Capitaine d’un Lens champion de France, Thauvin se déclare candidat chez Zidane

15/08/2026 à 13h10  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Le capitaine du RC Lens a profité de sa conférence de presse d'avant Trophée des champions pour se dire candidat à un retour en équipe de France sous Zinédine Zidane. À 33 ans, avec une Ligue des champions à disputer et neuf attaquants devant lui dans la hiérarchie.

Le Trophée des champions est le match le moins disputé du calendrier français et le plus scruté du mois d’août : une rencontre honorifique entre le champion de France et le vainqueur de la Coupe de France, jouée avant même la première journée de championnat. Dimanche à 20 h 45, il oppose Lens au Paris Saint-Germain, à Bollaert.

Devant la presse vendredi, le capitaine lensois n’a pas seulement parlé de ce match. Florian Thauvin, 33 ans, a été interrogé sur l’équipe de France et sur l’arrivée de Zinédine Zidane à sa tête. Sa réponse a valeur de candidature déclarée, ce qui est rare de la part d’un joueur qui n’a plus été appelé depuis novembre.

Un ailier de 33 ans qui se remet dans la file d’attente des Bleus, à quelques semaines des premiers rassemblements du nouveau sélectionneur : la démarche est-elle réaliste, ou relève-t-elle du simple entretien de la flamme ?

Un brassard hérité des départs de l’été

Le contexte lensois donne du poids à la sortie. Le club a perdu une partie de sa colonne vertébrale pendant l’intersaison, avec les départs d’Adrien Thomasson vers Rennes, de Pierre Sage à Crystal Palace, de Wesley Saïd à Al-Shamal, de Malang Sarr à Neom et de Mamadou Sangaré à Brentford. Thauvin est l’un des rares cadres à être resté, et il a récupéré le brassard laissé par Thomasson.

Rester dans un club qui vend est rarement neutre pour un joueur de cet âge. La contrepartie tient en deux mots : Ligue des champions. Lens disputera la compétition cette saison, ce qui offre à son capitaine une vitrine européenne qu’il n’avait plus eue depuis longtemps, et un argument qu’aucune déclaration ne remplace.

Ce qu’il a dit de Deschamps et de Zidane

Interrogé sur son envie de retrouver la sélection, l’attaquant a d’abord répondu par l’affirmative, puis s’est arrêté sur le sélectionneur sortant. Il a remercié Didier Deschamps de lui avoir permis d’accéder à l’équipe de France, en rappelant les résultats et le plaisir apportés au public pendant quatorze ans de mandat.

Sur son successeur, le ton a changé. Thauvin a mêlé l’attente collective et l’ambition personnelle, sans forcer le trait ni promettre quoi que ce soit.

Maintenant c’est le moment de Zinédine Zidane d’arriver à la tête de l’équipe de France. Je pense qu’on est tous très fiers et on a tous hâte de voir Zidane sur le banc.

Florian Thauvin, en conférence de presse au RC Lens, le 14 août 2026, à la veille du Trophée des champions

Le joueur a complété en disant qu’il suivrait la même ligne de conduite que d’habitude, être performant au quotidien avec Lens pour se donner le droit de rêver, avant d’ajouter qu’il avait démontré la saison passée qu’il pouvait être un candidat. La formule est mesurée mais assumée, ce qui la distingue des appels du pied habituels en début de saison.

Treize sélections, quatre buts et un dossier resté ouvert

Son passé international explique pourquoi la question lui a été posée. Le parcours de l’ancien Marseillais en équipe de France tient en quelques étapes, et il n’a jamais vraiment été refermé.

  • 13 sélections et 4 buts au total avec les Bleus ;
  • un retour la saison passée, avec les rassemblements d’octobre et de novembre ;
  • 3 apparitions sur cette séquence, dont un but inscrit contre l’Azerbaïdjan lors d’une victoire 3-0 ;
  • aucune convocation en mars, ni pour la Coupe du monde disputée en juin et juillet.

La lecture est double. Le joueur a bien franchi la porte, sans jamais s’installer dans la pièce, ce qui laisse ouverte la question de savoir si le blocage venait du niveau, du profil ou de la concurrence.

Sur ce dernier point, les chiffres du dernier groupe tricolore sont têtus. Thauvin ne se bat pas contre un ou deux joueurs mais contre un secteur offensif entièrement reconstruit en quatre ans, où la plupart des concurrents ont dix ans de moins que lui.

Une concurrence à neuf sur le front de l’attaque

Le dernier groupe mondial donne la mesure de l’embouteillage. Sur les ailes, Ousmane Dembélé, Désiré Doué, Bradley Barcola et Maghnes Akliouche ont été préférés à Thauvin, pendant que Kylian Mbappé, Michael Olise, Marcus Thuram, Jean-Philippe Mateta et Ryan Cherki complétaient le secteur offensif. Neuf joueurs pour trois ou quatre places de titulaire, avec une moyenne d’âge très inférieure à la sienne.

Un nouveau sélectionneur rebat toutefois les cartes plus vite qu’une saison de championnat. L’équipe dont Zidane vient d’hériter sort d’un cycle long, et les premiers rassemblements d’un mandat servent traditionnellement à observer autant qu’à confirmer. Les listes d’automne sont souvent les plus ouvertes du cycle, avant que la hiérarchie ne se fige à l’approche des qualifications.

Le staff installé autour du sélectionneur, avec plusieurs figures de la génération 1998, laisse par ailleurs entrevoir une lecture du vestiaire différente de celle de l’ère précédente, close cet été après quatorze ans. Aucun candidat ne part avec un dossier définitivement classé.

Le Trophée des champions comme premier test

Le match de dimanche arrive donc à un moment commode pour le capitaine lensois. Affronter le Paris Saint-Germain, tout juste vainqueur de la Supercoupe d’Europe, offre un plateau que peu de rencontres d’août peuvent égaler. Le Trophée des champions se joue devant un public complet et une diffusion nationale, ce qui en fait une vitrine disproportionnée par rapport à son enjeu sportif réel.

L’entraîneur lensois Dino Toppmöller a affiché cette semaine son intention de faire tomber le champion d’Europe en titre. Une performance collective à Bollaert vaudrait plus qu’une déclaration de candidature, et c’est probablement ce que Thauvin avait en tête en renvoyant systématiquement à son rendement en club plutôt qu’à ses envies de sélection.

Passé trente ans, la question n’est plus la même

Le cas dépasse le seul dossier lensois. Le football français a longtemps considéré 30 ans comme le début de la sortie de route internationale, quand les disciplines d’endurance repoussent cette limite depuis vingt ans. Les progrès de la préparation physique et de la récupération ont déplacé le curseur, y compris dans les sports collectifs où l’intensité a pourtant augmenté.

Ce que raconte la sortie de Thauvin, c’est moins une revendication qu’un changement d’époque dans la façon dont un joueur de 33 ans envisage sa fin de carrière. Rester performant à cet âge suppose une hygiène de vie et une charge de travail que peu tenaient il y a une génération, et le bénéfice se mesure autant en longévité qu’en sélections. Un ailier de 33 ans qui court encore les couloirs en Ligue des champions n’était pas une banalité il y a dix ans.

La réponse viendra du terrain, dimanche puis en septembre. Un capitaine qui se déclare candidat sans rien exiger place la discussion là où elle a le plus de chances d’aboutir : sur ce qu’il montrera pendant les six prochains mois, dans un club qui va enfin lui offrir la scène qui lui manquait.

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