Un sélectionneur ne travaille jamais seul. Derrière le nom inscrit sur la feuille de match, une trentaine de personnes préparent, soignent et déplacent les joueurs pendant les dix jours que dure un rassemblement international. La Fédération française de football a officialisé jeudi 13 août la composition de cette équipe de l’ombre pour l’ère Zinédine Zidane, deux semaines après sa nomination fin juillet.
Un nom a circulé plus vite que les autres : celui de Fabien Barthez, nommé entraîneur des gardiens de but. Le staff d’une sélection nationale réunit un noyau technique, une cellule médicale et une logistique support, et sa composition en dit souvent long sur la méthode de celui qui la choisit. Vingt-huit ans après le sacre mondial de 1998, deux visages de cette équipe se retrouvent dans le même vestiaire, l’un sur le banc, l’autre auprès des portiers. Que révèle cet attelage de la façon dont Zidane entend installer son autorité sur les Bleus ?
Ce que la Fédération a officialisé jeudi
La liste a été mise en ligne jeudi 13 août au matin. Les noms ont été nommés par le président Philippe Diallo, sur proposition du sélectionneur, selon le communiqué publié par la Fédération française de football. Vingt-deux personnes y figurent, réparties entre le staff technique, le staff médical et le staff support.
L’annonce reste partielle. La Fédération précise que la composition définitive sera présentée au début du mois de septembre et qu’elle intégrera un officier de liaison, désigné dans le cadre d’une convention passée avec le ministère de l’Intérieur. Zidane s’est engagé pour quatre ans, jusqu’à la Coupe du monde 2030, et devient le dix-huitième sélectionneur des Bleus depuis Henri Guérin en 1964.
Je l’ai souvent dit : il n’y a rien de plus grand que l’Équipe de France. C’est donc une joie et évidemment une grande fierté de devenir le sélectionneur de cette Équipe de France. C’est aussi une responsabilité.
Zinédine Zidane, communiqué de la Fédération française de football annonçant sa nomination, le 28 juillet 2026
Ce calendrier d’annonce en deux temps était prévu dès le départ. Lors de sa conférence de presse de nomination, le 28 juillet, le nouveau sélectionneur avait indiqué qu’il dévoilerait son entourage début septembre. Il a pris trois semaines d’avance sur le premier bloc, celui qui touche directement au terrain.
Barthez, du but de 1998 au banc des Bleus
Le choix de Fabien Barthez n’a rien d’une nomination protocolaire. À 55 ans, l’ancien portier compte 87 sélections en douze ans de carrière internationale, un titre mondial en 1998 et un titre européen en 2000. Il succède à Franck Raviot, qui a tenu le poste sur la quasi-totalité des quatorze années de Didier Deschamps.
Ses statistiques en phase finale de Coupe du monde restent, vingt ans après son dernier match, difficiles à approcher. Barthez détient le record français d’apparitions dans le tournoi, avec dix-sept matchs, et partage avec l’Anglais Peter Shilton le record de dix rencontres sans encaisser de but en phase finale. En 1998, il avait gardé sa cage inviolée à cinq reprises sur sept matchs, pour deux buts concédés au total, et reçu le trophée Lev-Yachine du meilleur gardien du tournoi.
Sa carrière en club ajoute une ligne que peu de gardiens français peuvent afficher : une Ligue des champions remportée à 21 ans avec Marseille, en 1993, avant Monaco, Manchester United et Toulouse. Son dernier match sous le maillot bleu reste la finale de la Coupe du monde 2006, celle-là même où Zidane a quitté la pelouse sur un carton rouge. Les deux hommes se sont séparés sur cette soirée ; ils se retrouvent vingt ans plus tard du même côté de la ligne de touche.
Les hommes que Zidane a choisis autour de lui
Le staff technique compte sept noms en plus du sélectionneur. Certains viennent du parcours madrilène de Zidane, d’autres de la filière fédérale déjà installée à Clairefontaine. La répartition des rôles couvre le jeu, la performance, les gardiens et la vidéo :
- David Bettoni, entraîneur adjoint, déjà à ses côtés au Real Madrid ;
- Hamidou Msaidie, assistant coach ;
- Fabien Barthez, entraîneur des gardiens de but ;
- Grégory Dupont, conseiller stratégie et performance ;
- Stéphane Plancque, observateur ;
- Farid Tabet, assistant coach analyste data vidéo ;
- Clément Ybert, analyste vidéo adjoint.
Deux postes sur sept sont consacrés à l’analyse des images et des données, ce qui n’allait pas de soi il y a encore dix ans. La vidéo est devenue un métier à part entière dans les sélections, au même rang que la préparation physique. Grégory Dupont, lui, avait dirigé la préparation physique des Bleus lors du titre mondial de 2018.
Un encadrement médical presque entièrement renouvelé
Le changement le plus lourd ne concerne pas le terrain. Hervé Collado devient médecin de l’équipe de France et succède à Franck Le Gall, en poste depuis 2012. Quatorze années de suivi médical changent de mains en une seule annonce.
Le reste de la cellule réunit quatre kinésithérapeutes, un ostéopathe et un pédicure-podologue, soit sept personnes pour un groupe d’une vingtaine de joueurs. Hervé Collado arrive avec l’expérience de l’équipe de France féminine, qu’il a accompagnée avant cette nomination. Le ratio approche un soignant pour trois joueurs, ce qui donne la mesure de la place prise par la prévention des blessures.
Six matchs pour installer une méthode
Le premier rassemblement tombe en septembre, dans le cadre de la Ligue des nations 2026-2027. Les Bleus figurent dans le groupe A1, avec l’Italie, la Belgique et la Turquie. Six rencontres sont programmées entre le 25 septembre et le 15 novembre, dont quatre en onze jours seulement, à cheval sur fin septembre et début octobre. Deux d’entre elles se joueront au Stade de France, à Saint-Denis, contre l’Italie le 2 octobre puis contre la Belgique le 5.
Le tirage au sort des qualifications à l’Euro 2028 aura lieu le 6 décembre à Belfast, pour des matchs répartis entre mars et novembre 2027. Zidane hérite d’un enchaînement dense dès sa première saison, avec un groupe qui sort de la demi-finale perdue contre l’Espagne au Mondial. Le temps de réglage sera compté, les quarts de finale de la Ligue des nations étant déjà fixés à la fin mars 2027.
Ce que la génération 1998 revient chercher
Le retour simultané de Zidane et de Barthez sur le banc des Bleus dépasse l’image nostalgique. Les deux hommes ont connu une sélection où le poste de gardien se transmettait sur des carrières longues, comptées en décennies plutôt qu’en cycles de deux ans. Barthez a tenu la cage tricolore douze années durant, un format devenu rare dans le football moderne.
Une question reste ouverte pour les jeunes portiers français, dont plusieurs évoluent déjà dans les cinq grands championnats européens : un entraîneur qui a lui-même disputé dix-sept matchs de phase finale de Coupe du monde transmet-il d’abord une technique, ou une manière d’habiter le poste ? La réponse se lira dans la première liste de septembre, et dans le nom qui sortira du lot.
Les Bleus n’ont plus soulevé de trophée majeur depuis la Ligue des nations 2021, et la même compétition leur offre une échéance à court terme. Ce que Zidane a assemblé en trois semaines se jugera sur six matchs d’automne, pas sur les souvenirs d’un été 1998.
