Grousset et Moluh en argent à Saint-Denis : deux podiums français en dix minutes

14/08/2026 à 11h38  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

Maxime Grousset sur 100 m papillon, Mary-Ambre Moluh sur 50 m dos : les Bleus ont décroché deux médailles d'argent coup sur coup jeudi soir au Centre aquatique olympique. Devant eux, un record d'Europe et un record du monde.

Un championnat continental de natation se joue sur sept soirées, et chacune redistribue les cartes du tableau des médailles. Au Centre aquatique olympique de Saint-Denis, la quatrième soirée des championnats d’Europe a livré deux médailles d’argent françaises en moins de dix minutes, jeudi 13 août. Maxime Grousset d’abord, sur 100 m papillon, Mary-Ambre Moluh ensuite, sur 50 m dos.

Les deux courses ont pourtant le même point commun : la marche du haut est partie ailleurs, et à chaque fois avec une performance hors norme. Un record d’Europe pour l’un, un record du monde pour l’autre. Dans une compétition où la France jouait à domicile et espérait des titres, cette soirée pose une question simple, à trois jours de la fin : que vaut une médaille d’argent quand elle se gagne contre l’histoire ?

Deux courses, dix minutes, deux podiums

La finale du 100 m papillon masculin était programmée à 18 h 30 selon le programme officiel diffusé par la Fédération française de natation. Six minutes plus tard s’élançait la finale du 50 m dos féminin. Deux Françaises et un Français y défendaient leurs chances, dans un bassin qui n’a pas désempli depuis le début de la semaine.

Le scénario s’est répété presque à l’identique. Parti le plus vite, Maxime Grousset semblait filer vers le titre avant d’être repris dans les derniers mètres. Mary-Ambre Moluh, elle, n’a jamais eu l’or à portée de main, mais a tenu son rang face à des concurrentes mieux référencées. Les Bleus repartent avec deux nouvelles médailles et deux frustrations de nature différente.

Le compteur tricolore continue de tourner, sans que la couleur suivante soit devenue plus facile à aller chercher. Le détail des deux courses explique pourquoi.

Grousset battu par son propre record d’Europe

Double champion du monde du 100 m papillon, en 2023 puis en 2025, le Néo-Calédonien abordait cette finale avec l’étiquette de favori. Les demi-finales avaient pourtant envoyé un autre signal : le Suisse Noè Ponti les avait survolées en 50 s 21, quand Grousset s’était contenté de 50 s 78. Le Français gardait sous le coude un record d’Europe qui lui appartenait depuis plusieurs saisons.

C’est un troisième homme qui a tranché. Le Hongrois Kristof Milak a produit une fin de course d’un autre ordre pour s’imposer en 49 s 48, effaçant précisément le record continental détenu par Grousset. Le Français touche en 49 s 70, à vingt-deux centièmes, et récupère l’argent après en avoir déjà pris un sur 50 m papillon quelques jours plus tôt. Ponti, favori des demies, termine en dehors de la première marche.

La performance prend un relief particulier au regard de son été. Deux mois plus tôt, Grousset se fracturait un pied, une blessure qui compromet d’ordinaire toute une saison de vitesse. Trois médailles européennes après une fracture au mois de juin ressemblent moins à un échec qu’à une rentrée réussie, quelle que soit la couleur du métal.

Mary-Ambre Moluh ouvre son palmarès individuel

Sur 50 m dos, la France alignait deux nageuses. Analia Pigrée, championne d’Europe de la distance en 2022, n’a jamais pu se mêler à la lutte et termine septième. Les regards se sont donc tournés vers Mary-Ambre Moluh, révélation des derniers championnats de France, déjà très sollicitée depuis le début de la semaine.

Elle a répondu présent avec 27 s 06, un nouveau record de France, qui lui vaut son premier podium individuel dans un grand championnat. Devant, l’Italienne Sara Curtis a évolué dans une autre dimension : 26 s 56, record du monde, améliorant la marque qu’elle avait elle-même établie la veille en demi-finale. Derrière la Française, des noms installés comme la Britannique Lauren Cox ou la Néerlandaise Marrit Steenbergen sont restés à distance.

Ce que les Bleus ont rapporté jusqu’ici

À l’issue de cette quatrième soirée, la moisson française commence à prendre forme. Elle mêle un titre collectif, plusieurs podiums individuels et quelques records nationaux, répartis sur des nages et des générations très différentes :

Le tableau dit surtout une chose : la France marque à peu près partout, mais rarement en tête. Sur les quatre premières soirées, un seul titre est venu récompenser les Bleus, et il est collectif.

Cette répartition n’a rien d’un accident : elle tient pour une bonne part à une absence, celle du nageur autour duquel la semaine avait été construite.

L’absence qui pèse sur tout le programme

Léon Marchand devait être l’axe de la semaine. Blessé à un adducteur lors des championnats de France fin juin, le quadruple champion olympique a renoncé aux 200 et 400 m quatre nages, ses deux épreuves de référence, après avoir déjà fait une croix sur le 200 m brasse. Trois courses individuelles retirées du programme d’un seul nageur pèsent lourd sur un tableau des médailles.

J’ai passé une IRM il y a trois jours et la blessure est guérie à environ 70 %, mais ce n’est pas suffisant : ça reste risqué de participer, et je ne veux pas gâcher toute la semaine.

Léon Marchand, point presse à la veille des championnats d’Europe de natation de Saint-Denis, le 9 août 2026

Il reste inscrit sur 200 m papillon et 400 m nage libre, deux épreuves qui sollicitent moins les adducteurs, et sur les relais. Sa décision a été prise à la veille de la compétition, ce qui a laissé peu de marge à l’encadrement pour redessiner les courses et les enchaînements du reste du groupe, comme l’avait montré le programme remanié dévoilé à l’ouverture.

Trois jours pour changer la couleur

La compétition se referme dimanche 16 août, ce qui laisse trois soirées de finales. Sur le papier, les Bleus conservent des cartes à jouer sur les épreuves de vitesse et sur les relais, là où le collectif a déjà prouvé qu’il savait compenser un handicap individuel. Une soirée bien remplie peut encore modifier la lecture de la semaine.

Reste une réalité que les chronomètres imposent : sur ces deux finales, la France n’a pas été battue par des adversaires en réussite, mais par des nageurs qui ont réécrit les records de leur continent et de leur planète. Un record du monde amélioré deux jours de suite, comme celui de Sara Curtis, dit quelque chose de la profondeur du sprint européen actuel.

Pour Mary-Ambre Moluh, qui découvre les podiums individuels, et pour Maxime Grousset, qui nageait deux mois après une fracture, la question n’est déjà plus celle de cet Euro. Elle porte sur ce que ces deux étés préparent, à l’échéance des prochains rendez-vous mondiaux.

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