Les championnats du monde d’équitation d’Aix-la-Chapelle réunissent sept disciplines depuis le 11 août, mais c’est le saut d’obstacles qui referme la quinzaine. Vingt-neuf nations se sont présentées jeudi pour la première manche de la finale par équipes, dont seules les dix meilleures avaient le droit de rester en lice. La formule cumule les points de la Chasse d’ouverture et ceux de cette manche.
La France a passé le cap, mais pas comme elle l’espérait. Sixième du classement provisoire, l’équipe de France se présente ce vendredi soir sur la piste principale à six points de la plus haute marche du podium et à moins d’une barre de la troisième place. Une médaille se joue-t-elle vraiment en une manche, quand quatre cavaliers ont déjà livré deux parcours chacun ?
Deux sans-faute et deux fautes pour les Bleus
La journée de jeudi avait pourtant bien commencé. Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour ont ouvert le bal tricolore par un parcours vierge à 11h42, avant qu’Antoine Ermann et Floyd des Prés n’en signent un second en milieu d’après-midi. Ces deux sans-faute ont validé la qualification française pour la finale de ce vendredi.
Entre les deux, Olivier Perreau et GL events Dorai d’Aiguilly ont laissé quatre points sur le vertical numéro dix, deuxième journée consécutive à quatre points pour le cavalier français. Le résultat n’a pas fait chuter la France, qui pointait alors encore au cinquième rang, avec un cavalier restant à passer.
C’est le dernier partant qui a coûté le plus cher. Julien Épaillard et Fringan de Vesquerie ont concédé deux fautes, sur l’oxer de sortie du triple numéro neuf puis sur l’oxer suivant. La France est retombée du cinquième au sixième rang, et le classement s’est refermé sur une hiérarchie très allemande.
Le classement à l’entame de la manche décisive
Le cumul des deux premières journées place les favoris exactement là où on les attendait. L’Allemagne a aligné quatre parcours sans faute jeudi et aborde la dernière manche avec une avance confortable.
| Rang | Nation | Ce qu’a donné la première manche |
|---|---|---|
| 1er | Allemagne | quatre sans-faute, dont ceux de Marcus Ehning, Daniel Deusser et Richard Vogel |
| 2e | États-Unis | trois sans-faute avant les quatre points de McLain Ward |
| 3e (ex aequo) | Belgique et Italie | sans-faute d’Abdel Saïd, huit points pour Pieter Devos |
| 5e | Grande-Bretagne | cinquième au cumul des deux journées |
| 6e | France | deux sans-faute, six points de retard sur l’or |
La Suède, championne du monde en titre, a sauvé sa place au prix de trois parcours vierges jeudi, après une première journée qui l’avait laissée au dix-huitième rang. Un seul obstacle sépare aujourd’hui la France du bronze, ce qui rend la soirée entièrement ouverte.
Ce que la manche de jeudi a coûté à Julien Épaillard
Le Normand de 49 ans était sorti en tête de l’épreuve de vitesse qui ouvrait ces Mondiaux, avec le meilleur chrono du plateau. Ses deux fautes de jeudi l’ont relégué très loin au classement individuel, autour de la soixantaine au provisoire, et ont refermé la porte d’une médaille personnelle.
Il n’a pas pour autant renoncé à l’objectif collectif, seul enjeu qui vaille encore pour lui ce vendredi soir. Le saut d’obstacles a cette particularité de faire cohabiter deux compétitions sur la même piste, avec les mêmes parcours : un cavalier joue son classement individuel et celui de son équipe dans le même tour de piste, et peut perdre les deux en une foulée mal ajustée.
Comment se dispute une finale par équipes
Le format des Mondiaux de saut d’obstacles reste mal connu du grand public, alors qu’il conditionne tout le suspense de la semaine. Quatre principes suffisent à le comprendre.
- chaque nation aligne quatre couples, cavalier et cheval, engagés ensemble sur toute la compétition ;
- les points de pénalité s’additionnent d’une épreuve à l’autre, quatre points par barre tombée ;
- la première manche de la finale par équipes écrème le plateau, en ne gardant que les dix meilleures nations ;
- la seconde manche, disputée en nocturne, distribue les médailles collectives avant les épreuves individuelles du week-end.
Ce système explique pourquoi une seule barre tombée pèse autant qu’un mauvais parcours d’ensemble. Il explique aussi pourquoi les chefs de piste gardent leurs difficultés maximales pour la dernière soirée, quand le plateau est réduit et les enjeux maximaux.
Un parcours annoncé plus dur sous les projecteurs
Le chef de piste Frank Rothenberger et son délégué technique Santiago Varela avaient volontairement tracé, jeudi, un tracé abordable, avec des oxers peu larges mais des verticaux culminant à 1,65 m et sans rivière. Selon le compte rendu publié par le média spécialisé Grand Prix, la rivière doit faire son apparition ce vendredi, et le nombre de sans-faute devrait chuter.
Côté français, le discours d’après-course de jeudi était celui d’une équipe encore en course plutôt que d’une équipe résignée.
Je suis forcément déçu parce qu’on vient ici pour faire des sans-faute et que cela fait deux jours que je fais quatre points. Pour l’équipe, rien n’est terminé. Nous sommes toujours dans le coup et il reste encore des cavaliers à passer.
Olivier Perreau, après la première manche de la finale par équipes des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, le 20 août 2026
La manche décisive s’élance en fin de soirée sur la piste principale, sous les projecteurs, avec le podium par équipes attribué dans la foulée. Les épreuves individuelles suivront dimanche, dernier jour de ces championnats.
Ce que ces Mondiaux disent de l’équitation française
Une sixième place à mi-parcours n’a rien d’un accident pour une nation qui a décroché le titre olympique par équipes en 2016 et qui aligne à Aix-la-Chapelle une génération très jeune, autour d’Antoine Ermann et de Nina Mallevaey. La discipline reste par ailleurs la troisième fédération française par le nombre de licences, portée par une pratique de loisir sans commune mesure avec le haut niveau, comme l’ont encore montré les championnats réunis à Lamotte-Beuvron la semaine passée.
Le programme complet est détaillé sur le site de la Fédération française d’équitation. Ce qui se joue vendredi soir dépasse le classement d’une soirée : une médaille mondiale par équipes pèse lourd dans les arbitrages de sélection et de financement qui conduiront ces cavaliers, ou d’autres, jusqu’aux Jeux de Los Angeles.
