Il existe des championnats du monde que personne ne regarde à la télévision et qui remplissent pourtant un site entier pendant six jours. Du 12 au 17 août, le Parc équestre fédéral de Lamotte-Beuvron, dans le Loir-et-Cher, a accueilli en même temps les championnats du monde de pony-games et les championnats d’Europe de horse-ball. Quatre cents cavaliers venus de dix-sept nations s’y sont succédé sur les pistes.
Ces deux disciplines partagent une particularité : elles se jouent en équipe, à cheval ou à poney, avec des règles qui tiennent davantage du sport collectif que du concours équestre classique. Elles restent pourtant largement inconnues hors des clubs. Que faut-il pour faire tenir deux championnats internationaux au même endroit, et qu’en retire un sport que le grand public ne croise jamais ?
Deux disciplines collectives, un même terrain de jeu
Le pony-games se joue par équipes de quatre ou cinq cavaliers qui s’affrontent en relais sur des jeux d’adresse chronométrés : attraper un objet, franchir un obstacle, passer un témoin. Le horse-ball, lui, ressemble davantage à un mélange de rugby et de basket monté, où les joueurs se passent un ballon muni de poignées pour le marquer dans un panier vertical. Les deux sports se pratiquent au galop et se comptent en points, pas en notes de jury.
Ces championnats se déroulaient sous l’égide de deux instances internationales distinctes, l’International Mounted Games Association pour le pony-games et la Fédération internationale de horse-ball pour l’autre. La Fédération française d’équitation les a réunis sur le même site, une manière de mutualiser l’organisation et le public.
Les catégories d’âge dessinent la pyramide de ces disciplines. Des U10 aux Open en passant par les U16, U18 et U21, la compétition internationale s’ouvre ici dès dix ans, ce qui est rare dans les sports équestres où le haut niveau se joue habituellement bien après la vingtaine.
Sept médailles françaises en six jours
Le bilan tricolore tient dans un tableau. Les équipes de France sont montées sept fois sur le podium, en comptant le Challenge U10 de horse-ball qui n’était pas une épreuve officielle du championnat d’Europe :
| Discipline | Catégorie | Médaille |
|---|---|---|
| Pony-games | U18 | Or |
| Pony-games | Open | Argent |
| Horse-ball | U16 | Or |
| Horse-ball | Féminines | Or |
| Horse-ball | U21 | Argent |
| Horse-ball | Mixtes | Bronze |
| Horse-ball | Challenge U10 | Argent |
La lecture la plus parlante se trouve dans les catégories jeunes. Trois des quatre médailles de horse-ball ont été gagnées par des équipes de vingt et un ans et moins, et les U16 comme les Féminines sont reparties en or, ce qui suggère un vivier plutôt qu’un coup isolé.
En pony-games, la hiérarchie s’est jouée entre deux nations. L’Angleterre et la France se sont disputé la première place en U18 comme en Open, un duel qui structure cette discipline depuis des années et que l’Italie est venue bousculer avec sa victoire chez les U21 de horse-ball.
Ce que quatre cents cavaliers imposent à un site
Organiser deux championnats internationaux simultanés ne se résume pas à tracer des terrains. Le Parc équestre fédéral a dû être reconfiguré en quinze jours à peine, entre deux événements que tout oppose en taille :
- les championnats de France d’équitation Poneys et Clubs, qui avaient accueilli 15 000 chevaux quelques semaines plus tôt ;
- près de 50 officiels de compétition mobilisés pour les deux championnats ;
- 10 bénévoles engagés sur l’ensemble de la semaine ;
- deux fédérations internationales à satisfaire, chacune avec son délégué technique.
Le rapport entre 15 000 chevaux et 400 cavaliers dit assez le grand écart. Un championnat national de clubs mobilise des installations démesurées pendant plusieurs semaines, quand un mondial de pony-games tient sur quelques pistes, avec un cahier des charges international à respecter au millimètre.
Cette bascule express a été présentée comme un défi technique par la fédération elle-même, dans le bilan publié par la Fédération française d’équitation. Dix bénévoles pour quatre cents cavaliers donnent la mesure de ce que représente l’équipe permanente du site.
La chaleur a redessiné les horaires
Le mois d’août n’a pas facilité les choses. Les fortes chaleurs ont conduit les organisateurs à aménager les horaires de compétition, pour préserver les chevaux d’abord, les cavaliers, les accompagnants et le public ensuite. Décaler les épreuves reste le levier le plus simple quand le thermomètre monte sur une piste sans ombre.
Ce type d’arbitrage n’a plus rien d’exceptionnel dans le calendrier estival français. Les courses à pied comme les épreuves équestres composent désormais avec des seuils de vigilance, et la décision d’annuler une épreuve en vigilance canicule obéit à des règles précises. Un cheval supporte moins bien la chaleur qu’un coureur, ce qui rend l’aménagement horaire non négociable en équitation.
Des sports encore méconnus du grand public
Réunir les deux championnats répondait aussi à un objectif de visibilité. Le horse-ball et le pony-games vivent principalement dans les clubs, à travers le Grand Tournoi qui sert de championnat de France des sports équestres collectifs, et sortent rarement de ce cercle. Associer deux disciplines sur un même site double l’audience potentielle de chacune.
Les responsables fédéraux le disent sans détour, et pointent le même angle mort. Une discipline peut avoir ses championnats, ses catégories d’âge et ses équipes nationales, il lui manque encore le regard extérieur qui transforme une pratique de club en sport identifié.
Pouvoir présenter le horse-ball aux côtés d’une autre discipline comme le pony-games permet de mieux les faire connaître, car elles restent encore méconnues du grand public.
Dominique Bouchery, élu référent pour le horse-ball à la Fédération française d’équitation, dans le bilan des championnats publié le 18 août 2026
La mécanique est connue des petites fédérations. Une discipline peu médiatisée gagne des pratiquants par capillarité, quand un club voisin s’y met ou qu’un événement passe à portée de voiture, comme une discipline née sur une plage du Nord l’a montré ces dernières années. La visibilité télévisée n’est pas le seul chemin, elle est simplement le plus rapide.
Le contexte général joue en leur faveur. La France comptait 17,4 millions de licences sportives en 2025 selon l’INJEP, mais la progression ralentie de ces licences pousse les fédérations à aller chercher les nouveaux pratiquants là où ils ne les attendaient pas.
Une Coupe du monde visée pour 2028
Lamotte-Beuvron avait déjà accueilli les championnats d’Europe de pony-games en 2024. L’enchaînement avec un mondial deux ans plus tard trace une trajectoire assumée, celle d’un site qui veut recevoir une compétition internationale tous les deux ans. La prochaine cible annoncée est la Coupe du monde de horse-ball en 2028.
Cette régularité a une valeur qui dépasse le prestige. Un site qui reçoit souvent forme des officiels, rode ses équipes et rend crédible la candidature suivante, ce qui compte davantage, pour une discipline confidentielle, qu’une médaille isolée.
Reste la question du public. Quatre cents cavaliers et dix-sept nations font un beau championnat, mais la fréquentation des tribunes dira si le pari de réunir deux disciplines a produit autre chose qu’une économie d’organisation. Les clubs français, eux, ont déjà de quoi parler à la rentrée, avec deux titres mondiaux et deux titres européens rapportés d’un site situé à moins de deux heures de Paris.
