan, dans le championnat de National 3 ;
  • des sélections africaines successives, du Ghana à l’Angola en passant par la Zambie, la Côte d’Ivoire et le Maroc ;
  • deux passages à la tête de l’Arabie saoudite, avec deux qualifications en Coupe du monde et une victoire de prestige contre l’Argentine au Qatar ;
  • un mandat à la tête de l’équipe de France féminine à partir de 2023, ponctué de deux quarts de finale.

Ses expériences en club, à Sochaux puis à Lille, sont restées plus discrètes. Le format de la sélection lui convient manifestement mieux : des groupes courts, une préparation par blocs, un discours qui doit porter vite. Certains entraîneurs excellent dans ce format précis sans jamais s’imposer dans le quotidien d’un vestiaire de club.

Pourquoi la fédération ivoirienne a changé de cap

La décision surprend d’autant plus qu’Emerse Faé laisse un bilan flatteur. Arrivé en pleine CAN 2024 pour remplacer Jean-Louis Gasset, il avait conduit les Éléphants au titre continental à domicile, puis mené le pays jusqu’aux seizièmes de finale du Mondial 2026, meilleur résultat ivoirien dans la compétition. La sélection s’est inclinée 2-1 face à la Norvège, sortie honorable pour une première.

Le contexte du football de sélection explique en partie cette décision. Les cycles y sont courts, les fédérations arbitrent souvent moins sur les résultats passés que sur la capacité perçue à préparer l’échéance suivante. Le même mécanisme a joué en France, où la fin du cycle Deschamps a été actée après un Mondial pourtant loin d’être manqué. Un bilan solide ne protège plus grand monde.

Le rapprochement s’arrête pourtant là. La Fédération française a misé sur l’arrivée de Zidane sur le banc pour ouvrir une page, quand la fédération ivoirienne rappelle un homme qui connaît déjà la maison. Deux stratégies opposées, un même pari sur l’identification. Le nom devient un outil de gestion du vestiaire autant qu’un choix technique.

Ce que ce retour dit du football africain

Le continent a longtemps été un terrain de passage pour techniciens européens de second rideau. La donne évolue, avec des sélectionneurs locaux de plus en plus nombreux et compétents, dont Faé faisait partie. Le Mondial 2026 a d’ailleurs livré son lot de confirmations, entre parcours inattendus et joueurs révélés, comme l’ont montré les surprises africaines du Mondial. Le niveau des sélections africaines progresse plus vite que leur représentation médiatique.

Le retour d’un entraîneur français sur un banc majeur du continent nourrira donc un débat déjà installé. Ceux qui y voient un réflexe conservateur ne manqueront pas d’arguments, ceux qui invoquent l’expérience et le palmarès non plus. Le détail des instances continentales, consultable sur le site de la Confédération africaine de football, montre que les deux modèles coexistent aujourd’hui sans hiérarchie évidente. Le résultat sur le terrain tranchera la discussion.

Une CAN et un cycle entier à préparer

La mission qui attend Renard dépasse la seule question du style de jeu. La génération sacrée en 2024 arrive à maturité, plusieurs cadres approchent la trentaine et le renouvellement devra se faire sans casser un équilibre qui fonctionne. Un sélectionneur qui revient onze ans plus tard retrouve un pays différent, un championnat différent et des joueurs qui n’étaient pas nés lors de son premier passage. La nostalgie est un capital qui se dépense vite.

Une interrogation plus large accompagne ce retour. Le football de sélection vit désormais au rythme de calendriers saturés, où les entraîneurs disposent de quelques semaines par an pour construire une équipe, et où l’attachement à un maillot se négocie face à des clubs qui paient les salaires. La Côte d’Ivoire a choisi de miser sur un homme qui incarne un souvenir heureux. L’inconnue porte sur ce qu’un souvenir peut encore produire dans un football qui a changé de rythme.

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