Le Centre aquatique olympique de Saint-Denis n’avait plus connu pareille clameur depuis l’été 2024. Lundi 10 août, pour le premier jour de compétition en bassin des championnats d’Europe de natation, le public a hurlé le nom de Léon Marchand dès son apparition au bord de l’eau. Ces championnats continentaux réunissent jusqu’au 16 août l’élite européenne des quatre nages, du sprint et du demi-fond aquatique, dans l’enceinte construite pour les Jeux.
Le quadruple champion olympique arrivait pourtant diminué, contraint de renoncer à sa course de prédilection. Il a choisi d’entrer en lice par un relais, exercice collectif où l’on ne joue pas seulement pour soi. Les Bleus en sont ressortis avec l’argent du 4×200 mètres nage libre et un record de France. Une entrée en matière qui redistribue les cartes : que peut encore viser cette équipe de France sur les six jours restants ?
Un premier relayeur lancé comme une fusée
Relégués à la ligne d’eau numéro un, la moins favorable du bassin, les Français partaient avec un handicap théorique. Marchand s’en est chargé le premier en signant le meilleur temps de tous les relayeurs engagés, 1′43″76, soit près de trois secondes retranchées à son propre record personnel sur la distance. Le reste de l’équipe n’avait plus qu’à tenir la corde.
Pierre Largeron, 20 ans, a pris le relais, avant Sauveur Cristofini, puis Roman Fuchs, 28 ans, chargé de ramener le quatuor à bon port. Les Bleus ont bouclé la course en 7′02″23, nouveau record de France sur la distance, à sept dixièmes seulement des Britanniques titrés en 7′01″52. La médaille s’est jouée sur une poignée de coups de bras.
Je fais un super chrono, mais surtout le relais derrière est monstrueux. On a fait une belle course à la ligne numéro un, on fait une médaille. C’est un relais qu’on a rêvé de faire avec Roman depuis des années.
Léon Marchand, après la médaille d’argent du 4×200 m nage libre aux championnats d’Europe de natation, à Saint-Denis, le 10 août 2026
Ce podium a une valeur particulière pour le Toulousain : c’est sa toute première médaille européenne, alors qu’il collectionne les titres olympiques et mondiaux depuis quatre ans. Les championnats d’Europe tombent souvent à contretemps dans le calendrier des cadors, qui les zappent au profit des grands rendez-vous mondiaux.
Sauveur Cristofini, 16 ans, entre dans les livres
Troisième relayeur du quatuor, Sauveur Cristofini n’a que 16 ans. En touchant le mur derrière les Britanniques, il est devenu le plus jeune médaillé français de l’histoire des championnats d’Europe de natation. Peu de sports offrent à un adolescent de se retrouver aussi vite au contact des meilleurs continentaux ; la natation, où les corps mûrissent tôt, en fait partie.
Le jeune nageur a expliqué à l’arrivée que l’ambiance du bassin avait tiré l’équipe vers le haut, et décrit une médaille née d’un travail collectif étalé sur toute la saison. Cette lucidité tranche avec son âge, et rappelle que les fédérations misent désormais sur des trajectoires longues, pensées pour Los Angeles 2028 plutôt que pour l’été en cours.
Quatre nageurs, un record de France
Le relais français alignait quatre profils très différents, ce qui explique en partie la réussite de la course. Voici comment il était composé, dans l’ordre de passage.
- Léon Marchand, 24 ans, quadruple champion olympique, lanceur inattendu pour sa première expérience en première position ;
- Pierre Largeron, 20 ans, chargé de tenir l’écart au deuxième relais ;
- Sauveur Cristofini, 16 ans, benjamin du groupe et désormais plus jeune médaillé tricolore aux championnats d’Europe ;
- Roman Fuchs, 28 ans, valeur sûre du demi-fond français, dernier relayeur.
Trois générations se sont donc succédé dans la même course, avec douze ans d’écart entre le plus jeune et le plus âgé. Ce mélange est rarement le fruit du hasard dans un relais de haut niveau : il traduit un vivier suffisamment fourni pour ne pas dépendre d’une seule classe d’âge.
Marchand avance masqué sur sa blessure
Reste la question qui court dans les couloirs du bassin depuis une semaine. Une gêne à un adducteur, particulièrement handicapante pour nager la brasse, a poussé le Toulousain à annoncer son forfait sur le quatre nages. Le 400 mètres quatre nages est sa course reine, celle qui lui a valu deux titres olympiques à Paris.
Le chrono de lundi soir apporte un premier élément de réponse. Un nageur incapable de tenir son niveau ne descend pas à 1′43″76 en nage libre, discipline qui sollicite peu la zone touchée. L’intéressé a d’ailleurs reconnu être parti avec de l’appréhension, ne sachant pas où il en était de son état de forme, et être ressorti rassuré de l’exercice.
La suite de sa semaine se dessine autour de deux courses individuelles, le 200 mètres papillon et le 400 mètres nage libre, auxquelles pourraient s’ajouter un ou deux autres relais. Après la remise en route du quadruple champion olympique entamée au printemps, ce programme allégé ressemble à une saison de transition assumée.
Grousset face au mur des 22 secondes
L’autre dossier français de la soirée portait un maillot de sprinteur. Champion du monde du 50 mètres papillon, Maxime Grousset s’est qualifié pour la finale en 22″49, à un centième de son propre record de France, alors qu’une blessure au pied a perturbé sa préparation. Il avait signé exactement le même temps le matin, en séries.
La finale s’annonce toutefois rude. Le Russe sous statut neutre Egor Kornev a nagé sa demi-finale en 22″36, troisième meilleure performance de tous les temps sur la distance. « Il va falloir que je trouve quelque chose en plus », a anticipé Grousset, qui estime qu’un record du monde, aujourd’hui fixé à 22″27, sera nécessaire pour l’emporter. Rares sont les finales européennes annoncées à ce niveau.
Une semaine qui commence à peine
Le bassin de Saint-Denis n’a livré qu’une soirée sur sept, et le retour du public dans l’enceinte olympique promet une semaine bruyante. Marie Wattel et Béryl Gastaldello disputeront la finale du 100 mètres nage libre, Pauline Mahieu celle du 200 mètres dos ; le programme détaillé est publié par la Fédération française de natation. Chaque soirée compte double dans un championnat aussi resserré.
Il se joue autre chose à Saint-Denis qu’un décompte de médailles. Deux ans après les Jeux, ce bassin sert de test grandeur nature à l’héritage promis : un équipement qui continue de vivre, un public qui revient, des adolescents qui s’y voient nager un jour. La natation reste par ailleurs l’une des activités les plus complètes pour préserver le souffle et les articulations, et les clubs le savent bien à l’approche des inscriptions de septembre. Ce que la semaine dira des Bleus comptera moins, à terme, que ce qu’elle donnera envie de faire aux enfants assis dans les tribunes.
