Zidane sélectionneur des Bleus : la légende de 1998 hérite d’une équipe à relancer

29/07/2026 à 08h11  ·  Julie Mirabel  ·  6 minutes à lire

La Fédération française de football a officialisé mardi la nomination de Zinédine Zidane à la tête des Bleus, six mois après l'annonce du départ de Didier Deschamps. Palmarès immense mais expérience limitée à un seul club : la sélection ne ressemble à rien de ce qu'il a connu.

La Fédération française de football a refermé mardi un feuilleton ouvert depuis janvier. Zinédine Zidane devient le sélectionneur de l’équipe de France, six mois après l’annonce du départ de Didier Deschamps. Le rôle mérite d’être rappelé : un sélectionneur n’entraîne pas au quotidien, il choisit les joueurs, fixe une méthode et porte un projet devant tout un pays, quelques semaines par an seulement.

La séquence n’a rien d’anodin. Les Bleus sortent d’une Coupe du monde nord-américaine à 48 équipes achevée sur une demi-finale perdue contre l’Espagne, puis sur un match pour la troisième place abandonné 6-4 à l’Angleterre. Le football français change de génération sur le terrain, avec un trio offensif emmené par Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé et Michael Olise, et voilà qu’il change aussi de visage sur le banc. L’arrivée d’une icône de 1998 tient autant du choix sportif que du geste symbolique.

Une question va occuper les mois qui viennent, et personne ne la tranchera avant l’automne : une légende de joueur fait-elle un grand sélectionneur ?

Une officialisation attendue au siège de la Fédération

Le président de la FFF, Philippe Diallo, a présenté mardi 28 juillet, à 11 heures, l’ancien meneur de jeu comme le dix-huitième sélectionneur de l’histoire des Bleus depuis Henri Guérin en 1964. La prise de fonction est fixée au 1er août, et le contrat court sur le cycle de la Ligue des nations 2026-2027. Le communiqué publié par la Fédération française de football confirme une décision que tout le monde avait anticipée sans jamais l’entendre.

Rien de tout cela n’a surpris. Dès le mois de mars, dans les colonnes du Figaro, Philippe Diallo avait laissé entendre qu’il connaissait déjà le nom du successeur, et décrivait un profil capable de « faire l’objet d’une adhésion des Français ». La succession la plus balisée de l’histoire récente des Bleus s’est ainsi jouée sans concurrence réelle, ce que la piste qui se dessinait depuis des mois laissait déjà deviner.

Zidane a 54 ans et n’avait plus de poste depuis son second passage au Real Madrid, achevé en 2021. Cinq années sans banc, pour un technicien de ce calibre, constituent une anomalie que seul un objectif précis explique. Il attendait cette sélection, et il l’a attendue longtemps, quitte à décliner des offres de clubs européens et de sélections étrangères.

Un palmarès qui parle avant lui

Peu d’entraîneurs arrivent sur un banc national avec une carte de visite aussi fournie. Le parcours de Zidane cumule les deux versants du métier, celui du joueur d’exception et celui du technicien victorieux, ce qui reste rare dans le football moderne. Les lignes qui suivent résument ce qu’il apporte dans ses valises :

  • champion du monde en 1998, avec un doublé de la tête en finale contre le Brésil (3-0) le 12 juillet au Stade de France ;
  • champion d’Europe en 2000, au terme d’une finale gagnée en prolongation contre l’Italie ;
  • Ballon d’or 1998 et trois fois meilleur joueur du monde selon la FIFA, en 1998, 2000 et 2003 ;
  • trois Ligues des champions consécutives comme entraîneur du Real Madrid, en 2016, 2017 et 2018, une série qu’aucun autre technicien n’a réalisée depuis la refonte de la compétition.

Cette accumulation crée pourtant un piège. Un palmarès n’a jamais gagné un match de qualification à Bakou ou à Reykjavik, et la sélection impose des contraintes que le Real Madrid ignorait : dix rassemblements par an, aucun entraînement long, des joueurs qui arrivent fatigués de leur club.

La légitimité, l’argument qu’il avance depuis des années

L’intéressé n’a jamais caché son désir. Sa parole est rare, ses sorties médiatiques comptées, mais sur ce sujet précis il s’est exprimé sans détour à plusieurs reprises. Le mot de légitimité revient chaque fois dans sa bouche, comme s’il fallait le justifier avant même d’être nommé.

Je me sens légitime en équipe de France, où j’ai joué et passé pratiquement douze, treize ou quatorze ans comme joueur. Bien sûr, c’est un rêve, j’ai hâte.

Zinédine Zidane, en mai 2025, en marge d’un événement organisé par son équipementier personnel Adidas

Cette légitimité-là, personne ne la lui conteste. Le public français lui a gardé une image intacte, que le carton rouge de la finale 2006 contre l’Italie n’a jamais entamée. Rares sont les figures publiques dont la popularité résiste vingt ans à un geste aussi commenté, et cette adhésion constitue un capital politique autant que sportif pour la Fédération.

Un héritage de quatorze ans à digérer

Didier Deschamps laisse la meilleure série de l’histoire des Bleus en Coupe du monde. Le tableau ci-dessous rappelle ce que son successeur devra égaler, tournoi majeur après tournoi majeur, sur les dix dernières années.

CompétitionTour atteintAdversaire décisif
Euro 2016FinalePortugal
Coupe du monde 2018TitreCroatie
Coupe du monde 2022FinaleArgentine
Coupe du monde 2026Demi-finaleEspagne

Quatre tournois, trois finales ou mieux : la barre est placée très haut. Aucun sélectionneur français n’a jamais tenu un tel rythme, et le seul reproche adressé à Deschamps portait sur la manière, rarement sur les résultats. Son dernier banc après quatorze années de mandat a d’ailleurs été salué bien au-delà du monde du football.

Le staff et le calendrier des premiers mois

Pour l’entourer, Zidane devrait s’appuyer sur des fidèles du Real Madrid, David Bettoni et Hamidou Msaidie, auxquels pourraient s’ajouter deux champions du monde 1998, Fabien Barthez auprès des gardiens et Bernard Diomède. Un staff composé d’anciens coéquipiers plutôt que de spécialistes extérieurs, choix qui interroge déjà une partie des observateurs.

Le calendrier, lui, ne laisse pas de répit. Le premier rassemblement tombe en septembre, avec un déplacement en Turquie le 25, dans un groupe A1 de Ligue des nations qui réunit aussi l’Italie et la Belgique. Trois adversaires européens de premier plan pour un galop d’essai, alors même que la sélection devra intégrer les jeunes révélés lors du dernier Mondial, à commencer par ceux dont le capitaine devenu recordman de buts en Coupe du monde a tiré profit sur le terrain.

Ce que cette nomination dit de notre rapport aux idoles

La France confie régulièrement ses sélections à ses anciens champions, et le football n’échappe pas à la règle. Laurent Blanc puis Didier Deschamps, deux titulaires du 12 juillet 1998, ont déjà occupé le poste avant lui. Trois sélectionneurs issus d’une même équipe en seize ans racontent une fidélité rare, mais aussi une certaine difficulté à imaginer un renouvellement venu d’ailleurs.

Le cas Zidane pose la question autrement. Son bilan d’entraîneur est réel, mais il tient à un seul club, dans un environnement où les moyens et les joueurs effaçaient beaucoup d’aspérités. La sélection ne pardonne ni les mauvais choix ni les périodes creuses, et l’opinion, aujourd’hui unanime, se retourne vite après deux mauvais résultats en novembre.

Reste ce que cette nomination réveille chez les amateurs de football, ceux qui jouent le dimanche matin autant que ceux qui regardent. Voir une idole de vingt-huit ans d’âge médiatique revenir aux affaires dit quelque chose du besoin de continuité dans un sport qui se renouvelle à toute vitesse. Le premier ballon de septembre en Turquie dira si le récit tient debout, et les mois qui suivront trancheront un débat que la nomination, seule, laisse entier.

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