Un relais mixte de natation aligne quatre nageurs, deux hommes et deux femmes, sur les quatre nages, dans l’ordre imposé du dos, de la brasse, du papillon et de la nage libre. Chaque nation décide librement où placer ses hommes et ses femmes, et c’est précisément là que la course se gagne. Ce choix tactique a offert à la France son premier titre des championnats d’Europe de natation, mardi 11 août, au Centre Aquatique Olympique de Saint-Denis.
Le quatuor composé de Mary-Ambre Moluh, Carl Aitkaci, Maxime Grousset et Marie Wattel s’est imposé en 3′39″64 sur le 4 x 100 mètres 4 nages, devant les Pays-Bas et les athlètes sous bannière neutre. La soirée a rapporté trois médailles aux Bleus et les a installés à la quatrième place du tableau, à mi-parcours d’une compétition qui s’achève dimanche. Comment un relais parti septième après le premier cent mètres finit-il par gagner ?
Un pari tactique assumé dès le plongeon
Presque toutes les nations engagent un homme sur le dos, pour prendre l’ascendant d’entrée. La France a fait l’inverse en alignant Mary-Ambre Moluh, qui s’est donc retrouvée à nager contre des sprinteurs masculins. Elle a touché en septième position, un handicap apparemment lourd, mais en signant au passage un record de France sur son parcours.
Le calcul reposait sur la suite. Carl Aitkaci a repris une large part du retard en brasse, puis Maxime Grousset a replacé la France en tête sur le papillon. Marie Wattel a hérité d’une avance mince et a résisté au retour néerlandais sur les cinquante derniers mètres.
Je me suis concentrée sur moi-même, j’ai essayé d’être solide jusqu’au bout. Je suis contente de notre performance
Mary-Ambre Moluh, au micro de France Télévisions après la finale du relais 4 x 100 mètres 4 nages mixte, le 11 août 2026 à Saint-Denis
L’écart final, 1″28 sur les Pays-Bas, paraît confortable au regard du scénario. Il masque une course où la France n’a mené qu’à partir du troisième relayeur, et où un demi-corps perdu en brasse aurait tout changé.
Trois médailles en une soirée
Le titre du relais n’est pas arrivé seul : la session du mardi soir a été la plus dense des Bleus depuis l’ouverture, avec trois podiums en moins de deux heures :
- l’or du relais mixte 4 x 100 mètres 4 nages en 3′39″64, premier titre européen français de ces championnats ;
- l’argent de Maxime Grousset sur 50 mètres papillon en 22″54, à deux centièmes du Russe Egor Kornev ;
- le bronze de Pauline Mahieu sur 200 mètres dos en 2′08″63, derrière la Britannique Katie Shanahan et la Portugaise Camila Rodrigues Rebelo.
Grousset a donc décroché deux podiums en un peu plus d’une heure, un enchaînement rare qui suppose une gestion très fine de la récupération entre deux courses explosives. Le sprint et le papillon sollicitent la même filière énergétique, et repartir à pleine intensité soixante minutes après un 50 mètres relève autant de la préparation physique que du mental.
Le total tricolore s’établit à quatre médailles après deux jours, un titre, deux argents et un bronze, ce qui place la France au quatrième rang derrière la Grande-Bretagne, l’Italie et les athlètes russes sous bannière neutre.
Ce que la veille avait déjà laissé entrevoir
La première soirée avait donné le ton avec l’argent du relais 4 x 200 mètres nage libre masculin, échoué à 71 centièmes des Britanniques. Dès l’entrée en lice des Bleus dans leur bassin olympique, l’équipe avait montré qu’elle pouvait jouer les premiers rôles sur les épreuves collectives.
La logique se confirme au deuxième jour. Les relais rapportent proportionnellement plus que les courses individuelles à cette sélection, ce qui s’explique par la profondeur du groupe plutôt que par l’existence de deux ou trois nageurs dominants sur une distance donnée.
Un championnat qui marque un centenaire
Cette 38e édition n’est pas une compétition comme les autres. Elle célèbre le centenaire des championnats d’Europe de natation, nés à Budapest en 1926, et se tient dans un pays qui ne les avait plus organisés depuis Strasbourg en 1987. Paris ne les avait plus accueillis depuis 1931.
L’attribution, décidée en janvier 2024, s’inscrit dans l’héritage des Jeux. Le Centre Aquatique Olympique de Saint-Denis, qui avait reçu le plongeon, la natation artistique et le water-polo il y a deux ans, sert cette fois d’écrin à la natation course. le retour du public dans ce bassin olympique avait été l’un des enjeux de l’événement, et l’ambiance des deux premières soirées a répondu à la question.
Vingt-six Français sont engagés sur les sept jours, quinze hommes et onze femmes, avec deux sessions quotidiennes. Les séries démarrent à 9 h 30, les demi-finales et finales à 18 h 30, l’ensemble étant diffusé sur les antennes de France Télévisions.
Le programme de mercredi et la suite
La troisième journée propose sept finales en une seule session : 200 mètres dos hommes, 50 mètres papillon femmes, 100 mètres nage libre hommes, 100 mètres brasse femmes, 400 mètres 4 nages femmes, 800 mètres nage libre hommes et relais 4 x 100 mètres nage libre femmes. Plusieurs Français y sont attendus, notamment sur le dos, où le programme remanié des leaders tricolores laisse de la place à d’autres nageurs.
Les records tombent aussi chez les adversaires. La Néerlandaise Marrit Steenbergen a effacé le record des championnats sur 100 mètres nage libre en 51″90, et l’Italie a signé un doublé sur le 100 mètres brasse et le 800 mètres nage libre. Le niveau continental s’est nettement resserré depuis les Jeux, ce qui rend chaque finale ouverte jusqu’aux dernières longueurs. Le détail des résultats est publié en direct par European Aquatics.
Nager derrière un public qui pousse
Les nageurs évoquent souvent l’effet du public sans parvenir à le quantifier, parce que la tête sous l’eau n’entend qu’un grondement diffus. Ce que décrivent les relayeurs français tient plutôt à ce qui se passe entre les courses, dans la chambre d’appel et sur le plot, quand un stade plein transforme une finale en événement collectif. Nager chez soi ne fait pas aller plus vite, mais cela modifie la disposition dans laquelle on aborde la ligne de départ.
Il reste cinq jours de compétition, une trentaine de finales, et une équipe de France déjà titrée à domicile, ce qui lui avait échappé lors des deux dernières éditions disputées à l’étranger. La suite dira si ce bassin, construit pour durer bien au-delà de 2024, sait aussi produire des soirées de ce genre quand les projecteurs se seront éteints.
